Le blog "Langue bretonne"

19 août 2014

Langue bretonne : la commune du Conquet s'investit

KonK-Leon-1

Le Conquet, son port de pêche (pour le crabe et le beau poisson), son port de transit (vers les îles de Molène et Ouessant), ses îles (plusieurs îles de l'archipel de Molène sont rattachées à la commune), ses plages et son patrimoine bâti (qui en font un haut lieu touristique). Et désormais son label niveau 2 de la charte "Ya d'ar brezhoneg".

Le label a été remis ce matin à Konk-Leon (le nom breton de la ville) par Lena Louarn en personne. La présidente de l'Office public de la langue bretonne a fait remarquer à cette occasion que ce sont 168 communes et 13 communautés de commune qui, de Nantes à Brest (la précision n'est pas anodine), sont désormais signataires de ladite charte.

Konk-Leon-2

Xavier Jean, le maire, et son adjoint bretonnant, Marcel Quellec, ont détaillé les actions qui ont permis à la commune du Conquet d'accéder à la labellisation : panneaux bilingues aux entrées et sorties de la commune, papier à en-tête bilingue, cartons d'invitations bilingues, signalétique bilingue sur la mairie, marquage bilingue sur les véhicules de la mairie, plaques de rues bilingues, éditorial bilingue dans le bulletin municipal…

Je ne dirais pas que tout est bilingue désormais au Conquet, au niveau de l'écrit tout au moins. Mais on voit bien que la commune a pris de multiples initiatives en ce sens, y compris la mise en place d'une initiation au breton dans une des écoles de la commune, les conditions n'ayant pas pu être réunies pour l'ouverture d'une classe bilingue.

Monsieur le Maire est bien d'accord que seuls les bretonnants peuvent lire l'éditorial en breton du bulletin municipal, mais les anciens le font, m'a-t-il assuré, à la maison de retraite en particulier. Comme personne à la mairie ne peut rédiger la version bretonne, c'est l'Office de la langue bretonne qui est sollicité en tant que sous-traitant pour assurer la traduction. Si ce n'est que les lecteurs, reconnaît-il, butent quelque peu sur "le breton haut de gamme".

Les candidats au mariage sont informés de la possibilité que la cérémonie soit bilingue : jusqu'à présent, seul un couple a demandé que ce soit le cas et a eu pour cela les honneurs de la presse. Les élus municipaux n'ont pas l'air de penser que ça puisse l'être à nouveau d'ici longtemps.

Un vrai regret : le refus de l'INSEE – à moins que ne soit celui du ministre de l'Intérieur de l'époque, Brice Hortefeux - qu'à l'occasion du recensement de 2010 soient recensées les personnes parlant le breton dans la commune. Des démarches à un très haut niveau avaient pourtant été engagées en ce sens.

J'ai pu, pour ma part, échanger avec plaisir en breton (mais aussi en français, bien sûr) avec des Conquétois et d'autres personnes présentes ce matin à la mairie du Conquet, comme Fañch Jezequel, de l'agence de développement de l'OPLB, que je n'avais pas croisé depuis longtemps. Andreo ar Merser, ancien responsable d'Emgleo Breiz, bon nonagénaire et qui réside à mi-temps au Conquet, était présent. Le député de la circonscription, Jean-Luc Bleunven, lui-même bretonnant, s'était déplacé pour la circonstance.


08 août 2014

70 ans, ça se marque

Ouest France n° 1

Ce soixante-dixième anniversaire, c'était hier celui du 1er numéro du journal Ouest-France, paru à Rennes le lundi 7 août 1944 très exactement. Le premier quotidien de France – et par là même le premier quotidien francophone, selon France Inter – n'a pas manqué de le souligner dans toutes ses éditions.

Son prédécesseur, l'Ouest-Éclair avait été interdit quelques jours plus tôt pour collaboration. Son dernier numéro était paru le 1er août. Plusieurs de ses dirigeants ont ensuite été jugés et condamnés. C'est une nouvelle direction, composée de résistants, qui fait paraître le nouveau journal.

La une de ce premier numéro est bien évidemment reproduite pour l'occasion dans le hors-série collector et grand format édité sous le titre "70 ans d'information au service des lecteurs". La lecture de cette une ne manque pas d'intérêt.

À gauche du titre "Ouest-France", on remarque la photo moyen format du général de Gaulle, président du gouvernement provisoire de la République française. Plus bas, une autre photo de la foule sur la place de la Mairie de Rennes, autour des camions des Alliés américains qui venaient de libérer la ville.

Sous le titre du journal, deux mentions :

  • la première ligne nomme les régions (comme on dit aujourd'hui) qui vont constituer la zone de diffusion du nouveau (comme de l'ancien) quotidien : Bretagne, Normandie, Maine, Anjou, Poitou
  • la seconde définit Ouest-France comme "Journal républicain du matin". C'est la reprise de la manchette d'avant-guerre. Sous l'Occupation, le terme "républicain" avait été banni, et l'Ouest-Éclair se présentait comme un banal "Journal quotidien régional". Le rétablissement de l'appellation d'origine donne le ton.

La France et la Bretagne

Forcément, ce sont les antagonismes et les enjeux du moment qui constituent la trame de l'éditorial, "Enfin libres !" Ouest-France se réjouit qu'"après quatre ans d'oppression et de servitude, nous avons de nouveau le droit d'être des Français et de le proclamer." Il n'oublie pas de saluer "ceux sans qui nous serions restés asservis" : l'Angleterre, les États-Unis, la Russie.

A contrario, sont dénoncées la brutalité et les exactions de l'occupant. Mais l'éditorial insiste aussi sur le fait que les nazis ne sont pas "les seuls auteurs de nos souffrances" et sur "le spectacle répugnant de certaines complicités" dont ils ont bénéficié. Et là, le nouveau quotidien désigne explicitement "une clique d'arrivistes et d'imposteurs à qui l'armée allemande a servi de sage-femme, de marraine et de nourrice".

L'allusion à la collaboration du mouvement breton (sans aucune précision cependant sur ses variantes politique, culturelle ou militaire) est d'autant plus limpide que l'éditorialiste de Ouest-France affirme haut et fort que "les Bretons sont Français, avant tout […]. Ils sont Français justement parce qu'ils sont Bretons […]. Et c'est d'une voix tremblante qu'ils lancent […] ce cri de leur amour filial Vive la France !"

Ce qui est frappant à la lecture de cette une historique de Ouest-France, c'est assurément cette volonté d'afficher l'adhésion des Bretons à la France, définie comme "notre patrie […] bien aimée", comme un soulagement qu’est désormais écarté le péril irrédentiste qui s'était manifesté pendant la guerre. Significativement, le journal reproduit un télégramme de Victor Le Gorgeu, commissaire de la République de la région de Rennes, au général de Gaulle, l'assurant "des sentiments de loyalisme de l'immense majorité de la population bretonne à l'égard du Gouvernement provisoire de la République". De Rennes, il est dit qu'elle a "retrouvé son vrai visage de grande ville française".

Tout aussi remarquable est l'insistance que met ce jour-là Ouest-France à placer la Bretagne au premier plan et à exprimer le sentiment des Bretons. Il suffit de parcourir les titres et les articles de la première page :

  • La Bretagne délivrée de l'envahisseur
  • L'entrée de nos alliés américains dans la capitale bretonne a donné lieu à d'indescriptibles manifestations populaires
  • Vendredi 4 août 1944… Une date qui marquera dans les annales de la vieille capitale bretonne
  • Les Allemands allaient-ils […] obliger les Alliés à un combat de rue dans la belle et historique capitale de la Bretagne…
  • Avance foudroyante des Américains en Bretagne
  • La Bretagne est maintenant coupée du nord au sud.

Je ne sais combien de temps une telle dichotomie s'est maintenue dans les pages de Ouest-France au cours de la période qui a suivi, ni si elle a donné lieu à quelque étude de la part d'un historien de la presse. Elle apparaît en tout cas comme révélatrice de la période de la Libération.

Pour en savoir plus : Ouest France. 1944-2014. 70 ans d'information au service des lecteurs. 70 unes -70 grands événements. 144 p., 15 €.

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04 août 2014

C'est Martine qui reçoit, et c'est Mona qui chante

Plouneour-Menez-3    

Sur l'axe Roscoff-Lorient, tous les automobilistes doivent s'arrêter à Plounéour-Ménez, puisque des feux tricolores les y obligent. Il y en a qui bifurquent vers l'abbaye du Relecq, réputée et bien signalée, qui vaut effectivement le détour. Beaucoup poursuivent leur route, forcément, sans même penser à fair un crochet par le centre-bourg.

Plouneour-Menez-2

On peut pourtant y visiter une belle église paroissiale, son enclos et un arc de triomphe du XVIIe siècle, ou encore les vieilles maisons de julots ("juloded" en breton). Car Plounéour-Ménez fait partie des communes qui ont bénéficié de la prospérité liée au travail et au commerce de la toile entre le XVIe et le XVIIIe siècle.

Le point culminant

Aujourd'hui, Plounéour se présente comme "le toit du pays", et il y a une raison précise à cela : des mesures récentes ont détrôné le Tuchenn Kador (384,91 m) à la deuxième place et défini le Roc'h Ruz comme le point culminant de la Bretagne. Et ce "rocher rouge" (c'en est la traduction en français) se situe sur le territoire de la commune de Plounéour-Ménez.

Ça se joue à 10 cm près, puisque Roc'h Ruz, situé entre l'émetteur TDF et le Roc'h Tredudon, s'élève à 385,01 m. Il n'est pas étonnant qu'avec un tel "sommet", Plounéour soit un pays de randonneurs au cœur des monts d'Arrée.

Martine-1             VB_MonaJaouenRb

Kig-ha-fars spectacle

Tout près de l'église, la façade de l'hôtel-restaurant du Roch-Tredudon – un nom tout à fait couleur locale. C'est là qu'officie Martine Lautrou (photo de gauche) et là qu'elle a fait naître une nouvelle tradition : depuis plusieurs années, tous les mardis du mois d'août, elle organise un… kig-ha-fars spectacle. Pour le menu, elle assure, avec le concours de son frère cuisinier.

Et qui donc assure le spectacle ? C'est Mona Jaouen, bien connue dans le centre Bretagne et au-delà. Elle a même collaboré aux émissions en breton de la télévision. Puisqu'elle a fait partie du groupe mythique Storlok, elle chante en breton des tubes de ce premier groupe rock breton de la fin des années 1970, comme "Gwerz ar vezinerien" (la complainte des goémoniers). Elle interprète ses propres compositions – cela va de soi -, en particulier celles figurant sur son dernier CD "Maouez" (Femme), y compris des chansons pour enfants quand il y en a dans la salle.

Le répertoire de Mona est bien plus large. Sa voix lui permet de chanter également des traditionnels en anglais, mais aussi du Brel et du Gainsbourg. Et surtout du Piaf, qu'elle aime beaucoup beaucoup.

Ce sera donc les mardis 5, 12, 19 et 26 août chez Martine à Plounéour-Menez, avec une spéciale un peu plus tard, le samedi 20 septembre. Réservation conseillée au 02 98 78 01 16.

Le site du restaurant est in progress, mais comporte une vidéo pédagogique sur la fabrication du kig-ha-fars.

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02 août 2014

A-t-on vraiment sonné le tocsin partout ?

Pas si sûr. Toutes les communes de France étaient invitées à le faire, hier à 16 heures, pour commémorer le 100e anniversaire de la mobilisation générale qui a précédé le déclenchement de la guerre 14-18. Mais qui sait encore sonner le tocsin ? Où l'a-t-on sonné pour de vrai ?

Voici ce que j'ai entendu hier dans une commune du Finistère : Tocsin_29_2014

Cela m'a tout l'air d'être une sonnerie à la volée. En tout cas, ça ne correspondait pas du tout à l'idée que je me faisais du tocsin. Je ne me souviens pas très bien de l'avoir entendu sonner dans mon enfance, sans doute que si. Car dans mon souvenir c'était autre chose.

site cloches

Une recherche rapide sur internet m'a confirmé ces impressions. J'ai tout de suite repéré le site d'un passionné sur lequel j'ai d'abord trouvé la définition du tocsin : il s'agit d'une sonnerie destinée à alerter la population d'un événement grave (incendie, catastrophe…) - ce qu'on savait. Caractéristique (et c'est moins connu) : un tintement rapide de 60 coups par minute sur la grosse cloche.

Ce site s'intitule http://www.cloches.org, et c'est celui de Gilbert, un collectionneur de cloches qui vit à Arc-et-Senans, dans le Doubs. Il propose des vidéos et plein d'explications. J'ai pu capter les sons suivants sur son site : Tocsin_Arc_et_Senans et Tocsin_Chenecey_Buillon

Ce n'est pas du tout ça que j'ai entendu hier. Il est vrai qu'il n'y a plus nulle part de sacristain pour sonner les cloches. Les sonneries automatiques sont désormais programmées dans toutes les églises pour les sonneries de baptême, de mariage ou de glas, en plus de celles à la volée. Mais apparemment pas pour le tocsin, que remplacent désormais les sirènes, au son plus strident.

Où l'on voit, à ce petit détail sonore, que les temps ont bien changé en un siècle. On le savait déjà. C'est une confirmation de plus.

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31 juillet 2014

Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?

C'est le refrain lancinant de la chanson que Brel a écrite en 1977 à sa mémoire :

  • Demandez-vous belle jeunesse
  • Le temps de l´ombre d´un souvenir
  • Le temps de souffle d´un soupir
  •  
  • Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
  • Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?

Et c'est aujourd'hui le 100e anniversaire de son assassinat dans un restaurant parisien par un étudiant nationaliste, près du siège du journal L'Humanité qu'il avait fondé en 1904. Jean Jaurès avait adhéré au socialisme en 1892, à l'occasion de la grève des mineurs de Carmaux. À l'approche de la Première Guerre mondiale, il affichait son pacifisme et militait pour la paix.

La nouvelle de sa mort a provoqué dans toute la France un choc qui conduit syndicalistes et socialistes à rejoindre l'union nationale. Trois jours plus tard, le 3 août, l'Allemagne déclarait la guerre à la France. 

Brest rue Jaurès OF

La première rue Jean Jaurès : à Brest

Brest avait élu la première municipalité socialiste de Bretagne en 1905, puis le premier député socialiste de Bretagne en 1910. La droite revient à la mairie en 1908, mais les socialistes la reprennent dès 1912, Hippolyte Masson devenant le nouveau maire de la ville. L'année suivante, André Siegfried commente ces événements dans son célèbre "Tableau politique de la France de l'ouest" :

  • "La conquête de l'arsenal de Brest par le socialisme, écrit-il, est non seulement un grand fait brestois, mais un grand fait breton."

Quelques jours seulement après la mort de Jaurès, la ville de Paris attribue son nom à une avenue de la capitale. À Brest, le conseil municipal vote pour le changement de nom de la rue de Paris, qui s'appelle depuis rue Jean Jaurès : elle est inaugurée moins d'un mois après le meurtre, dès le 24 août. Comme l'écrit Nicolas Chaffron dans Ouest-France de ce matin, cette inauguration

  • "[fait] sans doute de Brest la toute première commune du pays à honorer du nom d’une rue l’emblématique champion du socialisme."

9 rues Jean Jaurès dans les villes du Finistère

De nombreuses autres villes du Finistère ont une rue ou une place au nom de Jean Jaurès. En scrutant les plans figurant dans l'annuaire téléphonique des Pages blanches pour le département, j'en ai repéré 9 sur 21 plans. Ce sont les villes de Brest, Carhaix, Châteaulin, Concarneau, Douarnenez, Pont-L'Abbé, Quimper, Quimperlé et Le Relecq-Kerhuon.

Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas de rue Jean Jaurès ailleurs : il y en a une par exemple à Saint-Martin-des-Champs. Morlaix n'en a pas, mais elle a, par contre, une école Jean Jaurès.

Erik Marchand 1 2 3 4 237

"Jaurès" en breton

Je reviens à la chanson de Jacques Brel. On peut en lire les paroles et l'écouter sur internet. Sachez qu'il en existe aussi une version bretonne. Elle a été traduite – et bien traduite - par Christian Duro, chanteur de fest-noz bien connu dans le centre Bretagne et au-delà. Il est également sonneur de clarinette (treujenn-gaol) et il fait partie de groupes comme Termajik. Il a composé plusieurs chansons en breton.

Christian a été l'élève d'Andreo ar Merser (André Lemercier), lorsque ce dernier, il y a bien longtemps, était instituteur à Glomel et qu'il y donnait des cours de breton dans le cadre de la loi Deixonne. 

Cette version en langue bretonne du "Jaurès" de Brel a donné lieu à une très belle interprétation d'Erik Marchand sur le CD "Unu 1 daou 2 tri 3 chtar 4", produit il y a quelques années par Innacor et Bertrand Dupont, à Langonnet. Le site d'Innacor donne d'ailleurs en ce moment la possibilité de télécharger gratuitement les versions en breton et en français d'Erik Marchand, à l'occasion du centenaire de l'assassinat de Jean Jaurès : si vous n'avez pas le CD (mais vous pouvez aussi vous le procurer !), c'est bien le moment de l'écouter.

Erik Marchand a bien voulu m'autoriser à reproduire ici le texte breton de "Jaurès". Trugarez ! Merci.

  • Da bemzeg vla vijaent korf poazh
  • Hag echuaent war c’hentañ paz
  • D’ober kerzu hae venneg miz du
  • Peseurt buhez ‘vid hom zud kozh
  • Tre gwinn ardant hag avern bred
  • Divarc’het oaent araog diwa↓net
  • Zeul-de pemzeg eur korf jujet
  • A juja d’ar vas liv al lu↓du
  • Ya Aotroù Den ya ta ma mestr
  • Perag n’aent diskaret Jaures
  • Perag n’aent diskaret Jaures
  •  
  • ‘Namp ket da laret int bet sklavour
  • Fetaze laret neuint bevet
  • Pa luska ‘n den kement dornet
  • Eo staerd terc’hell maez ar skoselloù
  • Kouskoude ar spi a vleunie
  • En hunvreoù ‘splane zelloù
  • ‘n neubeut teue da refuz
  • Ruzel da beteg an oad dress
  • Ya aotroù den  ya ta ma mestr 
  • Perag n’aent diskaret Jaures
  • Perag n’aent diskaret Jaures
  •  
  • Ma dre droug chañs kaer kozh-bevaent
  • Oa dehe moned d’oer brezel
  • Oa dehe disoero er brezel
  • Ouzh p/bazh-yeo un tress sabrener
  • ‘C’hopel on ordr gant toul e beg
  • ‘tigorint e park an euzus
  • O ugent vla oe ket c’hoaz ganet
  • Hag a varvaent karget anken
  • Leun a vizer, ya aotroù den
  • Gollet piz loged ya ma mestr
  •  
  • Klasket en ho soñj  yaouankiz kaezh
  • Nemed amzer skeudenn ar joñj
  • E treuz anel ar huanadenn
  • Perag n’aent diskaret Jaures
  • Perag n’aent diskaret Jaures

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30 juillet 2014

Télévision régionale : l'avenir que lui prévoit le rapport Brucy

France 3 50 ans

"France 3 sans les régions n'a pas de sens, les régions sans France 3 n'ont pas de force" : c'est par ces paroles quelque peu sibyllines qu'Anne Brucy introduit le rapport qu'elle a remis il y a un mois à Aurélie Filippetti concernant l'avenir régional de France 3 et que la ministre de la Culture lui avait commandé en décembre dernier. Avez-vous pris le temps de le lire ? Au moment où des chaînes privées comme LCI ou Paris Première sont dans la tourmente, ce n'est pas sans intérêt.

Car Anne Brucy se demande : qu'est-ce que France 3 ? Dans le paysage audiovisuel, la chaîne s'affiche comme étant celle de la proximité, et elle est incontestablement perçue comme telle, alors qu'elle est surtout une chaîne généraliste et culturelle. Sur 24 heures d'antenne, les programmes régionaux ne représentent en effet que 2 heures 20 par jour en moyenne, soit moins de 10 % de la programmation quotidienne.

Il n'y en a pas assez

Tous les chiffres ne sont apparemment pas concordants. Plus loin dans le rapport, il est écrit que les décrochages régionaux et locaux de France 3 représentent l'équivalent de trois chaînes de télévision 24/24, soit 24 701 heures de programmes annuels cumulés au total. Ce qui est impressionnant et correspond, nous dit-on, à une moyenne de 2 heures 48 de programmes régionaux et locaux diffusés simultanément chaque jour sur l'ensemble du réseau.

Ce qui veut dire aussi que chaque téléspectateur, où qu'il soit, ne bénéficie concrètement que de cette offre-là, correspondant à moins de 3 heures quotidiennes d'émissions régionales (en moyenne). Et c'est sans doute ce qui explique sa frustration : il n'en a pas assez. Un détail significatif : ceux qui reçoivent France 3 par satellite, câble ou ADSL ne peuvent pas forcément recevoir l'édition locale qu'ils voudraient. Le rapport d'Anne Brucy décrit l'attente du public pour une offre régionale plus étoffée, plus proche de ses préoccupations, et par ailleurs disponible sur différents supports.

F3 19 20

D'abord l'information régionale…

France 3 est bien repérée comme la chaîne qui diffuse des journaux régionaux et locaux. Avec un réseau de 1 400 journalistes, elle est la première rédaction d'Europe. Mais ce qu'oublie de préciser le rapport, c'est que dans chaque région, dans chaque locale ou dans chaque bureau décentralisé, le nombre des journalistes est bien moindre que celui de la PQR (presse quotidienne régionale).

Il n'empêche que les éditions d'information représentent quasiment 50 % de l'offre régionale totale et qu'elles recueillent une part d'audience de 15,4 %, largement supérieure à celle de la chaîne dans son ensemble.

Mais elles ont aujourd'hui du mal à résister aux chaînes d'information en continu ou même aux télévisions locales, qui ont désormais une bien plus grande réactivité lors d'événements importants ou exceptionnels : malgré des prises d'antenne spéciales, France 3 est contrainte par les blocages liés à la rigidité de sa grille, mais aussi (cela ne se sait pas à l'extérieur, mais le rapport l'écrit) par un circuit de décision dont le moins qu'on puisse dire en effet est qu'il est complexe.

Sur internet aussi, les 24 sites web régionaux sont présentés comme étant en progression, puisqu'ils ont atteint près de 9 millions de visites en avril dernier, par exemple. Mais rien qu'en Bretagne, ceux de Ouest-France et du Télégramme cumulés atteignent le même résultat, quand celui de France 3 Bretagne affiche moins de 400 000 visiteurs le même mois. Pas étonnant que soit évoquée la nécessité "de passer à la vitesse supérieure". Selon le rapport, les 24 sites régionaux permettent surtout jusqu'à présent d'accéder en rattrapage aux contenus de l'antenne, mais ils ne proposent guère de contenus spécifiques.

France 3 Iroise-3

Puis les documentaires régionaux…

France 3 est également connue pour ses documentaires régionaux. Anne Brucy les considère comme "indispensables", pour plusieurs raisons :

  • ils contribuent à la création,
  • ils reflètent "la diversité de la vie économique, sociale et culturelle des régions"
  • et ils constituent enfin (et le volet social du dossier apparaît ici en filigrane) "un enjeu important" en interne pour les personnels et pour la filière production de France Télévisions.

L'offre documentaire dans le réseau régional de la chaîne a représenté 3 451 heures de programmes en 2013, dont

  • 92 heures de productions propres
  • 884 heures de coproductions
  • et 1 389 heures de rediffusions.

Ce qui est curieux, c'est qu'en totalisant ces trois derniers chiffres, on n'aboutit qu'à un total de 2 365 heures. Cela représente tout de même un différentiel de 1 086 heures par rapport au total annoncé, soit le tiers du volume de documentaires diffusés. Vérification faite, ces heures manquantes dont la rapporteure n'a pas jugé utile de faire état correspondent à des achats et surtout aux importations qui se font d'une région à l'autre : il peut évidemment être intéressant que des documentaires produits dans une région donnée soient exposés dans d'autres. Du coup, si on se limite aux productions propres et aux coproductions, il faut se rendre à l'évidence que les produits frais (comme il est d'usage de les désigner) ne représentent que 28 % du volume total de l'offre documentaire fièrement affiché.

Ce qui n'est pas moins curieux, c'est que la rapporteure ne dit rien non plus ni du volume horaire ni du nombre de documentaires produit et diffusé dans chaque région : après tout, c'est bien ce qui importe au téléspectateur qui ne peut regarder que ceux qu'on lui propose là où il réside. Il est bien question des bonnes performances (du point de vue de l'audience) de certaines productions bretonnes notamment, qui témoignent "du dynamisme de la filière de production [en Bretagne] et de la mise en place d’une politique éditoriale en matière de documentaires par l’antenne régionale" – si le rapport le dit, c'est que c'est vrai.

Cet étalage séduisant ne correspond pourtant pas à une croissance de l'offre régionale. Chacun sait que la présidence de Carolis a représenté pour les régions une baisse conséquente de la programmation régionale tant en volume qu'en visibilité. Le rapport se garde bien de fournir à ce sujet le moindre comparatif pluriannuel. Or, les producteurs indépendants et les réalisateurs se souviennent toujours des années pas si lointaines où France 3 Ouest produisait une trentaine de documentaires par an – ce qui est loin d'être le cas désormais.

Bali Breizh

Enfin, les langues régionales…

Le rapport Brucy s'intéresse aussi à "l'expression des langues régionales", présentée comme une mission inscrite au cahier des charges de France Télévisions et qui incombe "naturellement" à France 3 – on s'en doutait. Les durées horaires varient beaucoup d'une langue à l'autre : le bilan 2013 fait état d'un total de 379 heures de programmes annuels en ces différentes langues – dont 69 heures diffusées en breton, par exemple. Les programmes de Via Stella en Corse sont comptabilisés à part : 582 heures en corse et 539 en bilingue français/corse.

Il apparaît que les créneaux de diffusion varient d'une langue et d'une région à l'autre, mais le rapport ne produit aucune analyse à ce sujet. Les parts d'audience aussi sont variables : de 2,6 % pour Bali Breizh à 20,3 % pour une émission quotidienne de 5 minutes en alsacien.

Aucun élément n'est fourni ni sur le nombre de locuteurs de chaque langue, ni sur le contexte historique ou sociolinguistique qui justifie la présence de ces programmes à l'antenne. Aucune analyse non plus sur les conditions de fabrication de ces émissions, sur les budgets ou les personnels concernés.

La rapporteure laisse déjà entrevoir ce que seront ses conclusions, puisqu'elle invite d'emblée à "s’interroger sur des supports de diffusion complémentaires". Ce qui a l'air, dit comme ça, d'être évident, comme si les émisions en langue régionale n'avaient plus trop leur place sur le réseau hertzien (et quid alors du cahier des charges ?). Ce qui, surtout, veut dire clairement qu'il n'y a pas vraiment de perspective de développement des programmes en langue régionale dans la grille de France 3. Qu'on se le dise : pour les langues régionales aussi, l'avenir est au numérique. Pour l'instant – dixit le rapport - les contenus en langue régionale ne font que trop rarement l'objet d'enrichissement ou d'éditorialisation sur les sites régionaux de la chaîne.

Recommandations : une chaîne France 3 en Bretagne ?

Anne Brucy formule 15 recommandations dans son rapport. L'une d'entre elles retient - avec des précautions - le principe "d'expériences d'offres de complément diffusées sur des canaux dédiés", dans une région comme la Bretagne par exemple. Le projet consisterait à alimenter une grille de 7 heures quotidiennes, en multidiffusion. Mais dans le contexte délicat du moment, comment va-t-on trouver les ressources budgétaires permettant le lancement concret d'un tel projet ? Le rapport se contente d'attirer l'attention sur ce nœud gordien.

Le Monde Télévisions, début juillet, présentait le rapport Brucy comme une "douce révolution [à venir] pour France 3." Le mouvement militant Ai'ta ! se posait la question de savoir s'il représente "enfin une avancée pour la Bretagne." Nul doute qu'il sera à nouveau question de tout ça à la rentrée, et notamment lors des rencontres Doc ouest qu'organise Films en Bretagne début octobre à Pléneuf-Val-André. On n'a donc pas fini d'en parler.



Fin »