Le blog "Langue bretonne"

05 août 2017

Une expo très lampaulaise

Myriam Coadou-1 Myriam Coadou-5 Myriam Coadou-3                

C'est la première exposition de Myriam Coadou. Elle s'était déjà fait connaître en 2014 lors de la parution aux éditions Emgleo Breiz de "Cocons / Klozennou", un petit recueil bilingue et sensible, tenant à la fois du poème et du témoignage, sur le thème de la maternité. Ses gravures douces et colorées illustraient le livre, dont les textes avaient été réunis par Katia Bodénès.

Emgleo Breiz l'avait à nouveau sollicitée en 2015 pour illustrer d'un regard neuf et de la vivacité de ses peintures l'anthologie de la poésie de Naig Rozmor, qui paraissait de surcroît pour la première fois en traduction française en regard de la version originale en breton. Depuis, ce livre est devenu collector.

Myriam Coadou, qui est professeure d'arts appliqués au lycée Vauban à Brest, propose ce mois d'août des peintures d'une belle variété à la mairie de Lampaul-Plouarzel : acryliques colorés contrastant avec les aquarelles et les encres de Chine. Elle dit se situer entre terre et mer, mais la paraît l'inspirer bien davantage : vagues, scènes de plage, surfeurs, oiseaux et poissons, le littoral… Si elle s'inspire de son vécu lampaulais, le traitement va au-delà.

Myriam Coadou-2  Myriam Coadou-4 

Elle présente dans cette exposition des tableaux aux couleurs vives, d'autres aux tons pastel, au choix. Sa belle-mère, elle-même aquarelliste, me disait qu'elle peint avec une grande aisance. Son ancien professeur, Michel Thépault, que je ne connaissais pas encore, est venu me saluer en breton, s'il vous plaît : il est fier du travail de son ancienne élève.

Myriam Coadou peut être rayonnante quand elle est en confiance, mais s'exprime avec une certaine réserve en public. Je me demande si sa peinture ne manque pas aussi d'un peu de hardiesse. Je ne suis pas expert en la matière, mais j'ai comme l'intuition qu'il lui faudrait faire des choix. Ceci étant, sa première exposition est une sympathique découverte.

  • Notez que l'artiste ne signe que de son prénom et de l'initiale de son patronyme. Ça fait classe.
  • À voir en mairie de Lampaul-Plouarzel jusqu'au 2 septembre 2017.

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04 août 2017

Le décès d'un bretonnant de bon aloi

Christian Fagon-1

MaJ 2017-08-05 : 14:59

Christian Fagon vient de nous quitter, trop jeune, à l'âge de 65 ans. C'était un excellent bretonnant, et il suffisait de l'entendre s'exprimer de sa forte voix rocailleuse pour comprendre qu'il était resté fidèle à son parler breton du Léon. Originaire de Lesneven, il l'avait appris à la fin de ses études secondaires. Il en avait acquis une très belle connaissance intuitive. Il avait été professeur de breton au lycée de l'Iroise à Brest.

Christian s'intéressait aussi aux autres formes de breton et il s'est impliqué pour le collectage de la langue parlée. Il était l'un des contributeurs de la Banque sonore des dialectes bretons, un projet collaboratif multimédia qui réunit sur internet un vaste ensemble d'enregistrements d'enquêtes effectuées depuis plus d'une dizaine d'années auprès de locuteurs traditionnels de breton.

Il suivait assidûment les séminaires de La Bretagne linguistique. En 2004, il avait lui-même présenté une communication sur

  • Le changement du /z/ en /h/ en Léon, continuité du brittonique au breton moderne et regard sociolinguistique des locuteurs sur ce phénomène.

En collaboration avec Yann Riou, il a publié "Trésors du breton de l'île de Sein" aux éditions An Alarc'h en 2015, sous la forme d'un ouvrage consistant de 335 pages, contenant 2 600 entrées. Sous-titré "bredoneg ar gear, on teuzeur" (tout un programme, dans cette formulation), il se présente comme une transcription fidèle du breton tel que le parlent toujours les Sénans aujourd'hui. Il travaillait jusqu'à tout récemment sur un projet équivalent concernant le breton du Folgoët.

Christian Fagon était quelqu'un de jovial, avec un sens aigu de l'humour, blagueur à l'occasion, parfois caustique, toujours ouvert à la discussion, ouvert au monde. Il avait voyagé très tôt en Asie, en Inde, au Vietnam… Il se passionnait pour la découverte de nouveaux pays, de langues qu'il ne connaissait pas. Sa femme, Katai, étant originaire de Thaïlande, il avait appris le thaï et se rendait souvent dans ce pays.

Ses obsèques ont été célébrées ce samedi matin en l'église de Plouzané, en présence d'une nombreuse assistance de Plouzanéens, d'universitaires et de ses amis de l'association "Brezhoneg e Plouzane" [Du breton à Plouzané]. Un bretonnant réputé des environs de Lesneven regrettait de n'avoir entendu du breton au cours de la cérémonie qu'à dose homéopathique. J'ai failli lui répondre "c'est la vie". Je me suis abstenu. Mais l'emblématique cantique "Patronez dous ar Folgoad" [Douce patronne du Folgoët] est sans doute celui que l'assistance a le mieux repris en chœur.  

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03 août 2017

Les langues de France et les manuels scolaires : appel à communications

Ecole et langues régionales

L’école, on le sait, a contribué pour partie au recul des langues de France. De cette conscience du rôle de l’école dans la baisse de l’usage social de ces langues est aussi née une volonté chez certains, militants ou pas, d’y faire pénétrer les langues et cultures dites régionales. Plus tard encore, et jusqu’à nos jours, l’école est devenue le vecteur principal de l’apprentissage de ces langues dont la pratique en société a fortement reculé.
Les manuels scolaires sont à la fois un outil pédagogique et un moyen de reconquête de l’espace éducatif par ces langues et ces cultures.

Grammaires et méthodes de langues ont dès après la Révolution commencé à fleurir. Œuvres d’enseignants ou d’érudits locaux, ces ouvrages en disent autant sur la situation et les représentations des langues de France à l’époque où ils ont été conçus que sur les méthodes pédagogiques employées.

La prise en compte de la diversité des langues et cultures de France par l’école a permis à celles-ci de faire une entrée plus officielle dans l’enseignement au gré des circulaires, arrêtés et autres lois (on pense évidemment à la loi Deixonne de 1951). Ces textes ont ouvert la voie à des manuels écrits là encore par des militants soucieux de soutenir l’enseignement de leurs langues et de leurs cultures. Mais ils ont parfois permis également une prise en compte relative de cette diversité dans des manuels de lettres, de géographie ou d’histoire destinés à tous les élèves de France.

Elegoet L Istor Breizh    Elegoet une histoire

Quelles méthodes pédagogiques ?

L'équipe RedOC (recherche en domaine occitan) et le Centre d'études occitanes de l'Université Paul Valéry de Montpellier avaient déjà organisé en 2006 un premier colloque sur ces thématiques. Les actes en avaient été publiés aux Presses universitaires de la Méditerranée, sous la forme d’un ouvrage de 356 pages, accompagné d’un DVD, dont le titre reprend celui de l'intitulé  du colloque : "L’école et les langues régionales aux XIXe et XXe siècles."

Dix ans plus tard, ils souhaitent revisiter ce chantier afin d’approfondir les problématiques qui y avaient été développées. Un nouveau colloque est annoncé, toujours à Montpellier, pour les 12 et 13 octobre 2017. Il interrogera deux types de publications pédagogiques : celles qui sont centrées sur les langues et cultures régionales, et celles, généralistes, qui leur font une place. Les organisateurs proposent d'aborder un certain nombre de questionnements :

  • Comment les langues et cultures de France sont-elles vues au prisme de ces manuels généralistes ? Quelles méthodes pédagogiques promeuvent les érudits et/ou militants en faveur de l’enseignement des langues et cultures de France ?
  • Quels messages veulent-ils faire passer, que ce soit à travers des manuels de commande de l’Éducation nationale ou de manuels issus d’initiatives militantes ?
  • Quels points communs, et quelles différences peut-on observer entre les diverses langues concernées ? 

C’est à travers ces interrogations – non exclusives – que sera étudiée la thématique du colloque d’un point de vue épistémologique, didactique ou historique, et avec des approches autant comparatives que chronologiques ou faisant la part belle à des expériences précises.

Les propositions de contributions seront adressées sous forme d’un titre et d’un résumé de 500 à 1500 signes aux organisateurs : Yan Lespoux, Philippe Martel, Marie-Jeanne Verny.

Pour en savoir plus :

  • Hervé Lieutard et Marie-Jeanne Verny, L’école et les langues régionales aux XIXe et XXe siècles, Presses universitaires de la Méditerranée, 2007, Collection « Estudis occitans ».
  • Je traite dans cet ouvrage de "La puissante ténacité de l'obstacle de la langue bretonne" dans les écoles de Bretagne au XIXe siècle, p. 181-199.

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23 juillet 2017

Le couac de l'inauguration du bronze Pierre-Jakez Helias

PJ Helias gand Toulhoat-7

La presse quotidienne régionale, tant Ouest-France que Le Télégramme, a salué à juste titre le bel hommage qui a été rendu samedi matin à Quimper, boulevard de Kerguelen, à la mémoire de Pierre-Jakez Hélias. On le doit d'abord au sculpteur Pierre Toulhoat, qui avait imaginé ce bronze dès 1999. On le doit aussi à la persévérance de son fils, Yves, et à tous ceux qui se sont mobilisés pour qu'il trouve enfin sa place en plein cœur de la ville de Quimper (voir message précédent).  

J'avais trouvé ahurissant que rien n’ait été dit en breton lors de cet hommage. Je l'ai dit au maire de Quimper, Ludovic Jolivet, et n'ai pas été le seul à le faire, puisque la chanteuse Andrea ar Gouilh l'a également interpellé à ce sujet. Mais ce n'est pas seulement la question du breton : on n'a pas entendu la moindre allusion à l'œuvre d'un écrivain majeur. On aurait pu au minimum citer Le cheval d'orgueil et faire état du succès de ce livre, citer aussi la version bretonne Marh al lorh… 

Le Télégramme a fait écho à ma protestation en la présentant comme "le coup de gueule de Fanch Broudic". L'écrivain Angèle Jacq s'est "indignée" à son tour sur le site du quotidien :

  • "Désolant, écrit-elle. La langue bretonne fut dramatiquement absente de cette cérémonie […]. La mairie de Kemper ne devrait tout de même pas oublier qu'elle se veut capitale de Kerne."

 Sur le site de son agence ABP (Agence Bretagne Presse), Philippe Argouach – qui cite Le Télégramme et paraît ignorer l'existence de ce blog - écrit pour sa part :

  • "Paradoxalement, aucun mot breton ne fut prononcé alors qu'Hélias fut un monument pour préserver et faire vivre cette langue."

Bon. Comme son visage est désormais figé en ce monument qui lui est dédié, on ne va pas instrumentaliser Hélias contre qui que soit – il n'aurait pas apprécié. Puisqu'Emgleo Breiz (dont je me suis occupé de longues années) a été l'éditeur historique de son œuvre en langue bretonne et qu'il a également publié dans les revues Brud et Brud Nevez, j'ai voulu rappeler combien il avait été un éminent bretonnant tout comme un auteur éminent. Le bronze de Pierre Toulhoat est conçu pour que nous en gardions la mémoire.

22 juillet 2017

Hélias a son monument, mais Quimper et le breton : la honte !

PJ Helias gand Toulhoat-5

Mise à jour : 22:40

La maquette conçue en 1999 par le sculpteur Pierre Toulhoat en mémoire de son ami Pierre-Jakez Hélias, décédé quatre ans plus tôt, a failli ne jamais être transformée. Pendant des années ni la ville de Quimper ni que ce soit, personne n'a validé le projet. Jusqu'à ce que Jakez Bernard, président d'une discrète association dénommée "Biskoaz kemend-all" [Incroyable], mais président également à ce moment du puissant lobby "Produit en Bretagne", prenne en charge le projet et réunisse les moyens et les conditions pour qu'enfin le bas-relief devienne une imposante plaque de bronze de cent kilos, de 1,20 m sur 0,80 et de 7 cm d'épaisseur. Pierre Hélias méritait bien ça.

La ténacité a payé, et l'initiative doit être saluée. L'inauguration de ce que la ville de Quimper a présenté comme une stèle s'est déroulée ce samedi matin à Quimper sous un ciel bien gris et une belle averse. Ce n'est pourtant pas exactement une stèle, puisque ce n'est pas un monument monolithe vertical. Le bronze a d'ailleurs été fixé au sol sur un granit en pente douce, au pied des remparts de Quimper, boulevard de Kerguélen.

L'ensemble a trouvé place au milieu d'un parterre de fleurs, dans le square qui porte déjà le nom de l'écrivain, à quelques pas du Musée départemental breton et non loin des flèches de la cathédrale de Quimper-Corentin. L'inauguration a été présidée par Ludovic Jolivet, maire de la ville, Jakez Bernard, et Yves Toulhoat, le fils du sculpteur. Les enfants de P.-J. Hélias, Claudette et Yves, étaient présents, ainsi de nombreux acteurs de la vie culturelle cornouaillaise et régionale.

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Mais on n'a pas entendu un mot de breton durant cette inauguration. On ne reprochera certes pas à ceux qui ne le savent pas de n'avoir rien dit en une langue qu'ils ne maîtrisent pas. Ce que je trouve malgré tout ahurissant, inimaginable, c'est que la ville de Quimper et la capitale de la Cornouaillent fassent aujourd'hui totalement l'impasse en l'occurence sur la langue bretonne, comme si elle n'existait déjà plus.

Personne n'a été invité à prendre la parole en breton, à évoquer la mémoire d'Hélias dans sa première langue, à lire un de ses poèmes, à parler en quelques mots de son œuvre. Ça s'était déjà déroulé selon le même schéma en début de semaine, lors de l'inauguration de l'esplanade Loeiz et Erwan Ropars.

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Hélias a été, certes, le rénovateur du Festival de Cornouaille et il l'a accompagné pendant des années. Mais comment donc peut-on ne pas même mentionner qu'il a aussi été écrivain, un auteur à succès, homme de théâtre, homme de radio et de télévision, en langue bretonne tout autant qu'en langue française, parfaitement bilingue ? L'oublier est une faute. La stèle imaginée par Pierre Toulhoat cite pourtant les titres de ses ouvrages dans les deux langues, non ? Douze ans après la disparition de l'un des plus populaires écrivains bretons du XXe siècle, Quimper ne sait déjà plus qu'il avait écrit : ar brezoneg eo ma bro. Le breton est ma patrie. Désolant.

J'ai eu l'opportunité de le dire directement à Ludovic Jolivet en sa mairie. La chanteuse Andrea ar Gouilh est également venue l'interpeller au même moment en lui expliquant qu'elle avait tout fait en breton à Quimper, chanter, danser, manifester, et qu'elle ne comprenait pas elle non plus que personne n'avait rien dit en breton lors de l'inauguration de la stèle à la mémoire de Pierre-Jakez Hélias. Le maire de Quimper nous a rétorqué que personne n'y avait pensé. C'est bien là le drame.

Grâce à la réalisation de Pierre Toulhoat, l'auteur du Cheval d'orgueil, de Marh al lorh, de Maner kuz [Manoir secret], de Kanadenn penn ar bed [La cantate du bout du monde] a du moins droit à une belle reconnaissance au cœur de la ville de Quimper : resterait peut-être à la valoriser par une forme de fléchage ou un petit panneau informatif, pour attirer le regard des passants qui, autrement, ne la verront pas. C'est en tout cas beaucoup mieux que la plaque apposée sur une grille de la nouvelle esplanade Loeiz et Erwan Ropars, près du théâtre Max Jacob (voir message du 17 juillet) :  elle fait vraiment "tristig", le logo de la ville de Quimper n'est même pas en couleur…

Un double du bronze de Pierre Toulhoat à la mémoire de Pierre-Jakez Hélias sera placé à l'automne sur un mur de l'école qui porte déjà son nom à Pouldreuzic.

Kemper ne oar ket mui tamm brezoneg ebed : eur vez !

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E Kemper eo bet diskuillet ar mintin-mañ an delwenn a oa bet kizellet e 1999 gand e gamarad Per Toulhoat e memor ar skrivagner Per-Jakez Helias. Dirag eun dibab a dud euz bed ar sevenadur, ez eus bet klevet prezegennou gand an Ao. Mêr, Ludovic Jolivet, gand prezidant ar gevredigez "Biskoaz kemend-all", Jakez Bernard, ha gand Yves Toulhoat, mab ar hizeller.

PJ Helias gand Toulhoat-1

Ne vo ket tamallet d'ar re ne bregont ket brezoneg beza chomet heb laret ger ebed e yez ar vro. Ar pez a gavan spontuz eo n'he-dijet ket bet soñjet kêr Gemper na kêrbenn bro-Gerne goulenn digand unan bennag lavared eur gomz bennag e brezoneg. Eur vez. Evel ma ne vije ket deuz ar brezoneg ken er vro-mañ. Den n'e-neus laret seurt nag e brezoneg nag e galleg kennebeud deuz ar yez kenta a zo bet hini Per Helias, na lennet na pa vefe eur varzoneg diwar e bluenn, na laret tra diwar-benn e leoriou.

Gwir eo e-neus labouret da renevezi Goueliou-meur Kerne. Med bet eo bet ive skrivagner, savet e-neus peziou-c'hoari hag abadennou radio ha tele, e brezoneg koulz hag e galleg, en eil yez hag en ebed : ger ebed diwar se ! Roll e leoriou brezoneg ha galleg a zo kizellet war an delwenn gand Per Toulhoat koulskoude. Daouzeg vloaz avad goude maro an hini pobleka deuz skrivagnerien Vreiz en XXved kantved, ne oar ket mui kêr Gemper e-noa skrivet ar barz ar homzou-mañ : ar brezoneg eo ma bro. Eun druez.

Posté par Fanch Broudic à 18:08 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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