Le blog "Langue bretonne"

17 juin 2017

Le décès d'un éminent bretonnant : le professeur Cabrol

Prof

Toute la presse évoque la disparition du Dr Christian Cabrol, à l'âge de 91 ans. Il avait été le premier chirurgien à tenter une greffe du cœur en Europe en 1968, quelques semaines seulement après la première mondiale du professeur Barnard en Afrique du Sud, puis une transplantation cardio-pulmonaire quatorze ans plus tard. Le corps médical avait été réticent. Mais il fut un précurseur : aujourd'hui on lui est bel et bien redevable d'avoir posé les premiers jalons de la chirurgie cardiaque.

Le professeur Cabrol était originaire de l'Aisne et il avait exercé aux États-Unis avant de revenir à Paris. Il avait une grande proximité avec la Bretagne, puisqu'il avait fait l'acquisition d'une maison dans la presqu'île de Crozon. Dans Le Télégramme, le maire de Crozon, Daniel Moysan, rend hommage à "la passion extraordinaire" du médecin. La ville de Crozon lui avait décerné le titre de premier citoyen d'honneur de la commune.

Un clin d'œil tout de même, car on ne peut s'empêcher de relever une belle coquille dans l'article que lui consacre Le Télégramme en parlant de "l'imminent chirurgien".  Ç'aurait bien fait sourire l'intéressé, car il n'est plus éminemment pressé aujourd'hui de se rendre en salle d'opération.

Un autre clin d'œil concernant l'éminent cardiologue : Christian Cabrol avait entrepris d'apprendre le breton. Je me souviens de l'avoir contacté en vue d'une interview, mais il avait décliné : il ne se sentait pas capable de parler de son métier en breton. Mais il est remarquable qu'un médecin de renommée mondiale comme lui ait voulu l'étudier.


14 juin 2017

Combien de députés bretonnants à l'Assemblée nationale ? Un ou deux ?

Molac Paul 2014-2

On ne peut pas dire que c'est en ce moment la préoccupation majeure des électeurs ni le critère déterminant sur lequel ils se prononcent. Ce n'est pas non plus le point fort des candidats. Les députés bretonnants étaient au nombre de deux dans la précédente Assemblée nationale. Tous deux se réprésentaient : l'un a déjà été réélu, l'autre est en ballottage. Y aura-t-il un nouveau ?

Paul Molac est l'un des quatre seuls députés élus ou réélus dès le premier tour des législatives dans la France entière : dimanche dernier, il a obtenu 54 % des voix sous l'étiquette LREM dans la circonscription de Ploërmel, dans le Morbihan. Il était déjà et sera donc probablement à nouveau le seul dans la nouvelle assemblée à pratiquer deux langues régionales, à savoir le breton et le gallo.

Bleunven Jean-Luc-1  Kerlogot Yannick 2

Jean-Luc Bleunven, lui aussi député sortant (divers gauche) et s'exprimant lui aussi couramment en breton, se représentait dans la circonscription de Brest rural (Finistère) avec l'appui du Parti socialiste : il est largement distancé à l'issue du premier tour et aura bien du mal à retrouver son siège.

Yannick Kerlogot se présentait pour la première fois à la députation dans la circonscription de Guingamp (Côtes-d'Armor), sous l'étiquette LREM. Il est déjà connu pour avoir été le président de Kendalc'h dans les Côtes-d'Armor, comme élu municipal (d'opposition) à Guingamp et comme conseiller départemental. Il a appris le breton par différents moyens (cours du soir et par correspondance, stages…), ce qui lui a permis de devenir professeur des écoles bilingues en maternelle. Mais il reconnaît lui-même ne pas avoir une grande aisance à s'exprimer en breton sur des sujets complexes. Il est en ballottage favorable sur sa circonscription.

Une situation piquante

Si Yannick Kerlogot est élu dimanche soir député de Guingamp, il compte s'investir à l'Assemblée sur la question des langues régionales : il croit possible une relance du processus de ratification de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, ou à tout le moins le vote par l'Assemblée nationale d'une loi confortant le statut des langues de France.

Et c'est là que la situation ne manquerait pas de piquant, car il succéderait à la députée sortante, Annick Le Houérou. Or cette dernière avait déposé une proposition de loi cosignée par la moitié de ses collègues PS de l'Assemblée nationale, avec pour objectif de proposer systématiquement une offre d’enseignement en langue régionale dans les territoires où elles sont encore pratiquées. La proposition a été débattue et les premiers articles ont déjà été adoptés en séance plénière lors de la précédente mandature : la nouvelle assemblée peut parfaitement en reprendre l'examen. Yannick Kerlogot voudra-t-il prendre le relais d'Annick Le Houérou sur ce dossier ou voudra-t-il tout reprendre à zéro ? Affaire à suivre.

Les langues régionales : absente du débat public

On ne peut qu'observer par ailleurs que cette question du statut des langues régionales ou des langues de France n'a pas été très présente dans le débat public ni avant le premier tour des législatives ni entre les deux tours. Elle n'avait guère été abordée non plus lors de l'élection présidentielle. Que ce soit Fillon, Hamon, Mélenchon ou Le Pen, on ne les a jamais beaucoup entendus s'exprimer à ce sujet, si ce n'est avec circonspection.

Pour ce qui le concerne, Emmanuel Macron, le nouveau président de la République s'en est tenu à des déclarations de principes. Une phrase dans son livre "Révolution" et une autre lors de son meeting de Quimper le 16 janvier dernier. Après être monté à la tribune au son du biniou et de la bombarde (comme il se doit), E. Macron avait affirmé ce jour-là :

  • "Les langues de Bretagne sont une formidable richesse. Leur enseignement doit être encouragé et accompagné."

Molac Paul 2014-1

La question n'est plus que de savoir comment concrètement cela se ferait. Il est assez improbable que les langues régionales soient considérées comme l'un des dossiers prioritaires sur lesquels le nouveau pouvoir veut statuer rapidement par ordonnances. Dans ce cas, les parlementaires de la nouvelle assemblée vont devoir engager à nouveau un gros travail de patience pour faire enfin aboutir ce dossier.

Paul Molac a déjà défini, pour ce qui le concerne, les trois dossiers majeurs sur lesquels il compte s'impliquer : l'agriculture, l'enseignement des langues régionales et le renforcement de la régionalisation. Il escompte que les Bretons sauront se manifester auprès de leurs nouveaux élus pour une meilleure prise en compte de leurs préoccupations en ces domaines. Il faudra sans doute attendre après l'été pour voir ce qu'il en sera. 

11 juin 2017

Anglicisme chez les Bretons

Il n'y a pas que des bretonnismes. En voici la preuve par une anecdote. J'ai dû appeler une association l'autre jour, parce que je n'avais que son numéro de téléphone et que je ne trouvais pas son adresse. Une aimable jeune fille me répond qu'elle est située Street (sic) Lannoc. Je demande comment ça s'écrit : elle me répond s-t-r-e-a-t. Ce que tout le monde prononce habituellement "stré-att". Son étude de l'anglais a apparemment impacté le peu de connaissances en breton que doit avoir la jeune standardiste, même pour ce qui concerne la prononciation des noms de lieux. Le terme "streat" ou "stread" est très courant dans la toponymie du littoral, en pays de Léon.

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09 juin 2017

Boris Le Lay se déchaîne

Faut-il encore parler de cet énergumène ? Et comment ne pas le faire ? J'ai analysé et dénoncé dans un précédent message les impostures et les horreurs qu'il avait postées sur le site Breiz Atao concernant le prochain Premier ministre d'Irlande, Leo Varadkar. Je m'y attendais : me voilà immédiatement traité de "vermine rouge", de "vieillard sénile", de "fossile", et assimilé à des "vieux déchets marxistes à l'agonie", à de "la pourriture rouge et rose"…

N'en jetez plus, la brouette est pleine. Ce n'est pas la première fois. À chaque fois c'est dérisoire et très désagréable, c'est de la diffamation, mais  Boris Le Lay s'en fiche, il le fait exprès et se croit à l'abri là où il est. Il raconte n'importe quoi, mais ce sont toujours des propos haineux, fascisants, xénophobes, racistes, antisémites, anti-Islam, anti-français, anti tout… Même anti-bretons, car dans son esprit les Bretons qui ne vivent pas au Japon ne sont pas vraiment des Bretons, bien sûr…

Breiz atao 25 vues

Il était de nouveau poursuivi en justice, jeudi 8 juin, devant le tribunal correctionnel de Quimper. Ouest-France et Le Télégramme ont rapporté dans leurs éditions de ce jour que quatre ans de prison ont été requis contre lui pour de multiples incitations à la haine raciale. Les victimes, par l'entremise de leurs avocats, ont dénoncé sa lâcheté.

C'est aussi un piètre fanfaron : il se targue de millions de visiteurs sur son site. Mais quinze jours après avoir été mis en ligne, ses messages ne sont pas vus plus de 25 fois, certains un peu plus avec le temps. Ne nous méprenons pas : ce n'est pas parce qu'ils sont peu lus qu'ils ne sont pas répréhensibles et condamnables. Question : Boris Le Lay va-t-il continuer à afficher le nombre de ses visiteurs sur chacun de ses messages ?

Posté par Fanch Broudic à 23:24 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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Succès de la conférence sur Charlez et Chanig ar Gall

Conférence Cahiers Iroise Charlez ar Gall-1

Cette conférence était, hier soir, la dernière organisée avant l'été par la Société d'études de Brest et du Léon. L'association, qui publie les Cahiers de l'Iroise bien connus à Brest et dans le Finistère, voire au-delà, bénéficie depuis un moment d'une nouvelle dynamique.

Quelque soixante-dix personnes étaient présentes. Elles ont été accueillies par Yves Coativy, qui leur a présenté les derniers numéros des Cahiers de l'Iroise sur l'arrivée des troupes américaines à Brest en 1917, lors de la Première Guerre mondiale, et sur le Musée des Beaux-Arts de Brest, en hommage à son conservateur, Pascal Aumasson.

Coativy Yves Cahierrs Iroise-1   Franseza Haslé Cahiers Iroise-1

Franseza Haslé-Le Gall, la fille de Charlez et Chanig ar Gall, a livré quelques anecdotes sur les relations qu'entretenaient ses parents avec les auteurs et chanteurs qui s'invitaient à leur domicile dans les années 1970 et 80. Elle a également lu un extrait étonnant du roman à succès de Marie Le Gall, "La peine du menuisier" (Prix Bretagne 2010, Le Livre de poche), dans lequel l'écrivain évoque la pénitence qui fut infligée à son propre père pour avoir "baragouiné" du breton à l'école. Quel rapport avec Charlez ar Gall ? La romancière décrypte elle-même :

  • "Il faudra des dizaines et des dizaines d'années, la présence à la télévision régionale Roazhon Breizh d'un certain Charlez ar Gall, homonyme du Menuisier et brillant journaliste, pour que disparaisse la honte qu'il me semblait lire dans ses yeux."

Brest, capitale bretonnante

Pour ma part, j'ai présenté, comme cela m'avait été demandé et avec l'appui de Brieg Haslé pour les archives, la vie et l'itinéraire d'un couple de bretonnants très présents depuis Brest dans la seconde moitié du XXe siècle (voir message précédent). On présente souvent Brest comme une ville francophone et même française en Basse-Bretagne au XIXe et dans la première moitié du XXe siècle.

Mais Brest a toujours été une ville bretonnante, sauf dans la ville intra-muros assurément, puisqu'on parlait breton sur la rive droite et dans les quartiers périphériques. Brest était aussi à ce moment une forme de capitale de la culture de langue bretonne, ne serait-ce que par le rôle que jouaient ses imprimeurs pour la publication de livres en breton. Elle l'est toujours du fait de la présence de l'université et du Centre de recherche bretonne et celtique, d'écoles bilingues, de l'audiovisuel en breton, d'éditeurs, d'associations…

Charlez et Chanig ar Gall ont pris en leur temps une part déterminante dans le développement de la radio et de la télévision en langue bretonne, mais aussi pour la relance du fest-noz et la diffusion de la poésie et de la musique bretonne et celtique. Et c'est depuis Brest qu'ils l'ont fait pendant toute la seconde moitié du XXe siècle. Je dirai même plus : ils l'ont souvent fait depuis leur propre domicile à une époque où n'existait pas encore le moindre studio télé nulle part en Basse-Bretagne. On n'en est plus là.

Juste une remarque  sur le fonctionnement technique de la salle Tessier où se déroulait cette soirée : pas de micro pour les intervenants, pas d'écran blanc au mur, pas de haut-parleurs, pas de son satisfaisant pour l'écoute de documents audiovisuels… On s'en sort, mais ça pourrait être autre chose. J'ignore si la Société d'études de Brest et du Léon a ou n'a pas les moyens d'y remédier. Je n'ai aucune idée des raisons pour lesquelles la ville de Brest n'a pas encore installé d'équipement adéquat dans cette salle municipale, pourtant fréquentée. Mais il y a indubitablement quelque chose à faire.

07 juin 2017

Charlez et Chanig ar Gall : une causerie aux Cahiers de l'Iroise à Brest

Leor Charlez ar Gall

Charles Le Gall et Jeanne-Marie Guillamet se sont rencontrés à Argol, dans la presqu’île de Crozon, au début des années 1940. Ils s’installent à Brest peu après la Libération et ils ne quitteront plus la ville. Charles terminera sa carrière d’enseignant comme professeur au lycée professionnel Dupuy de Lôme, à Quéliverzan. Mais comme le breton avait été sa première langue, il s’était engagé dans Ar Falz, le mouvement des instituteurs et professeurs laïques favorables à l'enseignement du breton. Il s’intéresse à l’histoire de Brest et à l’ethnologie bretonne et participe à la création des Cahiers de l’Iroise.

Lorsque Pierre-Jakez Hélias ne peut plus s’occuper des émissions en langue bretonne à la radio, c’est lui qui prend le relais et il devient pour tous Charlez ar Gall. Sa femme se fait connaître à son tour comme Chanig ar Gall, car elle apprend le breton pour pouvoir le seconder. À la télévision régionale, ce sont eux qui vont présenter les premières chroniques et les premiers magazines en breton.

L’un et l’autre sont également écrivains et artistes : Charlez collabore à la revue en langue bretonne Brud Nevez. Chanig se produit sur les scènes de la région pour présenter les meilleurs poètes bretons contemporains. Marie-Jeanne Guillamet publie un superbe livre de souvenirs, modestement intitulé "L’Argolienne"…

Comme je les a bien connus dès ma venue à Brest comme étudiant, Les Cahiers de l'Iroise que publie la Société d'étude de Brest et du Léon, m'ont invité à présenter ces deux grands bretonnants de leur temps, à l'occasion d'une causerie, jeudi 7 juin, à 17 heures, salle Tessier, 4, rue colonel Fonferrier, dans le centre-ville de Brest.