Le blog "Langue bretonne"

22 septembre 2016

Pierre Corbel : un fameux éditeur

Corbel Pierre-1

Il était à Quimperlé pour présenter un nouveau livre d'histoire, le 3 septembre dernier : "La Bretagne de Louis XIV d'après les mémoires de Colbert de Croissy (1665) et Béchameil de Nointel (1698)". Cet ouvrage, dont l'édition a été préparée par Philippe Jarnoux, Pierrick Pourchasse et Gauthier Aubert, fait l'objet d'une coédition par les PUR (Presses universitaires de Rennes) et la SHAB (Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne).

Pierre Corbel était depuis 1991 le directeur des Presses universitaires de Rennes. Il a été un fameux éditeur : en un quart de siècle, il a hissé le petit service de l'université de Rennes 2 au rang d'une grande maison d'édition, dont la notoriété s'est étendue, certes dans le monde universitaire, mais bien au-delà dans celui de l'édition et des médias. Les PUR ne publiaient à son arrivée qu'une dizaine de titres par an : un quart de siècle plus tard, elles en publient plus de 280 ! Elles sont assurément un des principaux éditeurs bretons.

Au fil du temps, elles sont devenues incontournables. Et un outil commun aux universités de l'Ouest atlantique dans un acception large, de Brest à Angers et de Tours à Rennes 1, y compris – tenez-vous bien - Paris-Est-Créteil. C'est la reconnaissance d'un savoir-faire. Les PUR valorisent les travaux et les recherches des enseignants-chercheurs et d'autres auteurs, ce que ne fait pas l'édition généraliste à cette échelle. Et elles le font principalement dans les domaines de l'histoire, des lettres et des langues, plus globalement dans celui des sciences sociales et humaines, mais aussi dans le domaine de la didactique.

J'ai fait la connaissance de Pierre Corbel quelques années après sa prise de fonction, en vue de l'édition de ma thèse sur la pratique du breton de l'Ancien Régime à nos jours (1995, épuisée). Nous avons à nouveau beaucoup travaillé ensemble, quand le comité éditorial des PUR a validé en 2013 le projet d'édition de l'Histoire sociale des langues de France (sous la direction de Georg Kremnitz), qui n'a pas été une mince affaire, puisqu'il s'agissait tout de même d'un volume de quelque 900 pages. Il avait été finalement très heureux de devoir envisager un second tirage pour cet ouvrage toujours disponible.

Entre-temps, il avait beaucoup cheminé. Pierre Corbel est un homme affable, astucieux – très astucieux -, au fait de l'évolution des connaissances et des nouvelles technologies dans l'édition, et il maîtrisait parfaitement son sujet. Il compte s'investir maintenant dans une histoire de Plélo, sa commune d'origine, à l'exacte limite entre Haute et Basse-Bretagne.

Son successeur est Cédric Michon, qui nous invite déjà dans son éditorial sur le site des PUR à "découvrir de multiples nouveautés qui portent témoignage de la vitalité et de la diversité de la recherche dans les universités de l’Ouest atlantique".

Pour en savoir plus

Le portait de Pierre Corbel par Éric Chopin, dans Ouest-France de ce jeudi, 22 septembre 2016, en page Bretagne.

Le site des PUR : http://pur-editions.fr/presentation.php

Posté par Fanch Broudic à 22:47 - Commentaires [2] - Permalien [#]


20 septembre 2016

Une conférence chantée et un concert exceptionnels

Guillorel Eva-1   Vassallo Marthe-1

Au début du mois, s'est tenu à Quimperlé le congrès de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne (la SHAB). Au programme figurait une conférence publique à deux voix, dont l'originalité était qu'elle était assurée par une historienne, Eva Guillorel (maître de conférences d'histoire moderne à l'université de Caen), et par une interprète de chants traditionnels, en l'occurrence Marthe Vassallo.

Quand l'une présentait les éléments du dossier et développait son analyse du sujet, l'autre les illustrait d'extraits des gwerziou de son répertoire, en y introduisant son petit grain de sel et en témoignant de sa relation personnelle à ce type de chansons. La complicité entre les deux intervenantes était totale.  

Femmes victimes, femmes coupables ?

Mais de quoi donc était-il question ? Une thématique autour de la chanson collectée s'imposait au pays de La Villemarqué. L'intitulé retenu pour la conférence était le suivant :

  • Femmes victimes, femmes coupables ? La société bretonne d'Ancien Régime au prisme des complaintes de tradition orale (voir message du 28 août).

Eva Guillorel a mis en évidence dans sa thèse et dans ses travaux que les gwerziou (les complaintes de tradition orale en langue bretonne) pouvaient être une source documentaire remarquable pour l'étude de la société bretonne des XVIe et XVIIe siècles : elles permettent d'éclairer les comportements et les sensibilités d'individus et de groupes dont on retrouve moins de traces que pour d'autres dans les archives écrites. C'est notamment le cas des femmes, très présentes dans les gwerziou dans la mesure où elles en sont les protagonistes et qu'elles en ont été également les interprètes qui ont contribué aux collectages du XIXe siècle.

Des faits divers sanglants

Ce qui a longtemps laissé dubitatifs les historiens c'est que les complaintes rapportent des événements qui peuvent être précisément datés et qu'elles permettent de documenter les difficultés et les aspirations des femmes dans la Bretagne d'Ancien Régime. Elles décrivent des faits divers sanglants ou sordides, assez semblables à ceux dont nous entendons toujours parler à notre époque : infanticides, suicides, enlèvements, assassinats, meneuses de bandes… Dans ces récits, les femmes apparaissent parfois comme des coupables, le plus souvent comme des victimes.

Même s'il y avait peu de bretonnants dans la salle, l'historienne et la chanteuse – qui ne manquent pas d'humour, aussi difficile que soit le sujet - ont su partager avec leur auditoire leur passion et leurs connaissances tout comme l'émotion qu'engendre l'écoute de gwerziou. La dynamique de leur prestation a fait de ce moment un temps fort du congrès de la SHAB. Il ne reste qu'à formuler deux souhaits :

  • que les actes du congrès de Quimperlé de la SHAB, dans quelques mois, soient pour une fois accompagnés d'un CD
  • qu'Eva Guillorel et Marthe Vassallo puissent avoir l'opportunité de présenter leur conférence chantée en d'autres lieux et devant d'autres publics à l'avenir.

Blanchard Nelly Barzaz-1   Postic Fanch Barzaz-1

"(Ré)interpréter les chants du Barzaz Breiz" : un concert à la Faculté

Je ne pense pas que ce soit une première, mais celui qui a été donné jeudi dernier à la Faculté Victor Ségalen, à Brest, visait à marquer la sortie des actes d'un colloque qui s'est tenu il a près d'un an au manoir de Kernault, en Mellac, à l'occasion du 200e anniversaire de la naissance de Théodore Hersart de la Villemarqué, l'auteur du Barzaz Breiz. Ce sont les directeurs du volume, Nelly Blanchard et Fañch Postic, qui l'ont présenté.

On ne connaît vraiment de La Villemarqué que son Barzaz Breiz, lequel a contribué en raison de sa notoriété à forger "une Bretagne-image" qui survit jusqu'à aujourd'hui, et a réellement occulté par ailleurs la vie et l'œuvre de son auteur. Le colloque comme l'ouvrage qui en est issu se proposent donc de briser le miroir et de faire savoir que La Villemarqué n'est pas que le si fameux Barzaz Breiz. Onze contributions s'y attellent, et j'y reviendrai.

Pour autant, il était inconcevable de ne pas évoquer cette anthologie au moment du 200e anniversaire de sa naissance. Les organisateurs du colloque ont été astucieux : ils ont voulu donner à entendre ou à réentendre diverses interprétations des chants du Barzaz Breiz telles qu'elles ont été proposées depuis près de deux siècles, pour aller au-delà de celles que nous avons tous dans l'oreille (pour les avoir entendues à la radio, en concert ou sur CD). Le résultat est saisissant.

Nelly Blanchard et Fañch Postic étaient conscients que ces réinterprétations constantes des chants du Barzaz Breiz se caractérisent "par leur longévité, leur diversité et leur rayonnement international". Ils voulaient simultanément ouvrir une réflexion sur la réception de ces chants dans le milieu musical : les arrangements, la chronologie et la périodisation, l'esthétique, l'instrumentation, la production… On pourrait y ajouter une sorte de prosopographie des interprètes et des publics. Pour l'instant, ce projet qui s'annonce prometteur n'en est qu'au stade de la formulation.

Le concert donne déjà une idée de la diversité des réinterprétations successives. Il avait déjà été donné une première fois en l'église de Mellac en novembre 2015, lors du colloque. Si vous n'avez assisté ni à celui-ci ni à celui de jeudi à la Faculté, vous pouvez toujours l'écouter, puisqu'un CD est inclus dans le volume des actes du colloque. C'est déjà une bonne raison de se le procurer.

Vassalo Marthe Barzaz-1  Rivoalen Christian-1  Stephan Pierre-1

De quoi ce concert était-il donc fait ?

C'est, d'après Nelly Blanchard, "un chemin qui mène des réinterprétations du passé à la création contemporaine". Le programme est dense.

Marthe Vassallo au chant et au piano interprète deux des chants du Barzaz Breiz comme on ne les a jamais entendus, d'après les partitions de Friedrich Silcher publiées dans son édition allemande en 1841. On y détecte "l’influence du romantisme allemand sur l’œuvre et l’influence de l’œuvre de La Villemarqué sur des compositeurs allemands comme Wagner". Je n'avais jamais imaginé – et ne suis sans doute pas le seul – qu'on pouvait chanter des gwerz à la manière de lieder : c'est très surprenant et ça tranche réellement par rapport à l'idée qu'on s'en fait.

Christian Rivoalen, dans le rôle du chanteur "traditionnel", s'est chargé de nous le rappeler "à l'ancienne" en quelque sorte, avec trois airs du recueil fortement interprétés a capella.

Comme la harpe celtique n'existait pas en Bretagne à l'époque, c'est Anne Le Signor qui accompagne Marthe Vassallo à la grande harpe pour donner à entendre "La peste d'Elliant" d'après une partition parue dès avant la première édition du Barzaz Breiz en 1836.

Pierre Stéphan propose une curiosité : le montage sonore intitulé "Agencement" qu'il a réalisé à partir de 35 extraits sonores édités depuis les années 1930 jusqu'à nos jours de différents chants (et parfois les mêmes) du Barzaz Breiz. Assez bluffant, instructif aussi. À noter que ce montage ne figure pas sur le CD, mais on peut l'écouter en ligne.

Sillages-1

Inititiave assez rare de la part d'un laboratoire de recherche : le CRBC (Centre de recherche bretonne et celtique) a passé commande auprès de Patrick Choquet d'une création contemporaine pour voix et quatuor à cordes à partir de cinq titres du Barzaz Breiz. Jeudi, il a assuré lui-même la direction musicale de cette pièce tout simplement intitulée "Cinq airs arrangés du Barzaz Breiz" et interprétée par Marthe Vassallo au chant et un quatuor à cordes de l’ensemble Sillages, dont la direction artistique est assurée par Philippe Arrii-Blachette. La salle a chaleureusement applaudi.

Pour en savoir plus :

Nelly Blanchard et Fañch Postic (dir.), Au-delà de Barzaz Breiz, Théodore Hersart de la Villemarqué. Brest, Centre de recherche bretonne et celtique, 2016, 298 pages (CD inclus).  

Également présenté le même jour :

Jean-François Simon et Laurent Le Gall (dir.). Jalons pour une ethnologie du proche. Savoirs, institutions, pratiques. Brest, Centre de recherche bretonne et celtique, 2016, 405 p.

12 septembre 2016

Des Catalans par millions

Catalans des millions Tgr 2016-09-12

Énorme coquille  : elle se trouve en bas de page 2 du Télégramme d'aujourd'hui, dans le titre de l'article qui rend compte de la manifestation des indépendantistes catalans, hier à Barcelone. D'après le quotidien, ils auraient été "des centaines de millions" à manifester ! Mais les rues de Barcelone n'auraient pas pu les accueillir tous ! C'est comme si les deux tiers de la population de l'Union européenne s'y étaient tous retrouvés en même temps… Mariano Rajoy ne s'en remettra jamais !

Le chapeau, heureusement, ne parle que de centaines de milliers. Ce qui est déjà beaucoup. Le lecteur aura-t-il corrigé de lui-même ?

Posté par Fanch Broudic à 18:32 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

Martial Ménard, lexicographe engagé

Ménard Martial-2

C'est le 25 octobre 2015 que j'ai pris cette photo lors du Festival du livre de Carhaix. Alors qu'une cinquantaine de personnes avaient suivi la table ronde précédente sur l'avenir du breton, l'assistance était beaucoup plus clairsemée lorsque Martial Ménard avait entrepris de présenter pour la première fois au public son projet de dictionnaire diachronique du breton en ligne, désormais connu sous le nom Devri. C'est – possiblement – la seule qui pourrait en attester : de fait, aucun média n'avait alors fait écho à cette présentation.

Il m'avait ce jour-là précisé qu'il avait mené seul ce projet de bout en bout, avec le concours d'un informaticien, sans aucune aide publique. Il est vrai qu'il avait été quelque peu échaudé par les polémiques à retardement qui avaient suivi la parution de la première édition du dictionnaire unilingue d'An Here en 1995 : divers exemples cités dans ce "Geriadur brezhoneg" et considérés comme litigieux en raison de leur connotation avaient alors fait l'objet de contestation et de questionnements.

Un géant, un monument

La tonalité a été bien différente ces jours-ci dès qu'a été connue la nouvelle de son décès. Si Le Télégramme a plutôt fait dans la sobriété, Ouest-France, dont Martial Ménard était le chroniqueur "langue bretonne" attitré depuis 1998, a donné le ton par un article de son rédacteur en chef départemental, Christian Gouérou, le présentant comme "un monument" et "un géant de la langue bretonne". Pour France 3 Bretagne, il a été "l'une des grandes figures de la langue bretonne" et un "militant acharné" pour Annaig Haute, à France Bleu Breizh-Izel.

Si tous ces articles et témoignages n'éludent ni les années FLB ni les engagements constants de Martial Ménard, ce sont ses travaux de lexicographie qu'évoquent essentiellement la presse écrite comme les sites d'information en ligne. Les qualificatifs sont admiratifs et convergents :

  • Un des meilleurs spécialistes du breton
  • Une énorme base de données
  • Il y travaillait depuis 37 ans !
  • Un travail de bénédictin
  • Un travail colossal
  • Une somme inégalée sur la langue bretonne
  • Le premier dictionnaire monolingue breton jamais édité
  • Un énorme travail de collectage
  • Le travail à proprement parler gigantesque de Martial Ménard
  • Martial offre aux Bretons un bel héritage
  • La pédagogie et l'humour caustique qui le caractérisaient
  • Un travail hors de prix
  • Une œuvre comme on n'en voit guère que très peu dans un siècle
  • Un homme de grande valeur
  • L'artisan autodicate du renouveau de la langue bretonne
  • Un travailleur qui a voué sa vie à la langue bretonne
  • Un bourreau de travail
  • Le linguiste érudit et le militant breton irréductible
  • Un militant exceptionnel.

Les obsèques de Martial Ménard seront célébrées ce lundi après-midi en l'église de Lanrelas, la commune dont il était originaire dans les Côtes-d'Armor. Un hommage devrait lui être consacré samedi prochain à Quimper, où il résidait. Viendra ultérieurement le temps de la distanciation. Mais il est certain qu'il restera pour beaucoup une référence et que même  aux autres ses travaux apparaîtront incontournables. Son ami Bernez Rouz n'en faisait-il pas, vendredi dans le journal An-taol-lagad, le plus contemporain des cinq lexicographes majeurs du breton, dans la lignée de Grégoire de Rostrenen, Jean-François Le Gonidec, François Vallée et Roparz Hemon ?

Posté par Fanch Broudic à 11:29 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

01 septembre 2016

La page en breton du Télégramme : du nouveau

Sepred ar vro Tgr 2016-09-01

Le quotidien annonce à la une une série sur l'enseignement du breton dans sa page "Spered ar vro" [Les particularités de la région]. On découvre effectivement à la page 40 le portrait de Sterenn Le Brun, une jeune institutrice qui prend aujourd'hui même ses fonctions à l'école bilingue publique d'Elliant : et c'est son premier poste de professeur des écoles, pour l'ouverture d'une nouvelle classe de surcroît  !

Elle n'est pas du tout stressée pour autant : elle a elle-même fréquenté l'école bilingue publique de Lannion. Après deux ans de formation à l'ESPE de Saint-Brieuc, elle a anticipé et passé une bonne partie de ses vacances à préparer sa rentrée. Mais comme cette page en breton est hebdomadaire, il faudra attendre jeudi prochain pour découvrir le 2e article de la série. On voit aussi par là les choix rédactionnels du Télégramme : il cible de toute évidence un lectorat sensible à la question du devenir de la langue.

Quéré Anna-3

Anna Quéré quitte France 3 Bretagne

Ce qu'il y a de nouveau avec cet article, c'est l'apparition de la signature d'Anna Quéré. La rumeur en circulait depuis plusieurs jours, et la rédaction le confirme par un papier en français en bas de page : elle remplace effectivement Gilles Pennec pour la rédaction de la rubrique en langue bretonne du Télégramme. Ce dernier l'aura tenu pendant huit ans, en fournissant pas moins de 400 portraits au journal. C'est un bail, et une belle production. Il s'en va donc vers d'autres horizons.

Ce que Le Télégramme ne dit pas, c'est qu'Anna Quéré quitte en même temps France 3 et le service des émissions en langue bretonne auquel elle collaborait depuis qu'elle avait été étudiante à Brest : je l'avais engagée à l'époque pour une collaboration à temps partiel au journal "An taol-lagad" sur France 3 Iroise. Puis elle avait rejoint l'équipe du magazine "Red an amzer" à Rennes, et avait été recrutée il y a une petite quinzaine d'années comme journaliste.

Elle s'était déjà mise en disponibilité il y a quelque temps et elle confirme ainsi son départ de la chaîne régionale. Elle compte maintenant travailler en free-lance en presse écrite, en particulier pour des magazines tels que "Sciences humaines" dans lequel devrait paraître en octobre un article d'elle sur l'apprentissage du français par les migrants.

Elle ne sera pas seule à écrire en breton pour Le Télégramme, puisqu'elle va fonctionner en binôme avec Dewi Siberil (et qui lui aussi change d'orientation). Par ailleurs, Ronan Larvor, à la rédaction quimpéroise du journal, alimente toujours la page avec diverses informations sur l'actualité de la langue bretonne.

L'article d'aujourd'hui est fluide et agréable à lire. Il décrit bien le parcours et les préoccupations d'une institutrice découvrant sa première affectation. Il est bien rédigé, si ce n'est la présence d'un calque du français, par inattention sans doute : le mot "bloavez" n'est pas féminin en breton comme "année". Mais comme je ne suis ni enseignant ni correcteur de presse, je ne retirerai aucun bon point à l'auteur pour cette rentrée, je ne pouvais pourtant pas ne pas te le signaler, Anna !

29 août 2016

Les pratiques culturelles et le pays de Quimperlé au menu du congrès de la SHAB

Congrès Monfort-sur-Meu-1 

Le sigle n'est pas forcément connu du grand public, mais tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de la Bretagne savent normalement que la SHAB c'est la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne. Il faut savoir que cette société, qui fêtera son 100e anniversaire en 2020, joue (avec les autres sociétés savantes de la région, ainsi qu'avec la Fédération des sociétés historiques de Bretagne) un rôle un peu méconnu par les temps qui courent, mais irremplaçable pour la connaissance et la diffusion de cette histoire. Et c'est un rite : tous les ans, à cette même période, les historiens bretons se retrouvent en congrès dans une ville de la région, à tour de rôle dans chacun des cinq départements.

SHAB Monfort

Le congrès de Monfort-sur-Meu

L'an dernier, c'est Monfort-sur-Meu, en Ille-et-Vilaine, qui avait accueilli le Congrès à quelques kilomètres de Rennes (photo ci-dessus). Il y fut donc question du pays de Monfort. Une bonne douzaine de communications y avait été présentée sur différents sujets, par exemple :

  • La formation de la petite ville de Monfort du XIe au XIIIe siècle
  • Le prédicateur Louis-Marie Grignon de Monfort (J. Bachelier)
  • Théodore Botrel, en tant que propagateur d'une certaine idée de la Bretagne, et le pardon des Fleurs de pommiers à S-Méen (J.-F. Botrel)
  • La commune de Bédée pendant la Grande Guerre (Y. Lagadec et C. Sachet)
  • L'imaginaire arthurien et la forêt de Bocéliande (D. Hue)
  • La topographie légendaire de Brocéliande (M. Calvez).

D'autres communications ont traité de la thématique de la forêt en Bretagne, notamment celle de J.-C. Meuret sur la chasse et la forêt au Moyen-Âge ou celle d'I. Guégan sur les arbres de la discorde dans le contexte du domaine congéable au XVIIIe siècle.

L'ensemble des contributions se retrouve dans un fort volume de 750 pages (incluant le compte-rendu détaillé d'une trentaine de livres d'histoire parus au cours de l'année).

Une innovation cette année : pour la première fois, les articles concernant Monfort-sur-Meu ont été réunis en un ouvrage spécifique (d'ores et déjà épuisé), dans le but de mieux retenir l'attention des lecteurs concernés.

Isbled Bruno-2

Le Congrès 2016 à Quimperlé

Le président de la SHAB, Bruno Isbled, et l'équipe de près d'une cinquantaine de personnes qui l'entoure ont mis au point le programme du congrès qui va se dérouler à Quimperlé, dans le sud-Finistère, sur trois jours : de jeudi prochain 1er septembre à samedi 3. Deux thématiques vont le rythmer comme d'habitude : l'une est locale et l'autre plus générale.

En lien avec Patrick Galliou, le président de la Société archéologique du Finistère, j'avais proposé il y a un an que cette dernière s'intéresse aux pratiques culturelles, qui font l'objet de multiples investigations depuis quelque temps dans le domaine des recherches historiques. Une dizaine de communications va effectivement être présentée dans ce cadre, notamment :

  • La Ronde du papier timbré (M. Nassiet)
  • Les chants du nationalisme breton des années 1950 aux annes 1940 (S. Carney)
  • Les sociabilités chantantes en Bretagne revivaliste au XXe siècle (F. Gasnault)
  • Culure de la violence et culture politique lors de la journée des Bricoles à Rennes en 1789
  • Livres et lectures chez les femmes de la noblesse bretonne à la fin du Moyen-Âge (M. Lémeillat)
  • Les emprunts ornementaux dans l'Armorique de la fin de l'âge du Fer (P. Galliou).

Plourin Hollocou-2

Concernant le pays de Quimperlé, seront abordés les sujets suivants et quelques autres :

  • Les élites dans la ville aux XVIe et XVIIe siècles (P. Jarnoux)
  • Le marché de la terre dans la paysannerie de Quimperlé au XVIIIe siècle (I. Guégan)
  • L'itinéraire politique d'un aristocrate breton agronome (A. Pennec)
  • Une approche écohistorique sur les saumons de Quimperlé en tant que patrimoine en voie de disparition (P. Martin)
  • Le Front populaire à Quimperlé (J.-P. Sénéchal)
  • L'onomastique bretonne (J.-Y. Plourin, en photo à droite, en compagnie de P. Hollocou, tous deux auteurs d'un 5e ouvrage de toponymie, cheminant cette fois des sources de l'Ellé à l'Île de Groix).

La conférence publique

La date limite d'inscription pour assister au congrès est passée, mais je ne pense pas que qui que ce soit se fera refouler. De toute façon, la conférence publique de jeudi, à 18 heures, est ouverte à tous. Elle sera assurée par deux femmes de notoriété et  connaissant bien leur sujet, qui devraient en outre l'illustrer de vive voix : Eva Guillorel, enseignante et chercheure à l'université de Caen, et Marthe Vassallo, interprète multiple. Le thème de leur intervention fait quelque part écho à l'actualité et à des débats du temps présent :

  • Femmes victimes, femmes coupables ? La société bretonne d'Ancien Régime au prisme des complaintes de tradition orale (gwerziou).

Les séances se dérouleront au cinéma La Bobine.

Une encyclopédie de la Bretagne

Pour en savoir plus : le programme complet du congrès se trouve sur le site de la SHAB, http://www.shabretagne.com

Pour se procurer les actes des congrès (mais celui de Monfort-sur-Meu, daté 2016 n'est cependant pas encore annoncé sur le site), ainsi que pour parcourir la liste des ouvrages – incontournables – publiés par la SHAB ou avec son concours, voir également le site. Il s'agit de travaux historiques, mais aussi de mise à disposition des sources inédites ou actualisées de l'histoire de Bretagne, tels que le cartulaire de Landévennec ou les actes des Ducs de Bretagne. Si la SHAB ne le faisait, qui donc le ferait ?

Autre information utile pour les étudiants, enseignants et chercheurs : la SHAB a entrepris la numérisation des mémoires qu'elle a publiés depuis 1920. Comme les tables peuvent être téléchargées en pdf, il est très facile ensuite de localiser le ou les articles auxquels on voudrait accéder. Il serait dommage de s'en priver. Les mémoires de la SHAB sont une forme d'encyclopédie de l'histoire de la Bretagne.