Le blog "Langue bretonne"

01 février 2016

Beaj vad ! Bon voyage !

voyageurs

Ils sont "fascinés" - c'est eux qui l'écrivent - par tout ce qui se développe à travers le monde comme économie collaborative. Je décode : c'est du couch-surfing, du covoiturage, AirBnb, du troc… Vous ne comprenez pas encore ? Il va falloir aller voir sur leur page de crowdfunding. Ils vous expliquent tout.

Ils viennent de tester leur "capacité d’adaptation" (sic) dans des lieux qu'ils ne connaissaient pas encore. Rendez-vous compte : la Belgique, l'Espagne, la Pologne et l'Allemagne. Ils ont déjà vécu et étudié, l'une aux States, l'autre en Belgique. Elle déteste les préjugés et lui les films d'horreur.

Citoyens du monde

Leur projet ? Un voyage de 4 mois en Asie de l’Est, pour rejoindre les couch-surfers, les auto-stoppeurs, et autres globe-trotters, et pour partager. Avec les citoyens du monde qu'ils vont rencontrer. Mais aussi avec ceux qui ne peuvent pas voyager si loin, si longtemps.

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Mais qui sont-ils ? Elle se prénomme Keridwen et lui Julien. Elle, je sais qu'elle est la fille de Corinne : elle a de la sensibilité et du tempérament. Lui, je ne le connais pas encore. Ils veulent nous faire profiter de leurs reportages (en anglais et en breton, sous titrés en français) et alimenter leur site internet (très prochainement en ligne) du récit de leurs aventures et de leurs conseils…

Et s'ils cherchent à faire du buzz, c'est parce que… Devinez. Ils ont besoin de financer leur voyage AR à Hong Kong. Après ils se débrouillent. D'où leur appel au financement participatif - c'est ça le crowdfunding. Si on participe, ils le jurent, ils nous feront voyager avec eux. À distance quand même, mais - justement - on pourra recevoir des cartes postales, des DVD, des dédicaces et… faire la fête à leur retour. Curieux : ils ne semblent pas avoir pensé à des cartes [postales] radiophoniques (sur une radio que tout le monde pourrait écouter, n'est-ce pas) ou télé… Mais un site perso, c'est bien aussi.

Si vous souhaitez leur dire "Beaj vad ! Bon voyage !", c'est sur Kiss kiss bank bank.

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30 janvier 2016

Les Priziou 2016 : c'était à Plougastel

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C'est dans la salle de l'Avel-Vor [Le vent de mer], à Plougastel-Daoulas, que s'est déroulée hier soir la 19e cérémonie des Priziou, désormais présentés comme les prix de l'avenir de la langue bretonne. Ce sont pourtant bel et bien des prix du temps présent, puisqu'ils ont pour objet de distinguer les plus belles réalisations en breton de l'année écoulée, ou les plus significatives, du point de vue de l'expression culturelle ou relevant d'initiatives sociétales.

Les Priziou sont coorganisés par France 3 Bretagne et par l'Office public de la langue bretonne. Sept premiers prix ont été décernés au cours de la soirée à autant de lauréats, que ce soit des individualités ou des organisations.

  Priziou 2016-13 Priziou 2016-14 Priziou 2016-25 Priziou 2016-18

Goulwena an Henaff et Yann-Herle Gourves sont des habitués et maîtrisent parfaitement leur rôle de présentateurs de Priziou. Élégamment habillés par deux créateurs stylistes, SirDjos pour l'un et Mélissa Thaëron pour l'autre, très à l'aise, ils ont assuré les enchaînements, questionnant l'un, passant la parole à l'autre, annonçant et désannonçant les sujets préenregistrés ou les intermèdes musicaux - avec une hésitation tout de même de temps à autre. Ils savent tout faire et le font bien. On se demande juste pourquoi Yann-Herle a tombé la veste en cours de cérémonie. Il est probable que sous les projecteurs…

Un jury muet

Le jury avait délibéré en amont. Il était composé de sept membres :

  • Malo Bouëssel du Bourg, directeur de Produit en Bretagne, et désigné l'an dernier comme le brittophone de l'année
  • Yannig Boulard, scientifique
  • Nicolas Amaury, association Lutig
  • Gwennan Stervinou, association Roudour
  • Thiphaine Siret, association Bod Kelenn
  • Meriadeg Vallerie, Office public de la langue bretonne
  • Olöf Pétursdottir, écrivaine et traductrice.

Les jurés ont délibéré, mais ils ne se sont pas exprimés : ils avaient été gentiment invités à s'asseoir dans un fauteuil en fond de scène, au point que Goulwena s'est un moment demandé s'ils ne dormaient pas. Seul M. Bouëssel du Bourg a fait état de leur engagement et de leur enthousiasme, de la difficulté de leur tâche aussi. Les années précédentes, ce sont les membres du jury qui dévoilaient le nom des lauréats et qui exposaient en quelques mots les raisons de leur choix. On n'en a rien su cette année, et c'est dommage.

Les lauréats

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Dans la catégorie "associations", le 1er prix a été attribué à Labourerien-douar Breizh - Agriculteurs de Bretagne, pour l'utilisation courante du breton dans leur communication. L'association a été créée pour renforcer les liens entre les agriculteurs et les Bretons. En recevant son prix, son président (et ancien président de la SICA de Saint-Pol-de-Léon), Pierre Bihan-Poudec a fait remarquer, que la civilisation paysanne est imprégnée de langue bretonne : tous les champs ont un nom en breton, a-t-il rappelé. Il vise aujourd'hui à la transmettre à la jeunesse.

Le 2e prix a été décerné à l'ADEC 29, Association pour le Dépistage des Cancers dans le Finistère, pour l'édition d’un dépliant d’information bilingue, et le 3e à l'AREP, pour avoir mis sur pied une formation diplômante en langue bretonne, en l'occurrence un CAP petite enfance.

Dans la catégorie "Livre de fiction",

  • le lauréat a fait part de son étonnement d'être primé pour un premier roman. Il a produit non seulement une œuvre de fiction, mais un livre de science-fiction : “Udora pe afer an ed-du” [Udora, ou l'affaire du blé noir], paru aux éditions Al Liamm. Il s'agit de Pascal an Intañv, un trégorrois.
  • Le 2e prix a été attribué à Goulc’han Kervella, écrivain reconnu et metteur en scène très connu, pour le roman “N’eus ket a garantez eürus” [Il n'y a pas d'amour heureux], paru aux éditions Skol Vreizh. Mais il n'a pas voulu se déplacer, et s'il avait été primé, c'est son éditeur qui se serait exprimé en son nom. On connaît ses réserves par rapport à ce type de manifestation. 

  • Le 3e prix est revenu à “Divemor” [Sans mémoire], un roman de Pierre-Emmanuel Marais déjà primé (éditions Al Liamm). 


Vous ne connaissez pas le CNFPT ? Seuls les fonctionnaires savent que c'est le Centre national de la fonction publique territoriale. Le 1er prix dans la catégorie "Collectivités" a été décerné à sa branche finistérienne, pour la mise en place de formations à la langue bretonne, précisément à l'attention des fonctionnaires territoriaux.

2e prix : la Communauté de communes du Pays de Quimperlé, pour avoir pris l'initiative de publier une traduction en breton de l'intégralité de son magazine communautaire “Mag16”, et c'est le seul qui le fait à ce jour.

3e prix : la ville de Pont-Croix, pour son soutien à l’ouverture d’une école Diwan sur un territoire qui jusqu'alors ne disposait d'aucune offre d'enseignement bilingue. 

Priziou 2016-20

Dans la catégorie "audiovisuel", les œuvres présélectionnées étaient assez disparates.

  • C'est Mikael Baudu qui a eu les faveurs du jury, pour un documentaire de 52' tourné au Kurdistan : “Huñvreal an Nevez-amzer” [Rêver le printemps], dans lequel il décrit la situation des Kurdes de Syrie face à l'État Islamique (Production : Gwengolo Filmoù) et qui, après sa diffusion sur France 3.
  • 2e prix : “Enseller Panda” [Inspecteur Panda], série de films d'animation pour enfants de Gilduin Couronné et Sébastien Hivert (Production : JPL Films).
  • 3e prix : “Paotred al Loc’h” [Les gars du Loc'h], documentaire (28’) de Ronan Hirrien sur la vie d'un couple homosexuel en Centre Bretagne (Production : France 3 Bretagne).

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La surprise du jour

Elle est venue de la catégorie "entreprise". Presque tout le monde, apparemment, s'attendait à ce que le premier prix aille à D’istribilh, la brasserie de Gwenole Ollivier à Plouider, qui a créé le buzz l'été dernier avec une vidéo en breton vue plus de 100 000 fois sur internet. Non seulement ça, mais elle a su lever des fonds en vue de son développement dans le cadre d'un financement participatif bien au-delà de ses espérances. Mais… les choix d'un jury sont impénétrables.

Celle qui a finalement obtenu le 1er prix dans cette catégorie l'a reconnu elle-même, quelque peu éberluée. Il s'agit de Sylvie Bruna, qui a créé Numéribulle, une maison d'édition de livres pour enfants en version papier et en version numérique, à lire et à écouter, en français ou en breton : ceux de Maïwen Morvan sont parmi les plus lus et les plus téléchargés.

Parce qu'en plus, S. Bruna, il suffit de l'écouter, elle… ne sait pas le breton. Elle est donc la seule à s'être exprimée en français lors des Priziou 2016 (mais ce n'est pas tout à fait la première fois que ça arrive). Le public ne lui en a pas tenu rigueur et l'a fortement applaudi lorsqu'elle a déclaré en terminant "vive les langues régionales" et annoncé qu'elle allait aussi éditer des livres en basque, en corse, en chti et en créole pour les enfants.

D'istribilh obtient donc le 2e prix, et le camping du Conguel à Quiberon le 3e , pour sa signalisation bilingue.

Nolwenn Korbell, primée pour la 3e fois

Pour ce qui est du disque chanté en breton, le suspense n'était pas si fort. Je reconnais que je n'avais pas entendu “Heol Gor” [Soleil de plomb] de Dañs er Jeko (auto production), qui a obtenu le 2e prix, ni “Brein” [Pourri] (auto production également) qui a eu le 3e.

Mais je n'ai pas été si surpris d'entendre que le 1er prix de cette catégorie était attribué à Nolwenn Korbell pour son nouveau CD : “Skeud o roudoù” de (Ed. Coop Breizh). C'est la 3e fois que Nolwenn est distinguée lors des Priziou. Elle l'avait déjà été en 2003 pour son premier album, "N'eo ket echu" [Ce n'est pas fini], puis en 2008 au titre de la meilleure expression en breton. Elle a également été "Coup de cœur" du Télégramme en 2006.

Elle a fait savoir par Jonathan Dour (voir message précédent) qu'elle ne pouvait être à Plougastel hier soir, puisqu'elle se trouvait "dans une autre ville de Bretagne, à savoir Nantes". Le message a été instantanément décodé dans la salle.

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"Le" ou "La" ?

Restait à savoir qui serait le ou la "brittophone" de l'année. Parce qu'il y avait une femme parmi les nominés : Darlene Arokoh, une Kenyane, polyglotte déjà, qui apprend maintenant le breton et qui souhaite défendre les langues autochtones de son pays d'origine. Dans un contexte où il est tant question partout de migrants et de réfugiés, ce n'est pourtant pas elle qui a été retenue, mais elle a obtenu le 3e prix.

Le chanteur Krismenn obtenant le 2e pour les stages de chant qu'il organise et pour sa prestation de l'été dernier sur la grande scène des Vieilles Charrues, c'est Romain Sponnagel qui a été distingué. Je l'avais déjà entendu interviewer par Jean-Pierre Guyader sur Radio-Breizh, il y a quelques jours. S'il a été reconnu comme étant "le" brittophone de l'année, c'est en raison de son implication pour le développement de l’enseignement du breton dans le Pays de Saint-Brieuc et pour l'ouverture d'une maison des cultures bretonnes dans le quartier du Légué. Il est en outre à l'initiative de l’appli Stag, qui permet aux bretonnants de se repérer partout dans le monde à partir de leur smartphone.

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Voilà donc le palmarès 2016 des Priziou. Sur la photo de groupe, je ne peux m'empêcher de vous inviter à regarder le petit facétieux qui veut se faire remarquer à gauche. Tous les premiers prix se sont vus remettre

  • par France 3 Bretagne un trophée signé de Michel Le Gentil, céramiste au Tréhou,
  • ainsi qu'un chèque de 1 500 € décerné par l'Office public de la langue bretonne au nom du Conseil régional de Bretagne, s'il vous plaît. Mme Lena Louarn était d'ailleurs présente.
  • L'Office remet également un chèque de 500 € à chacun des seconds et des troisièmes prix.

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L'animation musicale était assurée par Youn Kamm et son groupe, ainsi que par le bagad du Bout du monde, qui venaient des rives de la rade de Lorient. Youn Kamm est trompettiste, joueur de biniou, flûtiste et chanteur. Il est passé par la Kreiz Breizh Akademi et a sorti un CD tout récemment. La chanteuse Morwenn Le Normand l'accompagnait également hier soir.

Le programme annonçait des "inspirations venues du large avec l'énergie du rock pour faire vibrer la tradition [vannetaise] de manière originale". Les spectateurs ont apprécié, et de l'avis de Bernez Quillien - un connaisseur - c'était réussi.

La retransmission, dont la réalisation était assurée par Avel Corre, est programmée pour demain dimanche 31 janvier, à 10 h 55 sur France Bretagne, en version bretonne sous-titrée en français. Elle sera rediffusée lundi 1er février à 8 h 50 en région Bretagne et en Loire-Atlantique. On devrait pouvoir la visionner ensuite sur le site pluzz.fr en cherchant "Bali Breizh".

Quand Denez Prigent part en live

Partons en live

Quand j'ai quitté Plougastel-Daoulas hier soir après la cérémonie des Priziou - je vais en reparler sans tarder - c'est sur France Inter que s'est allumée mon autoradio. La station diffusait une musique que j'ai trouvée plutôt agréable, j'ai compris assez vite qu'il s'agissait d'un mini-concert. J'étais sur l'émission "Partons en live".

Au bout de trois morceaux, l'expert maison, André Manoukian, a pris la parole pour interviewer Flavien Berger - c'est son groupe qui jouait. L'échange entre le musicien et la philosophe Laurence Hansen-Love ne manquait pas d'intérêt. Il était question des modalités d'expression des jeunes artistes aujourd'hui, dans le nouveau contexte de l'économie du disque et de la facilité d'accès à de nouveaux outils technologiques. Et c'est la raison pour laquelle Flavien berger s'intéresse autant à la vidéo qu'à la musique.

Le plus Caribéen des Celtes

Et voilà tout à coup qu'André Manoukian annonce la présence de Denez Prigent. Lui aussi va interpréter trois morceaux de sa composition, dont l'un est inspiré d'une musique grecque, et l'autre est une gwerz que le chanteur a composée sur la grande famine qui a fait des millions de victimes en Ukraine dans les années 1930. Ce qui a frappé Manoukian, c'est le timbre de voix du chanteur breton.

Les animateurs de radio sont parfois bien étonnants : il leur faut tout le temps des comparatifs et des superlatifs. André Manoukian a ainsi présenté Denez Prigent comme le plus Caribéen des Celtes (sic). Puis il l'a remercié en le qualifiant de… créole celte ! Celte, à la rigueur, mais Caribéen ? Je suppose que c'était gratifiant pour Denez.

Le Breton en tout cas lui a expliqué - et il a bien fait - que le terme breton "gwerz" n'avait pas besoin d'être traduit, que ce n'est pas exactement une "complainte" et qu'il constitue un genre musical en soi, de même que le fado ou le blues.

Tout est prévu dans cette émission pour donner l'impression du live. Il peut quand même y avoir de petites failles. C'est ainsi que Denez Prigent a présenté Jonathan Dour comme l'un des musiciens de son groupe, comme s'il était sur place. Il faut croire que Jonathan a le don d'ubiquité, puisqu'il était également présent hier soir sur la scène de l'Avel-Vor, à Plougastel, pour la cérémonie des Priziou. Je l'ai vu de mes yeux et entendu de mes oreilles, et 250 autres personnes comme moi. Comme quoi, la radio ne peut pas tout prévoir !

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18 janvier 2016

Le néerlandais serait-il en voie de disparition ?

anglais aux Pays-Bas Ouest-France

Connaissez-vous l'édition du soir d'Ouest-France ? C'est bien simple, on ne peut la trouver ni dans sa boîte aux lettres (postale) ni en kiosque, comme celle du matin. Elle n'est disponible qu'en version numérique, à partir de 18 heures. Si j'en parle, c'est parce que ce soir l'un de ses articles m'a intrigué. Il y est question des Pays-Bas, dont la langue officielle est - vous vous en doutez - le néerlandais.

Mais, selon Christelle Guibert,

  • aux Pays-Bas aujourd'hui tous les étudiants parlent l'anglais.
  • Non seulement ça, mais dans l'enseignement supérieur, le pourcentage de matières enseignées en anglais s'élève à 80 %, en augmentation.
  • Tenez-vous bien : le président d'une université d'Amsterdam fait d'ores et déjà son discours de rentrée en anglais et pronostique qu'à terme, l'anglais va devenir "notre langue de communication".

Comment en sont-ils arrivés là ? L'article de l'édition du soir d'Ouest-France pointe de multiples facteurs :

  • l'internationalisation de l'enseignement et de la recherche,  
  • le recrutement d'enseignants anglophones,
  • l'utilité de l'anglais pour attirer des étudiants étrangers,
  • les films qui sont diffusés en salle ou à la télévision ne sont jamais doublés en néerlandais, mais sous-titrés (comme dans les autres pays nordiques d'ailleurs).

Un manifeste d'écrivains et de linguistes

Bref, l'académie royale commence à s'alarmer. Des écrivains, des linguistes et des scientifiques viennent de publier un manifeste. Un député s'inquiète de ce que les architectes ou les médecins ne sauront bientôt plus échanger en néerlandais avec leurs ouvriers ou leurs patients…

La journaliste d'Ouest-France fait observer que le néerlandais est une langue vivante "qui peine à garder des 28 millions de locuteurs dans le monde". Vous avez bien lu : "dans le monde" ! C'est qu'on ne le parle pas qu'aux-Bas. On le parle aussi en Belgique, et dans l'hémisphère sud. Mais il peinerait à garder ses locuteurs. Soit.

Le néerlandais fait tout de même partie des 80 langues au monde (sur environ 6 000) qui sont parlées par plus de 10 millions de locuteurs !

Les Néerlandais - ou certains d'entre eux en tout cas - n'ont sans doute pas tort de s'inquiéter du devenir de leur langue. Mais c'est une langue d'Etat, avec tout ce que ça implique. Et les processus de substitution ou de changement de langue prennent souvent bien plus de temps qu'on ne le craint, les processus de revitalisation aussi. Que diraient-ils donc à propos du breton ? Il fait partie, lui, des 1 114 langues qui, dans le monde, sont parlées par plus de 100 000 locuteurs.

Lire l'article de l'édition du soir d'Ouest-France

Pour en savoir plus : Louis-Jean Calvet. Il était une fois 7 000 langues. Paris, Fayard, 2011.

08 janvier 2016

L’autre capitale de la Bretagne

Bretagne mag Paris

Ayant moi-même eu plusieurs fois l’occasion d’aller à la rencontre des Bretons de Paris et de Saint-Denis, je me suis laissé tenter par Bretagne magazine, qui propose dans son dernier numéro un dossier à la une sur les Bretons de Paris et particulièrement ceux de Saint-Denis, présentée comme l’autre capitale de la Bretagne. Comme en témoigne une photo de groupe, sonneur de biniou et tambourin au centre (mais pas de bombarde), ils avaient pignon sur rue en 1958. Un portfolio, de multiples brèves, un guide pratique, quelques articles, le tout fait 28 pages.

  • Fañch Postic dresse le portrait du recteur des Bretons de Paris de 1897 à 1929, non pas en tant que collecteur de chansons et de contes du pays vannetais, mais comme celui qui s’est occupé du triste sort de ceux qu’un autre abbé démocrate avait considérés comme les « nègres bretons de Paris ». À lire.
  • Un autre portrait, signé Françoise Genevoix et René Tanguy, s’intéresse au cas unique de René Kersanté, 74 ans désormais, qu’ils présentent comme « cultivateur d’humanité ». Là où, avenue de Stalingrad, travaillaient après-guerre 60 familles de maraîchers, tous bretons, il est aujourd’hui le seul, avec 17 ouvriers, à cultiver en pleine ville radis et salades, entouré de barres d’immeubles. La ville de Saint-Denis a acheté les terrains et les a classés. On aurait aimé savoir ce qu’ils vont devenir.

Quels symboles de la Bretagne ?

Du coup, je me suis aussi intéressé à l’autre dossier de Bretagne magazine, consacré aux symboles de la Bretagne. Quand j’ai vu qu’il s’agissait du beurre, de la crêpe, du bol à oreilles et du crachin, je ne dis pas que je craignais le pire, mais j’ai pensé que tous les clichés allaient y passer. C’est bien le cas, mais le choix de la rédaction a été d’aller au-delà de ces clichés.

Le résultat est probant, car les vingt items abordés ont été décryptés par des écrivains, des scientifiques, des universitaires, avec le concours de dessinateurs et de photographes. Succinctement, et le propos est assez léger, documenté ou impressionniste selon le cas. Que l’on parle du pâté Hénaff ou du biniou, on n’insiste pas lourdement sur les éléments constitutifs de l’identité bretonne…

Le gwenn ha du en est forcément. Sous la plume de Yann Rivallain, son histoire devient une épopée, et le drapeau le symbole de l’insoumission. L’auteur rapporte à juste raison qu’il fut un drapeau interdit il y a quelques dizaines d’années. Mais c’est curieux, on ne rappelle (presque) jamais comment il a été honni pendant la dernière guerre et dans les années qui ont suivi. Ça fait aussi partie de son histoire, non ?

Étonnamment, la langue bretonne ne figure pas dans cette liste des symboles de la Bretagne : c’est signifiant. Bretagne magazine se rattrape sur ce point par les deux rubriques qu’il consacre aux trésors du breton et qu’il a confiées d’une part à Nelly Blanchard et Mannaig Thomas, et d’autre part à Daniel Giraudon.

06 janvier 2016

Bloavez mad : attention aux coquilles

Boalvez mad (sic) 235c

Il n’y a pas que le numérique dans la vie. La preuve : je viens de recevoir une "vraie" carte de vœux par la poste, toute en couleurs, un peu surchargée de textes et de photos un peu clichés à mon goût, mais le genre de carte dont on aime bien ouvrir l'enveloppe, savoir qui l'a écrite et découvrir le message.

Cette carte me souhaite à la fois – c'est presque trop - "Meilleurs vœux", "Bonne année" et "Bloavez mad", en lettres dorées ou argentées, c'est selon. Du moins, c'est ce que j'ai cru lire, tellement on y est habitué. Mais en y regardant de plus près, je me rends compte que le texte réellement imprimé est – faites attention, le "l" n'est pas bien placé – "Boalvez mad", ce qui ne veut rien dire en breton.

Elle me souhaite aussi "yehed", c'est-à-dire de la santé (ce qui est approprié), et "yec'hed mat", ce qui veut plutôt dire "à ta (ou à votre) santé", ce qui n'est pas tout à fait la même chose.

La carte est éditée par les éditions Cart'Image près de Périgueux. Mais je crains qu'elles se soient contentées de picorer des mots dans des dictionnaires, sans demander conseil à quiconque. Plusieurs milliers de Bretons se sont pourtant installés en Dordogne dans la première moitié du XXe siècle. Mais il ne doit plus en rester beaucoup qui savent toujours le breton.

Voilà donc une belle coquille à corriger d'ici l'année prochaine.

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