Le blog "Langue bretonne"

24 janvier 2015

Le cru 2015 des Priziou sur France 3 Bretagne

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C’était l’épreuve du feu ce soir à Locminé pour Mael Le Guennec, le nouveau responsable des émissions en langue bretonne de France 3 Bretagne. Il avait déjà animé la cérémonie des Priziou il y a quelque temps à Saint-Malo, si je me souviens bien. Cette année, c’est lui qui les organisait, et je sais ce que cela représente comme investissement. La photo de groupe des lauréats (© Yannick Derenes) en témoigne : tout s’est bien passé.

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C’était prévisible : Goulwena an Henaff et Yann-Herle Gourves sont des présentateurs parfaitement chevronnés, et le réalisateur Lorenzo della Libera maîtrise. C’est sûr, l’effet n’est pas le même lorsqu’on suit l’événement en streaming que lorsqu’on est dans la salle ou même en différé devant son téléviseur. Mais on peut ainsi le vivre en direct à distance, et ça, c’est un plus. J’ai l’impression qu’on n’a cependant pas beaucoup vu la salle.

C’est donc en plein pays vannetais, à Locminé, que se sont déroulés les Priziou 2015, 18e édition de la cérémonie du même nom. Ils sont désormais présentés comme les prix de l’avenir du breton, mais c’est un peu un effet d'affichage, puisqu’ils sont bel et bien remis pour des réalisations du temps présent.

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Le "brittophone" de l'année

D’ailleurs, Herve Sebille-Kernaudour (© Yannick Derenes), qui a été désigné ce soir bretonnant de l’année (c’est ce qu’on dit en breton : brezoneger) ou brittophone de l’année (c’est le terme qu’on cherche depuis quelque temps à promouvoir), n’a pas manqué de souligner ce paradoxe : il a été primé pour avoir dirigé l’édition d’un dictionnaire du breton du Trégor-Goélo compilé par François Vallée dans… la première moitié du XXe siècle et resté jusqu’à présent à l’état de manuscrit. Il n’en espère pas moins, à raison, que l’ouvrage soit utile dès maintenant et… à l’avenir à tous ceux qui voudront bien se l’approprier.

Étonnements

Comme chaque année, les Priziou 2015 ont révélé leur lot de surprises. Passons sur un ou deux slogans, rituellement énoncés. L'étonnement vient du fait que deux prix ont été attribués cette année à des lauréats dont les initiatives ne manquent assurément pas d'intérêt et qui s'impliquent dans des projets prometteurs. Les Priziou sont pour eux aussi une forme de reconnaissance. Mais on ne peut  éluder une question : comment peut-on attribuer des Priziou  à qui, semble-t-il, n'est pas encore en mesure de s'exprimer spontanément en breton ? Ou bien est-ce à dire que l'évolution sociolinguistique de la Bretagne est telle qu'on ne peut plus faire autrement ? Les organisateurs et le jury devront sans doute mener d'ici l'an prochain une réflexion sur le profil des lauréats qu'ils souhaitent primer.

Autre étonnement : dans la catégorie "collectivités", il n'y avait qu'un seul nominé et donc un seul lauréat. L'explication avancée par le représentant de l'Office public de la langue bretonne ne me convainc pas. Le faible nombre de candidatures est-il vraiment conjoncturel ou le problème ne serait-il pas plus profond ?

Corre Avel     Coz Annie

Des auteurs de talent

Des auteurs de talent ont été primés ce soir.

  • C’est notamment le cas d’Annie Coz, pour son premier recueil de nouvelles, "Bili er mor" [Des galets dans la mer], dont les revues en breton comme Brud Nevez avaient remarqué le talent et la sensibilité au moment de sa sortie.
  • C'est aussi celui du réalisateur Avel Corre, dont le premier court-métrage de fiction, "An dianav a rog ac'hanon" [L'inconnu me dévore] – avec l'actrice Nolwenn Korbel dans le rôle principal - est aussi intrigant que prometteur.

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Les sept lauréats

  • Catégorie "entreprises" : le lunetier Naoned Eyewear à Nantes. Lire sur ce blog un post du 1er octobre 2014, précisément intitulé : Nantes, des lunettes très bretonnes. 
  • Associations : Lusk, maison d'assistantes maternelles à Carhaix, s'adressant en breton aux bébés.
  • Livre de fiction : "Bili er mor" [Des galets dans la mer], d'Annie Coz (éd. Skol Vreizh).
  • Disque chanté en breton : "N'int ket deuet a-benn da ziwrizienañ ac'hanomp" [Ils n'ont pas pu nous déraciner], CD du groupe Rhapsodia (production Paker Prod).
  • Audiovisuel : "An dianav a rog ac'hanon" [L'inconnu me dévore], réalisation Avel Corre, production Tita prod.
  • Collectivités : Musée des marais salants de Batz-sur-Mer.
  • Brittophone de l’année : Herve Sebille-Kernaudour, pour l'édition du Dictionnaire du breton du Trégor-Goélo et de Haute-Cournouaille de François Vallée (éd. Kuzul ar brezhoneg).

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L'animation musicale était assurée par le groupe vannetais Granit 56 (© Yannick Derenes).

Les premiers prix ont reçu de la part de France 3 un trophée imaginé par le peintre Fabrice Thomas, ainsi qu'un chèque de 1 500 € offert par l'Office public de la langue bretonne. Ce dernier a également remis un chèque de 500 € aux 2e et 3e lauréats.

Beyer Mich   Plah jury 1

Les membres du jury

  • Mich Beyer, écrivain
  • Gweltaz Adeux, chanteur et musicien
  • Ronan Postic, représentant de l’Office public de la langue bretonne 
  • Laetitia Fitamant, animatrice de radio
  • Steven Guegueniat, chef d’entreprise, à la tête de l'imprimerie Ouestelio à Brest
  • Trefina Kerrain, salariée dans le milieu associatif
  • Stefan Carpentier, animateur à l'association Div Yezh et écrivain.

Diffusion antenne

Dimanche 24 janvier, à 11 heures, sur France 3 Bretagne. Puis sur le site internet de la chaîne.


19 janvier 2015

Les bons Bretons et les mauvais

Je savais depuis quelque temps qu'il était question de remettre deux nouveaux prix en Bretagne. Il y en a déjà de toute sorte : les Bretons de l'année, le bretonnant (désormais le brittophone) de l'année, l'écrivain breton de l'année, le romancier de telle ville, le meilleur disque, le dizagner, l'agricultrice, l'entrepreneur, la palme d'or, et j'en passe. Il y a même des prix de poésie, heureusement. J'y ai pris ma part et je ne méconnais pas l'intérêt de ces initiatives qui ne vont pas de sitôt cesser de se multiplier.

Les deux nouveaux sont donc le prix de La blanche hermine et le Duguesclin. Ils ont d'abord été annoncés sur le site 7seizh.info. Et voilà que Ouest-France relaie l'information ce matin en page Bretagne - en Pays de la Loire je ne sais pas. Ce qui donne une nouvelle dimension à l'entreprise.

Les deux prix sont présentés comme étant ceux que "la société civile bretonne" va décerner au Breton ou à la Bretonne "ayant le mieux servi ou desservi les intérêts de la Bretagne" en 2014. En fait, "la société civile" doit se contenter de proposer des noms, car ce n'est pas un vote internet : puis le jury disposera et décernera ses prix le 21 février.

Le prix de La blanche hermine

Ce prix fait tout simplement référence à la chanson bien connue de Gilles Servat. J'avais cru comprendre qu'il ne la chantait plus que lorsqu'on le lui demandait - et on la lui demande toujours. Il y est tout de même question d'une armée d'ouvriers et de paysans, de fusils chargés, d'embuscades, de faire la guerre aux Francs, d'une femme en noir, dévouée, attendant le retour de son mari tant que dure la guerre… Je veux bien qu'on soit dans la métaphore. D'ailleurs, les noms le plus souvent cités pour ce prix ne sont pas des jusqu'auboutistes. Mais enfin, il ne serait peut-être pas superflu de préciser un peu quel est le sens d'un prix de La blanche hermine dont les paroles sont celles-là et ce qu'en l'occurrence servir la Bretagne veut dire.

Le prix Duguesclin

Pour ce prix-là, il n'y a aucune ambiguïté. Les organisateurs présentent le petit noble breton né à la Motte-Broons en 1320 comme "l'image même du traître", ajoutant que "cette année, nous n'aurons pas de mal à trouver des traîtres." Là, il y a bien trop de sous-entendus, et c'est ce que je trouve choquant dans l'emploi de cette terminologie.

D'abord, je ne vois pas comment on peut transposer au XXIe siècle des enjeux qui remontent au XIVe siècle : on n'en est plus tout à fait à l'époque féodale, tout de même. Ensuite, la trahison est une notion lourde de sens, et j'observe qu'un membre du jury, apparemment au fait du droit, ne va pas s'associer à la remise de ce prix-là. Que signifie donc aujourd'hui être traître à la Bretagne ? Qu'est-ce que la desservir ? Qui peut réellement en décider, et en vertu de quoi ? Y aurait-il une manière acceptable d'être Breton et d'autres qui ne le seraient pas ? N'est-on pas là en train de réifier la Bretagne ?

Je peux comprendre que ceux qui militent pour le rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne administrative soient déçus, puisque c'est loin d'être fait. Mais je ne supporte pas l'idée que des Bretons puissent aujourd'hui (et surtout pas dans le contexte du moment) en juger d'autres comme traîtres. Comment peut-on s'arroger un droit de juger sur ce critère-là ? Ça n'a rien à voir avec de l'humour, même décalé. Non, là c'est trop sérieux. Désignez les coupables : on en retiendra un ! Ce n'est pas anodin, ça ! C'est un déni de la pluralité. On peut décerner tous les prix citron que l'on veut, des prix critiques, des prix de désapprobation, pourquoi pas des Gérard de la télé pour rigoler… Mais pas ça, surtout pas ça, pas avec ces mots-là. Qu'arrivera-t-il ensuite à celui ou celle qu'on aura affublé du qualificatif de traître ? Imagine-t-on un seul instant qu'il ou elle aille à Nantes recevoir son prix ? Désigné(e) à une opprobe dont on espère juste qu'elle ne sera pas générale, devra-t-il, devra-t-elle limiter ses déplacements ou ses prises de parole ?

On m'avait dit que la Bretagne était un pays ouvert et terre d'accueil. J'ai de sérieux doutes tout à coup. Je pense qu'on n'en est pas là, mais je préférerais qu'ici personne ne soit accusé de trahison à cause de ses idées. Il y a mille façons d'être Breton. Nous survivrons donc. En breton, on va dire : beo bepred !

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18 janvier 2015

Le tablier bleu d'une maman

J'ai reçu il y a quelques jours un message de Martine m'annonçant que sa "petite maman bretonne" venait de décéder. Elle voulait savoir comment écrire la phrase suivante dans sa langue :

  • Ma petite maman chérie, je ne t'oublierai jamais, je t'aime.

Je lui ai proposé la traduction suivante :

  • Va mamm vihan muia-karet, n'ankouain biken ahanout, kared a ran ahanout.

Martine, qui n'a jamais vécu en Bretagne, envisage maintenant de se faire tatouer cette phrase "pour l'avoir jusqu'à la fin de [ses] jours". Elle m'a également transmis un texte sur sa maman et sur son tablier bleu et elle m'autorise à le publier. Je trouve ce texte très juste.

  • Maman était une bonne personne. Je me souviens, enfant : devant la maison, elle attendait notre retour de l'école, portant toujours son tablier bleu, long, à petits pois blancs.
  • Ce tablier servait à tout. Il protégeait sa robe parme à fleurs bleues (jamais rouges). Pour une chute sur nos genoux, il essuyait nos larmes. Dedans, elle pouvait transporter pommes de terre, choux et petits pois, tous les légumes du potager.
  • Son tablier servait à tout : ses poches étaient pour nous des coffres aux trésors pleins de charmes. Nous étions huit enfants. Il tenait le rôle du soufflet pour la vieille cuisinière à bois. Et si le temps devenait plus froid, elle s'emmitouflait les bras. C'était encore pour elle un gant pour sortir la tarte au sucre du four, hum !!!
  • Son tablier servait à tout...   

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17 janvier 2015

Que pensez-vous de la publicité en breton ?

Ty Breiz Pontivy-1

  • Je suis étudiante en FrankoMedia (littérature, langue et culture françaises et médias franco-allemands) à l’université de Fribourg. Dans le cadre d’un séminaire qui aborde la question de savoir si et comment sont intercalés les langues minoritaires de la France et les médias, j’ai (comme passionnée de la Bretagne - depuis 10 ans je passe toutes les étés près du Cap Fréhel) choisi le breton. Je suis donc en train de préparer une dissertation qui s’occupe de l’emploi du breton dans la publicité par exemple.

Voilà le message que j'ai reçu il y a quelques jours d'une étudiante de Fribourg. Elle a  élaboré un sondage par internet, sur la base d'une vingtaine de questions. Elle veut savoir

  • si une publicité en breton vous incite ou non à acheter un produit,
  • si vous fréquentez de préférence un restaurant dont le nom est breton,
  • si vous faites plus attention à une enseigne en breton (par exemple, ici, la photo de l'agence immobiilère Ty Breiz à Pontivy)
  • si vous êtes plus sensible à une publicité en breton qu'à une autre en français,
  • comment vous réagissez à une publicité en breton si vous vivez dans la région parisienne, etc.

Je vous indique le lien : http://www.q-set.de/q-set.php?sCode=WCXSUPVASPDT

Le questionnaire est anonyme, et vous n'êtes absolument pas obligé de répondre à chacune des questions, seulement à celles qui vous inspirent.

Si vous voulez bien aider cette étudiante pour sa dissertation, cliquez sur le lien ci-dessus et répondez !

14 janvier 2015

Que pensent les Finistériens de la langue bretonne ?

Le sondage CSA effectué pour le compte du Conseil général du Finistère permet de savoir non seulement combien de Finistériens parlent couramment le breton aujourd'hui (voir message précédent), mais aussi de connaître leur opinion par rapport à la langue. Cinq questions leur ont été posées à cet effet.

La langue bretonne perçue comme un patrimoine

La première de ces questions visait à repérer ce que représente la langue bretonne pour les personnes interrogées, autrement dit : de quoi parle-t-on lorsqu'il est question de langue bretonne ? Est-ce une question d'identité ou de patrimoine, ou le breton est-il tout simplement un moyen de communication comme un autre ?

Les personnes interviewées étaient d'abord invitées à exprimer ce qui était leur premier choix, puis à indiquer un ou d'autres choix dans un deuxième temps. Le total des réponses est supérieur à 100, puisque les interviewés avaient la possibilité de donner plusieurs réponses.

3 CSA CG29 breton patrimoine

  • Pour les Finistériens, la langue bretonne apparaît avant tout comme un patrimoine à conserver : 60 % d'entre eux l'indiquent en premier choix et le total des réponses s'élève à 87 %. Cette conviction est tout à fait conforme à ce qu'ont généralement exprimé les Bas-Bretons dans leur ensemble lors de tous les sondages effectués depuis une vingtaine d’années.
  • Mais ils ne sont que 4 % (en premier choix) et 23 % (au total) à estimer que le breton est un moyen de communication comme les autres. La faiblesse de ces pourcentages traduit d'une certaine manière l'idée que la langue ne paraît pas aujourd'hui comme étant réellement indispensable pour la communication ni pour les échanges.
  • Ceux qui la considèrent comme un marqueur de l'identité bretonne sont bien plus nombreux : 16 % l'expriment en premier choix et 59 % au total.
  • On notera enfin que 19 % (en premier choix) et 43 % (au total) sont convaincus que c'est une langue en voie de disparition.

La signalisation bilingue : un marqueur culturel

Les Bretons (sur l'ensemble des cinq départements) sont dans leur majorité favorables à la signalisation bilingue sur les panneaux routiers ou les bâtiments publics, avec des nuances cependant. D'après le sondage TMO Régions de 2007, ils approuvaient le bilinguisme

  • à 75 % pour les panneaux routiers
  • à 68 % dans les aéroports et les gares
  • et à 55 % sur le lieu de travail.

L'approche de CSA est différente puisqu'elle vise à repérer ce que représente pour les interviewés la présence du breton sur les panneaux de signalisation routière ou sur les bâtiments publics.

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Les Finistériens ne semblent pas convaincus de l'intérêt pratique de la signalisation bilingue en matière de panneaux routiers ou sur les bâtiments publics :

  • 3 % seulement estiment qu'elle peut leur être utile pour s'orienter
  • le taux de ceux qui sont convaincus de l’inutilité de cet affichage est 5 fois plus élevé, à hauteur de 16 %.
  • par contre, 19 % estiment qu'elle peut contribuer à l’attraction touristique du département
  • surtout, 61 % la considèrent comme étant avant tout un marqueur culturel.

Le bilinguisme dans l'administration

Il a ensuite été demandé aux personnes interrogées si, d'après elles, les documents diffusés par le Conseil général doivent être proposés en breton en plus du français.

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Les points de vue à l'égard du bilinguisme dans l'administration sont plus contrastés :

  • 56 % ne voient pas l'intérêt pour le Conseil général de diffuser des documents en breton
  • 43 % y sont favorables.

L'initiation au breton des élèves du primaire

Le Finistère est le seul département à proposer une initiation à la langue bretonne aux élèves de primaire de l'enseignement public. Au départ, l'enseignement privé catholique était également concerné par ce dispositif, mais il s'en est retiré au bout de quelques années. Le but était de ne pas réserver tout contact avec la langue bretonne aux seuls enfants des classes bilingues et de faire en sorte que le plus grand nombre de petits Finistériens puissent en acquérir quelques bases.

La question suivante a donc été posée aux personnes interrogées dans le cadre du sondage CSA : êtes-vous favorable à ce qu'une sensibilisation à la langue bretonne soit proposée aux élèves dès le primaire ?

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Les résultats sont tranchés :

  • plus des deux tiers, soit 68 % des personnes interrogées, y sont favorables
  • 31 % ne le sont pas.

Il s’agit là d’un résultat consensuel de la part de l’ensemble de l’échantillon : les sondages antérieurs ont tous fait état d’une opinion largement favorable, par principe, à l’enseignement du breton.

La notoriété des radios en langue bretonne

Une dernière question portait, non pas sur les habitudes d‘écoute des radios émettant en langue bretonne, mais sur la notoriété de chacune des stations proposant des programmes en breton. Il était demandé aux personnes interrogées de citer le nom d'une ou de plusieurs de ces stations.

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On notera tout d’abord que 4 personnes interrogées sur 10 - c'est beaucoup - sont incapables de citer le nom d’aucune de ces stations.

Le service public est largement reconnu pour ses émissions en breton : si on cumule ceux qui en parlent toujours comme étant RBO et ceux qui connaissent bien l’appellation actuelle de France Bleu Breizh-Izel, il recueille le maximum de citations, soit un total de 51 %.

Parmi les radios associatives émettant en breton exclusivement,

  • 8 % connaissent Radio Kerne dans le sud du département
  • par contre, Arvorig FM n’est connue que de 3 % dans le nord.

Parmi les radios bilingues, Radio Kreiz Breizh, toute costarmoricaine qu’elle soit, est citée par 6 % des personnes interrogées. Il est vrai qu’elle est, au sens propre, la radio du centre Bretagne.

Rappel, pour en savoir plus :

Posté par Fanch Broudic à 18:04 - Commentaires [0] - Permalien [#]

13 janvier 2015

Combien de bretonnants dans le Finistère ?

Le nouveau sondage que vient de réaliser l'institut CSA à ce sujet pour le compte du Conseil général du Finistère fournit une réponse actualisée à cette question et à quelques autres.

Je rappelle tout d'abord que j'ai piloté en 2007 le dernier sondage disponible pour l'ensemble de la Bretagne sur la pratique du breton avec le concours de l'institut TMO Régions. Il mettait en évidence que parmi les personnes interrogées (âgées de 15 ans et plus), les pourcentages de celles qui déclaraient parler "très bien" ou "assez bien" le breton étaient les suivants :

  • 15 % dans le département du Finistère, ce qui équivaut à 111 000 locuteurs
  • 13 % sur le territoire de la Basse-Bretagne, soit 172 000 bretonnants
  • 1 % en Haute-Bretagne, correspondant à 22 500 locuteurs
  • ce qui représente une moyenne de 5,5 % sur l'ensemble des cinq départements bretons et un nombre total de bretonnants, à la date considérée, de 194 500 (hors scolaires).

Le nouveau sondage vient d'être réalisé, comme il le fait tous les deux ans, à l'initiative de l'Observatoire de l'opinion du Finistère, lequel est un service du Conseil général. Il a donc été mené par l'institut CSA à la fin de l'année 2014 (entre le 29 septembre et le 3 octobre) auprès d'un échantillon représentatif de 1 006 personnes âgées de 18 ans et plus habitant dans le Finistère, et constitué d'après la méthode des quotas.

Ce sondage a coïncidé avec la mise en œuvre de l'évaluation de la politique de promotion de la langue bretonne du Conseil général (voir message du 23 décembre 2014). Il avait été convenu qu'un certain nombre de questions relatives au breton seraient posées dans le cadre de ce sondage CSA. Les résultats fournissent des données actualisées concernant la pratique du breton dans le département du Finistère, ainsi que sur les représentations qui lui sont liées.

 Les principaux résultats

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Selon CSA, le taux de Finistériens pouvant parler le breton s'élève à 18 %.

Dans la mesure où la population des 18 ans et plus s'élève à 815 905 personnes dans le département, le nombre total de bretonnants en Finistère s'élèverait donc à 147 000 personnes environ.

Ces locuteurs se répartissent entre deux groupes d'importance équivalente de 73 000 personnes environ chacun :

  • 9 % déclarent parler le breton couramment
  • et 9 % ne le parlent pas couramment.
  • Par ailleurs, 23 % des personnes interrogées disent qu'elles ne parlent pas le breton mais qu'elles le comprennent.
  • Enfin, 59 % ne le parlent pas et ne le comprennent pas.

Comment interpréter ces résultats ?

La première remarque qui s'impose est qu'on ne peut apparemment pas comparer aisément les deux sondages. Le questionnement de CSA est en effet tout à fait différent de celui de TMO Régions il y a sept ans :

  •  la question de TMO Régions en fait était double, puisqu'il demandait d'une part : "Parlez-vous breton… très bien, assez bien, quelques mots, pas du tout ?" Et d'autre part : "Parlez-vous breton tous les jours, souvent, de temps en temps ou jamais ?"
  • CSA a sollicité quant à lui les personnes qu’il interrogeait en une seule question pour savoir si elles parlent le breton "couramment" ou "pas couramment". Mais aussi pour savoir si elles "comprennent sans parler" ou si elles "ne parlent pas et ne comprennent pas".

Première hypothèse

Admettons dans un premier temps, qu'on puisse cumuler les 9 % de personnes qui "ne parlent pas couramment" le breton et les 9 % qui "le parlent couramment" et qu'on puisse les considérer tous comme étant "bretonnants" : on aboutit effectivement au total de 18 % avancé par CSA.

Ce taux représenterait une augmentation inattendue de 3 points par rapport aux 15 % de Finistériens qui, selon TMO Régions, parlaient "très bien" ou "assez bien" le breton en 2007.

En nombre de locuteurs, l'augmentation serait également conséquente, puisqu'on en comptabiliserait environ 36 000 de plus : cela représenterait une croissance de 2,5 % par an sur la période considérée.

Or la tendance généralement observée depuis plusieurs dizaines d'années est celle de la diminution constante du nombre des locuteurs, même si le nombre d'élèves scolarisés en classes bilingues est en augmentation. Une telle inversion de la tendance n'est pas crédible.

Deuxième hypothèse

D'après les dictionnaires - et d'après le sens commun -, l'expression "parler une langue couramment" est comprise comme le faire "sans difficulté, aisément", mais aussi comme la parler "généralement, souvent". À l'inverse, "ne pas la parler couramment" signifie donc qu'on la parle "difficilement" ou "pas très souvent".

Sur cette base, on ne peut formellement exclure les 9 % de personnes qui ont déclaré à CSA qu'elles "ne parlent pas couramment" le breton de la catégorie des bretonnants : elles en connaissent forcément plus que ceux qui n'en ont qu'une connaissance passive et qui le comprennent sans pouvoir le parler. Mais ne pas parler couramment le breton implique bel et bien qu'on ne le parle ni facilement ni bien souvent.

Par contre, si on compare les 9 % de Finistériens qui déclarent à CSA en 2014 parler "couramment" le breton aux 15 % qui déclaraient en 2007 à TMO Régions qu'ils le parlent "très bien" ou "assez bien", on doit observer que la diminution du taux de locuteurs en sept ans (entre 2007 et 2014) est de 6 points.

Sur la même période et pour les mêmes catégories, le nombre de bretonnants serait passé quant à lui de 111 000 à 73 000, ce qui représente une diminution de 38 000 locuteurs environ. Est-ce plausible ? Ce chiffre correspond de fait à une baisse moyenne de 5 400 locuteurs par an. Je fais observer que les projections démographiques qu'avait effectuées TMO Régions en 2007 portaient sur une diminution du nombre de locuteurs de 5 000 par an au cours des années suivantes. La projection se révèle exacte. (Se reporter à mon livre "Parler breton au XXIe siècle, p. 190).

Nous retiendrons donc du sondage CSA qu'avec 9 % de Finistériens parlant couramment le breton, on compte environ 73 500 bretonnants en 2014 dans le département. Ce chiffre représente une diminution de leur nombre d'un tiers (plus précisément de 34 %) par rapport à l'enquête TMO Régions de 2007.

La répartition des bretonnants entre les pays 

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L’intérêt du nouveau sondage CSA est qu’il produit pour la première fois une carte de la répartition géographique des locuteurs sur la zone considérée. L'étude fournit des données pour chacun des quatre "pays" du Finsitère.

Les résultats sont les suivants :

  • Le pays du Centre Ouest Bretagne - le moins étendu et le moins peuplé du Finistère - est en apparence le plus bretonnant, avec un taux de 28 % des personnes interrogées parlant couramment ou non le breton : ce pourcentage est supérieur de 10 points à la moyenne finistérienne. Mais il convient de nuancer. Certes, le pourcentage de ceux qui "parlent couramment" est également le plus élevé du département, à hauteur de 17 %. Mais il ne correspond qu'à une population de 6 300 bretonnants, soit le chiffre le plus faible des quatre pays.
  • Le pays de Cornouaille, bien plus étendu et plus peuple, se situe à 23 % pour le cumul de ceux qui parlent couramment et de ceux qui ne le font pas. Mais le pourcentage des premiers n'est que 11 %, ce qui représente un total de 33 500 locuteurs environ s'exprimant couramment en breton : c'est le chiffre le plus important des quatre pays du Finistère.
  • Le pays de Morlaix fait état d'un taux global de 19 %. Mais le pourcentage de ceux qui peuvent parler couramment le breton n'est que de 9 %, ce qui correspond au nombre de 9 900 bretonnants.
  • Le pays de Brest enfin - le plus peuplé du département - affiche le taux le plus bas, avec 11 % seulement des personnes interrogées parlant le breton couramment ou non sur son territoire. Le pourcentage de ceux qui le parlent couramment est également le plus bas, de 6 % seulement. Mais en nombre de locuteurs "courants", le pays de Brest se classe en deuxième position, avec 21 800 bretonnants.

À suivre : les autres résultats.

Pour en savoir plus :

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