Le blog "Langue bretonne"

28 juillet 2015

Une expo Milo Colleau

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C'est un fait : les tableaux d'Émile Colleau encadrent la photo de François Hollande en Président de la République. Ça se passe dans la salle des mariages de la mairie de Lampaul-Plouarzel. Ni cette salle, ni le hall ne sont pas vraiment conçus pour mettre en valeur une exposition de peinture. L'essentiel, c'est qu'elle ait lieu et qu'elle attire peut-être le regard de ceux qui ne viennent à la maison communale que pour leurs démarches.

Pour le peintre, internationalement connu comme étant Milo, c'est une forme de retour aux sources. Avant de tenir Le Môle, un bar-crêperie-restaurant de réelle convivialité près du port de Porspaul, il avait en effet lui-même tenu un restaurant de bonne réputation autour des années 1980 en compagnie de son beau-frère, Alain Gourvenec, dans les locaux de l'actuelle mairie.

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L'expo n'est pas ce qu'on peut considérer comme une rétrospective, mais on y voit des grands formats comme Paul et Jeanne ou Les 3 musiciens de jazz, dont on se dit qu'on a déjà pu les voir dans son restaurant. Mais le nu coloré (et sans titre), exposé pour la première fois, est une très belle création récente. J'en avais parlé il y a quelques années à Milo, après avoir vu à Venise des tableaux d'un peintre américain de l'école dite de New York, Jackson Pollock : si je fais du Pollock, m'avait-il répondu, je n'en ai jamais vu en peinture ! Ce qui ne veut pas dire qu'il s'inscrit dans le courant de l'expressionnisme abstrait.

À la mairie de Lampaul, on découvre d'autres tableaux plus récents de Milo Colleau, certains datés de la présente année 2015, qui signalent une forme de mutation du style de l'artiste. Ce qui change, c'est le trait, le choix des couleurs et surtout l'approche picturale qui mêle désormais l'encre et le pastel. Les formats sont beaucoup moins imposants, moins réalistes en apparence. L'inspiration elle-même s'appuie davantage sur l'actualité, qu'elle soit internationale avec ce portrait d'un djihadiste anglais, ou locale avec une série consacrée au festival des Petites folies.

Milo Colleau s'expose rarement, si ce n'est dans son bar. Beaucoup se souviennent encore de l'expo de rentrée du Quartz qu'il avait assurée il y a déjà un certain temps en compagnie de Gérard Fromanger (que l'on a revu depuis au Fonds Leclerc de Landerneau) et de Jean-Jacques Petton, l'artiste pinseyeur : ce fut un événement.

Il est d'autant plus dommage que celle de la mairie de Lampaul cet été n'ait pas été mieux valorisée. Si ce n'est quelques lignes dans les pages locales de nos quotidiens, aucune affiche n'a été apposée nulle part, aucun panneau fléché ne renseignait sur le lieu de l'exposition, pas de mise en perspective sur place. Il ne sera pas difficile à la mairie de faire mieux la prochaine fois. Quant à Milo, il serait bien qu'il trouve un jour un espace qui lui corresponde.

Exposition : jusqu'au 31 juillet, en mairie de Lampaul-Plouarzel (Finistère nord).


20 juillet 2015

Le breton dans la PQR

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Énorme surprise ce lundi matin en ouvrant Ouest-France (la version papier, car la version numérique a longtemps été buggée aujoud'hui) : une interview en breton pour saluer la performance de Krismen et Alem sur les scènes des Vieilles Charrues. Un des programmateurs du festival les présente déjà comme "le coup de cœur…, juste le truc de fou dont on rêvait." Dans sa VF, Ouest-France en fait "l'improbable duo de kan ha diskan et Human Beat Box"… C'est tout dire.

Un article en breton comme ça dans un journal qui se veut généralement sourcilleux par rapport à ce qui ne se fait pas – ailleurs - en la matière, c'est plutôt bien venu. Ça n'arrive plus qu'exceptionnellement depuis les chroniques de Pierre-Jakez Hélias, il y a un bail. Donc c'est bien, et on ne va pas pinailler sur diverses coquilles ou formulations maladroites.

D'autant que Christian Gouerou avoue avoir lâché des larmes d'émotion en entendant Joan Baez interpréter Tri martolod en breton. Le Télégramme fait mieux en la nommant, du coup, Joan Breizh. Voyez, il suffit d'une chanson (en breton de préférence) pour se faire naturaliser en ce pays… Joan Baez le mériterait bien de toute façon, pour l'ensemble de son répertoire et pour tout ce qu'elle représente.

C'est aussi Le Télégramme du jour qui nous l'apprend, sous la plume de Thierry Carpentier : le Festival de Cornouaille a décidé de mobiliser rien moins qu'une brigade d'intervention d'une dizaine de jeunes lycéens et étudiants pour tout le temps que va durer le festival. Son nom : la BILB. Pour quoi faire ? Pour engager la conversation en LB avec les festivaliers de rencontre. On ne pinaillera pas non plus sur les formulations maladroites rapportées dans le journal. Car ça devrait être super-sympa.

PQR : presse quotidienne régionale. LB : langue bretonne. BILB : brigade d'intervention en langue bretonne.

19 juillet 2015

Harpes féminines

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Nombreuses sont les harpistes femmes qui ont un nom. Kristen Noguès a marqué toute une génération par ses créations. Aujourd'hui Cécile Corbel porte le son de sa harpe celtique jusqu'au Japon. On pourrait citer encore Mariannig Larc'hantec, Gwenael Kerleo, Anne Le Signor et bien d'autres.

Il va falloir désormais apprendre aussi le nom de Roz Avel. Le groupe n'en est qu'à ses débuts : il n'a pas encore d'affiche et voudrait sortir son premier CD d'ici la fin de l'année. Il vient de donner, samedi après-midi, son premier concert – tout acoustique - dans la petite chapelle Saint-Égarec, à Lampaul-Plouarzel, devant un public d'une quarantaine de personnes.

Et Roz Avel, ce sont trois femmes :

  • Anne est infirmière de métier, mais joue de la harpe depuis des années
  • Stéphanie est éducatrice
  • Hélène est professeure des écoles – bilingue, et elle m'annonce l'ouverture d'une 4e classe dans son école de Plouarzel à la prochaine rentrée. Elle est déjà connue pour sa participation à l'Ensemble choral du Bout du monde, que Christian Desbordes dirige de main de maître. Et cela fait longtemps qu'elle joue de la harpe au sein de la chorale.

Lors de ce concert, Roz Avel a joliment interprété des morceaux traditionnels comme An hini a garan, d'autres adaptés d'un célèbre film écossais ou d'un opéra-rock d'Alan Simon, mais aussi plusieurs titres composés par l'une ou l'autre des trois harpistes. Hélène assure à la fois la présentation et la voix, lorsque le chant accompagne les harpes.

Roz-Avel, de nouvelles venues dans le monde de la harpe celtique en Bretagne, à découvrir dès que vous en aurez l'occasion.

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17 juillet 2015

Manifestation annoncée à Carhaix : l'inquiétude des éditeurs

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Rassurez-vous : la manif, ce ne sera pas ces jours-ci, pendant les Vieilles Charrues. Mais Kevre Breizh, la coordination des associations culturelles bretonnes, l'a annoncé ce vendredi matin dans Ouest-France, en page Finistère en tout cas : elle a retenu la date du samedi 24 octobre prochain pour organiser une nouvelle grande manifestation à l'image de celle qui avait eu lieu il y a trois ans à Quimper et qui avait réuni de 8 000 à 12 000 personnes.

Cette manifestation du 31 mars 2012 était uniquement bretonne, mais des rassemblements similaires avaient eu lieu le même jour à Toulouse pour ce qui est des Occitans et dans d'autres régions. Cette année, la donne change : Carhaix sera un rendez-vous national pour toutes les langues de France. Il faut donc s'attendre à ce que des délégations plus ou moins nombreuses fassent le déplacement de Corse, du Pays basque et d'Alsace, notamment.

La date n'a pas été choisie au hasard. De la même manière que les manifestations de mars 2012 avaient été organisées à quelques mois des élections présidentielle et législative, celle d'octobre 2015 aura lieu quelques semaines avant les régionales de décembre prochain. Les manifestants revendiqueront une nouvelle fois un statut pour les langues de France et sans doute la ratification de la Charte (qui est en principe à l'ordre du jour), ainsi que plus de compétences pour les assemblées régionales.

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Faudra-t-il avoir le don d'ubiquité ?

Kevre Breizh annonce par ailleurs avoir choisi la date et le lieu "pour entrer en concordance" avec le Festival du livre qui se tiendra également à Carhaix le même week-end. En concordance ? Ce n'est pas si sûr. J'ai plutôt l'impression qu'elles vont se trouver en concurrence frontale. Pour plusieurs raisons :

  • Première question toute simple : comment prendre part au même moment aux deux événements, comme beaucoup pourraient vouloir le faire ?
  • Kevre Breizh prévoit d'organiser des débats, des concerts et des stands, parallèlement à la manifestation. Tanguy Louarn, le porte-parole de la coordination, m'indique qu'il n'y aura pas de concert en soirée. Soit. Mais toutes les animations que va proposer Kevre Breizh à l'occasion de la manifestation ne vont-elles pas attirer du monde au détriment du Festival du Livre ? Au fait, où seront-elles proposées ?
  • Le départ de la manifestation carhaisienne est prévu à 14 heures 30 sur le site de Kerampuill. Épatant en apparence pour garer sa voiture, pour les prises de parole avant la mise en route de la manif, etc. Mais qui prendra le temps de faire un crochet par la salle Glenmor et le Festival du livre avant de prendre part au défilé ? Qui le fera au retour de manif, quand il sera temps de rentrer chez soi ? Qui reviendra une deuxième fois en deux jours à Carhaix, le dimanche ?

C'est un risque important pour les éditeurs. Si, en raison de l'audience attendue de la manifestation de Kevre Breizh, le Festival du livre de Carhaix attire moins de visiteurs que d'habitude sur deux jours – et surtout l'après-midi -, comment vont s'en sortir les éditeurs ? Le contexte est tendu : un prestigieux éditeur quimpérois vient déjà de mettre la clé sous la porte, et ce n'est pas le seul.

Tout ça est d'autant plus surprenant que le thème qu'a retenu le Festival du Livre pour cette année est… l'édition et la langue bretonne. En l'état, il n'est pas du tout assuré que l'édition de langue bretonne ni l'édition en Bretagne ne sortent indemnes de cette collision d'événements.

Aucun représentant du Festival carhaisien du livre ne s'est déplacé à la réunion à laquelle Kevre Breizh l'avait pourtant invité à Pontivy. Il n'y a donc pas eu de concertation à ce jour entre organisateurs. Il n'est peut-être pas trop tard pour l'envisager ? Pourquoi la manifestation, au lieu de se disperser je ne sais où, ne le ferait-elle pas, à une heure raisonnable, tout près du Festival du livre ? Il est temps de rassurer les éditeurs, et de bien communiquer sur tout ça.

15 juillet 2015

ArMen : une interview explosive de l'étonnant Michel Le Bris

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Surprenante couverture que celle du dernier numéro d'ArMen, inattendue en tout cas. J'ai l'impression d'avoir toujours vu une photographie à la une de la revue, et là il n'y a que du texte, en noir et bleu sur fond blanc : l'effet est étrange. L'objectif est apparemment d'annoncer que la Bretagne fête la culture. Ce numéro 207 est effectivement accompagné d'un guide de poche des sorties culturelles de l'été dans les cinq départements. Sur ce créneau, ce ne sont pas les guides qui manquent, mais celui d'Armen est plutôt bien conçu. Et il ne traite pas que de culture bretonne : de toute la culture en Bretagne.

Du coup, la une ne dit rien du sommaire de la revue. Il faut donc la feuilleter tranquillement pour y découvrir le Mont Saint-Michel sous la plume de Philippe Le Guillou, le vent nouveau que fait souffler Le Groupe Ouest depuis Plounéour-Trêz sur l'écriture de scénarios ou le discret bout de chemin d'Hervé Bellec en compagnie de la navigatrice Anne Quéméré.

L'un des textes qui devrait le plus retenir l'attention et qui ne manquera pas de susciter des réactions est sans aucun doute l'interview détonnante de l'écrivain Michel Le Bris par Alain-Gabriel Monot (par ailleurs directeur de la revue Hopala !). Tout le monde sait qu'il a lancé le festival Étonnants voyageurs de Saint-Malo il y a un quart de siècle, avec une idée précise en tête : "vaincre le milieu littéraire traditionnel qui est épouvantablement mondain." Ce festival, il l'a ensuite exporté jusque dans les Balkans, en Haïti, en Afrique, tout en forgeant le concept assurément porteur d'une "littérature-monde". Un portrait sur une page fournit des repères à grands traits sur son itinéraire.

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Dans cet entretien, Michel Le Bris ne mâche pas ses mots. Mais c'est tranquillement qu'il commence par décrire son rapport à la mer et au rivage autant qu'à la Bretagne. Du temps de son enfance à Plougasnou, il se savait pauvre et dès lors différent des autres par son origine sociale, mais pas qu'il était Breton : on le lui a fait comprendre avec condescendance dans un lycée de Versailles. Dans les livres qu'il a ensuite consacrés à la Bretagne, il a voulu se remémorer, dit-il, "[les] personnages du peuple du rivage de la baie de Morlaix" et il s'est demandé "comment penser une philosophie de la liberté en échappant […] aux schémas qui ont échoué."

Il reconnaît se sentir "passionnément homme de Bretagne" et il est convaincu que l'immense majorité des Bretons d'aujourd'hui se sentent bretons : "très simplement, tout simplement." Dans l'esprit de M. Le Bris, d'évidence, tout est dans cet adverbe, "simplement". Car la réponse fuse, viscéralement, dès qu'on lui demande s'il a de la sympathie pour le "mouvement breton" : " Ah, non, aucune !" Là, le propos devient tranchant.

  • Il affiche ainsi sa détestation de l'idée d'un "petit état" avec son armée et ses frontières, et son hostilité aux "tenants de cette pensée misérable". Quand Alain-Gabriel Monot lui fait remarquer qu'il est "vraiment très remonté contre les nationalistes", il aquiesce et confirme. Le nationalisme [breton, et occitan aussi] l'horripile : "les nationalistes, dit-il, sont les gens les plus désespérants que je connaisse." L'anecdote de quatre militants bretons conversant en français autour d'une table, puis choisissant de s'exprimer en breton quand quelqu'un d'autre s'approche, lui a inspiré "la définition de la connerie"…
  • Le breton n'est-il déjà plus une langue de communication ? D'autres, y compris des militants, ont effectivement fait le constat qu'il l'est de moins en moins. Lui aussi a son idée sur le sujet : il se dit "très attaché" à ce qu'il puisse vivre comme langue de culture et considère comme "chose naturelle" qu'il soit enseigné. À une condition explicitement formulée cependant : "que ce ne soit pas encore un 'cache-sexe' du nationalisme". Le serait-il donc ?

Ce ne sont là que quelques citations d'un entretien pour le moins tonique et qui s'étend sur six pages, photos de Xavier Dubois comprises. L'approche était différente du temps, pas si lointain, où ArMen proposait à ses lecteurs "un tour d'horizon des pays et des peuples qui ont ceci de commun avec la Bretagne de revendiquer les moyens et les institutions nécessaires pour assurer leur développement et promouvoir leur identité, leur langue et leur culture" (dernier éditorial de Yann Rivallain en tant que rédacteur en chef, n° 188, mai-juin 2012).

La ligne éditoriale s'est-elle recentrée ? ArMen se positionne peut-être davantage comme un point de rencontre et un lieu de débat. Elle s'implique toujours pour une Bretagne vivante, mais l'engagement est plus subtil. D'ailleurs le sous-titre à la une n'est plus le même.

  • Avant, et depuis les débuts, c'était "La Bretagne, un monde à découvrir".
  • Depuis quelques numéros déjà, c'est "La Bretagne éclairée."

J'en reviens à l'interview de Michel Le Bris. L'homme a assurément la stature de l'écrivain qui prend position sur des questions de société. Qu'il conteste le nationalisme [breton, occitan…] ne me dérange pas, que l'on en débatte non plus. Mais y a-t-il des nationalistes bretons aujourd'hui ? Oui, sûrement. Qui sont-ils ? Michel Le Bris ne les nomme pas. Ceux qui le sont ou qui le seraient ne le crient pas eux-mêmes trop fort sur les toits… Y aurait-il donc en Bretagne un crypto-nationalisme ou un nationalisme soft ou larvé ? Alors que seuls quelques-uns l'assument, faut-il considérer tous les mouvements bretons comme étant nationalistes ? Au détour d'une phrase, Michel Le Bris relativise lui-même son discours : il lui paraît "heureusement, précise-t-il, que les générations nouvelles ne sont déjà plus héritières de ces conflits du passé". Acceptons-en l'augure.

Le mot de la fin revient à l'interviewé quand on lui demande quelle est dès lors sa définition de la Bretagne. La réponse est énigmatique : c'est, dit-il, "le télescopage". Mais de quoi ? Celui des "contradictions". Bien vu.

Pour en savoir plus :

Michel Le Bris, voyageur étonné. Texte : Alain-Gabriel Monot. Photographies : Xavier Dubois. ArMen, n° 207, juillet-août 2015, p. 40-45.

13 juillet 2015

Argol : l'école publique au nom de Charlez et Chanig ar Gall

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Il y a quarante ans que Charlez ar Gall a cessé de présenter les émissions en langue bretonne de la radio et de la télévision régionales, et son nom reste connu en Bretagne. Celui de sa femme, Chanig, aussi. La preuve : leur nom vient d'être inscrit sur la façade de l'école publique de la commune d'Argol, en presqu'île de Crozon.

La fête – car ce fut une fête, sous un beau soleil d'été – s'est déroulée jeudi dernier, en présence de plusieurs dizaines de personnes de la commune et d'ailleurs. Ce sont des enfants qui ont découvert la longue inscription sous le toit du bâtiment principal d'une école qui devrait s'agrandir encore au cours des prochaines rentrées. Car Argol ce n'est pas seulement un intéressant Musée des vieux métiers vivants : la population y est en augmentation constante.

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Pourquoi donc cette initiative ? Tout simplement parce que Chanig ar Gall, Jeanne-Marie Guillamet de son nom de jeune fille, est originaire de la commune. Et parce que son mari, Charles Le Gall, y a occupé l'un de ses premiers postes d'instituteur. J'ai d'ailleurs appris sur place qu'il s'est caché un moment dans la ferme des Le Goff pour échapper au STO.

Cette fête, on la doit à la complicité du maire actuel et d'un conseiller régional originaire de la commune. Le premier, Henri Le Pape, avait déjà tenté d'attribuer les noms de Chanig et Charlez ar Gall à l'école lors de son précédent mandat : le projet n'avait pas abouti, faute de consensus. Il a expliqué jeudi avoir fait preuve de pédagogie, en s'appuyant sur les livres qu'ils ont publiés l'un et l'autre : cette fois, tout le monde était d'accord.

Le second, Henri Gourmelen, qu'on ne connaît localement que sous la forme bretonne de son prénom, 'n Herri, a raconté un souvenir d'enfance : c'est dans un manuel qu'utilisait Charlez ar Gall dans le cadre d'un cours facultatif de breton qu'il a découvert avec étonnement que cette langue pouvait aussi se lire et s'écrire…

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Les deux filles du couple Le Gall étaient présentes. L'aînée, Maryvonne Kervoas, avait fait le déplacement. Sa sœur, Franseza Haslé, a choisi de lire un extrait de "L'Argolienne", le livre très sensible dans lequel Marie-Jeanne Guillamet évoque ses souvenirs d'enfance et de jeunesse : précisément celui de sa première rencontre un peu ratée avec l'instituteur qu'elle épousera cependant quelques mois plus tard.

Pour ma part, j'ai rappelé comment Charlez en est venu à prendre la succession de Pierre-Jakez Hélias pour la présentation des émissions en langue bretonne de Radio-Quimerc'h, comment Chanig avait appris le breton pour seconder son mari, puis la part qu'ils ont prise l'un et l'autre au lancement des premières émissions en breton de la télévision régionale.

Mais Charles Le Gall n'a jamais travaillé qu'à temps partiel à la radio et à la télévision : il a simultanément mené une carrière d'enseignant dans le technique, Puisque son nom est désormais associé à celui de l'école d'Argol, j'ai tenu aussi à rappeler le témoignage de ses anciens collègues et de ses anciens élèves, qui ont tous gardé un souvenir fort de ses cours de mathématiques au lycée Dupuy de Lôme à Brest.

Est-ce à dire qu'on va désormais commencer à initier les élèves de l'école publique d'Argol au breton ? Dans un premier temps, il n'est question que de culture bretonne et d'un cours de musique, à compter de la prochaine rentrée. D'après M. le Maire, aucune autre proposition n'a été formulée dans le cadre des TAP. Une conseillère régionale résidant dans la commune, Françoise Louarn, me fait remarquer pour sa part qu'il n'y a aucun panneau bilingue : le maire rétorque qu'aujourd'hui, avec des budgets en baisse, ce n'est pas une question prioritaire et que de toute façon le nom de la commune est le même en breton qu'en français.

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Cette journée d'inauguration a enfin été l'occasion de retrouvailles entre Herri Gourmelen et celle qu'il a présentée, à juste titre, comme l'une des plus belles interprètes des chants du Barzaz Breiz, la chanteuse Andrea ar Gouilh. Le fest-noz a d'ailleurs été interrompu pour lui donner la possibilité d'en chanter deux morceaux. Puis tous deux ont entonné un super kan-ha-diskan, qui a aussitôt relancé le fest-noz.

Andrea ar Gouilh fête ces jours-ci ses 80 ans et laisse entendre qu'elle a décidé de ne plus chanter désormais en public. Au vu du plaisir qu'elle avait à le faire à Argol, la décision ne sera peut-être pas si facile à tenir. Et ses fans seraient déçus.

Pour en savoir plus :

  • Charlez ar Gall : Breiz o veva, La Bretagne qui vit. Brest, Emgleo Breiz, 290 p.
  • Jeanne-Marie Guillamet : L'Argolienne. Brest : Emgleo Breiz, 190 p.

Sur commande en librairie ou en ligne sur http://www.emgleobreiz.com/

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