Le blog "Langue bretonne"

16 janvier 2017

Recherche bretonne et celtique : une nouvelle direction

Calvez Ronan-2b

La transition s'est faite le 1er janvier, en douceur et dans la discrétion : le Centre de recherche bretonne et celtique, après les votes intervenus une quinzaine de jours auparavant en assemblée générale du laboratoire, le 13 décembre 2016, s'est doté d'un nouveau directeur en la personne de Ronan Calvez.

C'est la première fois qu'un celtisant devient directeur du CRBC. Ronan Calvez est en effet professeur de celtique à la faculté Victor Ségalen (UBO, Brest) et mène des recherches en sociolinguistique et sur la littérature du breton du XVe au XVIIIe siècle, notamment. Il a collaboré à de nombreux ouvrages et publications scientifiques, mais aussi de vulgarisation.

Il est surtout connu pour sa thèse sur les premières décennies de la radio en langue bretonne et pour la découverte des manuscrits de Kerenveyer, qu'il a présentés comme une œuvre libertine en rupture avec la littérature essentiellement religieuse en langue bretonne qui prévalait avant la Révolution.

Pourchasse Pierrick-5         Stefan Moal-1

Deux adjoints font partie de la nouvelle équipe de direction, à ses côtés :

  • Pierrick Pourchasse (photo de gauche), historien, au titre de la composante brestoise
  • Et Stefan Moal (photo de droite), celtisant, au titre de la composante rennaise.

Jarnoux Philippe-1

Ronan Calvez succède à l'historien Philippe Jarnoux (photo), qui dirigeait le CRBC depuis 2011. Il devient le 6e directeur du centre de recherche depuis sa création en 1969. Jusqu'à présent, la direction n'avait été assurée en alternance que par des historiens et des ethnologues.

Yves Le Gallo avait été le premier à occuper la fonction : j'en ai été son collaborateur les premières années puisqu'il m'avait recruté comme documentaliste et que j'ai ainsi contribué à la mise en place des infrastructures du laboratoire. Le professeur Le Gallo est resté en poste jusqu'à son départ à la retraite en 1986. Ont ensuite pris son relais :

  • Donatien Laurent, chercheur CNRS en ethnologue, de 1987 à 1999
  • Fañch Roudaut, historien, de 1999 à 2003
  • Jean-François Simon, professeur d'ethnologie, de 2003 à 2011
  • Et donc Philippe Jarnoux, professeur d'histoire moderne, de 2011 à 2016.

Un laboratoire et une bibliothèque de référence

Pour mémoire, le Centre de recherche bretonne et celtique est un laboratoire qui compte dans le secteur des sciences humaines. Il est constitué de deux composantes :

  • celle de l'université de Brest, le CRBC historique en quelque sorte
  • et le CRBC Rennes à l'université de Rennes 2.

Les deux pôles forment depuis 2008 une unité de recherche multisite (CRBC, EA 4451 / UMS 3554) et pluridisciplinaire de 45 membres : historiens, linguistes, celtisants et anglicistes, ethnologues, sociologues, littéraires…

Le laboratoire compte également 53 doctorants, 85 chercheurs associés et 11 personnels administratifs et techniques, ce qui en fait un centre de référence en son domaine, non seulement en France, mais aussi à l'international.

Si les recherches portent principalement sur les aires culturelles bretonne et celtique, d'autres sont menées dans une démarche comparatiste sur d'autres terrains, en Europe atlantique, au Canada, au Mexique…

La bibliothèque Yves Le Gallo (labellisée CNRS depuis 2012 et consultable en ligne) que gère le CRBC est considérée comme l'une des plus belles sur la matière de Bretagne et sur les autres pays celtiques. Elle est une ressource incontournable pour les chercheurs, mais elle est également ouverte à tous ceux qui souhaitent approfondir leurs connaissances sur ces questions.

Un éloge pour deux ethnologues

Je n'ai pas eu l'opportunité de le signaler à l'époque, c'est-à-dire en septembre dernier. Mais je profite de ce billet pour chroniquer le départ à la retraite à ce moment-là de deux éminents ethnologues, tous deux membres du CRBC.

 

Simon Jean-François-1                  Simon Jean-François-3

 

Jean-François Simon

Ayant eu pour maître Jean-Michel Guilcher, il a choisi de mener ses recherches sur les modes d’occupation et d’exploitation des espaces ruraux et périurbains en Bretagne, sur leurs variations dans le temps et sur leur encodage symbolique. Exactement.

Sa thèse sur le paysan breton et sa maison est parue dans les années 1980 sous le titre "Tiez" (maisons, en breton). Dans le discours d'anthologie qu'il a prononcé à l'occasion de son départ à la retraite, Yvon Tranvouez, lui-même professeur émérite d'histoire contemporaine, la salue comme "un ouvrage fondamental, un « classique », justement labellisé comme tel par les Presses universitaires de Rennes", à l’occasion de sa réédition à l’identique en 2011. J.-F. Simon, ajoute-t-il, "c’est un œil d’une extraordinaire acuité servi par une plume d’une remarquable précision. Ce fils de menuisier a une écriture d’ébéniste".

Je précise qu'il a le talent d'être drôle, tant il paraît ou feint d'être angoissé dès qu'il prend la parole. La chorale de circonstance du CRBC avait ce jour-là célébré en chanson les qualités de l'ancien directeur du CRBC.

 

Postic Fanch-3      Postic Fanch-2

 

Fañch Postic

C'est Donatien Laurent qui le sensibilise à la littérature orale, et l'intéressé m'a rappelé que je l'avais accueilli la première fois au CRBC. Il participe en 1986 au lancement de la revue ArMen, avant d'intégrer le CNRS comme ingénieur d'études et de devenir le responsable (et le seul collaborateur) du Centre de recherche et de documentation sur la littérature orale qui avait été créé en 1990, comme antenne du CRBC, au manoir de Kernault, en Mellac, près de Quimperlé. C'était, dixit Yvon Tranvouez avec un brin de nostalgie, "le temps heureux où nos grands féodaux, Louis Le Pensec et Jean-Yves Cozan, pouvaient donner corps à de fécondes intuitions sans être embarrassés par une bureaucratie paralysante. Depuis, hélas…"

En connaisseur, l'historien fait un bilan (forcément provisoire) des recherches de F. Postic en l'agrégeant d'autorité à sa propre discipline et en le présentant comme "un brouteur d’archives, un obsédé du texte, un drogué de l’écrit, bref un historien. Il exhume, il édite, il explique, il contextualise, il compare". Tout cela n'est pas faux, car Fañch Postic, précis (toujours), l'air studieux (mais pas toujours), a en effet travaillé sur "les figures" que furent La Villemarqué et l'abbé Cadic, mais aussi Luzel, Souvestre, Le Braz, Sébillot, Penguern et bien d'autres. Ce qui fait dire à l'orateur de service que "toutes ces statues, il les a dépoussiérées au prix d’un labeur de bénédictin."

Yvon Tranvouez n'a pas hésité à faire de J.-F. Simon et de F. Postic "deux piliers de notre laboratoire [dont le départ] marque la fin d’une époque." Il n'est pourtant pas dit que les deux ethnologues retraités restent inactifs. Il y avait à cette date, par ailleurs, quelques incertitudes sur le renouvellement des postes et sur le devenir de l'ethnologie à Brest. Je n'ai pas vérifié ce qu'il en était aujourd'hui.


04 janvier 2017

Bloavez mad

Bloavez mad 2017

Entamons la nouvelle année 20017, comme il est d'usage, par des vœux.

Je souhaite aux nombreux lecteurs de ce blog, qu'ils soient réguliers ou occasionnels, une bonne année 2017.

Si vous venez sur ce blog, vous savez déjà ou vous voulez peut-être savoir comment dit-on "bonne année" en breton.

C'est tout simple, sauf que l'ordre des mots n'est pas le même en breton qu'en français, puisqu'en général l'adjectif doit suivre le substantif. On dit donc : bloavez mad". On peut ajouter "santé et prospérité", ce qui se dit "yehed ha prespolite". Attention, dans le cas présent, à ne pas traduire "santé" par "yehed mad" (littéralement : bonne santé) : cette dernière expression est celle qu'on utilise pour trinquer en équivalent du français "santé".

Je vous confirme tout cela à l'aide d'une photo récente prise un jour de soleil sur la côte nord et par une formule différente, qui se veut optimiste dans le contexte assez spécial du moment.

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23 décembre 2016

Conseil culturel de Bretagne : la dernière séance

Vighetti Jean-Bernard-1

Elle s'est déroulée comme à chaque fois à l'hôtel de Courcy, à Rennes, dans l'hémicycle René Pléven, c'est-à-dire à l'endroit même où se tiennent les sessions du Conseil régional de Bretagne. D'ailleurs, il serait plus approprié de parler de sessions également pour le Conseil culturel de Bretagne, car on n'est pas du tout au cinéma. Pour ceux qui l'ignoreraient encore, le CCB est une instance consultative créée il y a sept ans à l'initiative de la région Bretagne, constituée de 70 personnalités issues du monde associatif ou institutionnel, qui donne un avis sur toutes les questions relatives aux langues et cultures de Bretagne sur lesquelles l'assemblée régionale elle-même doit délibérer par la suite.

Région Bretagne carte

Bretagne : les acceptions du terme

La dernière session de la deuxième mandature a eu lieu samedi 3 décembre. L'ordre du jour prévoyait surtout qu'un avis soit donné sur les orientations budgétaires 2017 de la région, pour ce qui est de leur versant culturel. L'un des points que le Conseil culturel a particulièrement appréciés concerne l'augmentation du nombre de formations de locuteurs et locutrices de breton adultes. Le budget 2017 de la Bretagne devrait en effet mettre fin à l'incohérence entre l'insuffisance de places disponibles dans les centres de formation (type Stumdi) et le nombre de candidats à l'apprentissage du breton en six mois.

Un amendement au projet d'avis déposé par un membre du CCB, Alan ar Gall, et intégré dans ce projet d'avis par le bureau a donné lieu à un long échange en commission. Cet amendement énonçait le constat – et ce n'est pas nouveau – que la confusion était faite de manière récurrente entre "la" Bretagne et la région administrative Bretagne. En vertu de quoi, l'amendement visait à rappeler que "le mot Bretagne désigne le territoire constitué de cinq départements" (ce qui n'est assurément pas faux à plus d'un titre) et invitait le Conseil régional de Bretagne "à cesser cette confusion".

J'ai cependant exprimé de sérieux doutes et n'ai pas été le seul à le faire quant à la pertinence de l'amendement. D'une part, les termes "Bretagne" et "Conseil régional de Bretagne" sont bien, quoi qu'on en dise, les appellations officielles de la région et de l'institution régionale : on ne peut pas aisément les occulter.

D'autre part, envisager que les élus régionaux, l'administration, les médias et tout un chacun ne puissent plus parler de la collectivité territoriale "Bretagne" qu'en lui accolant la précision "région administrative", paraît parfaitement illusoire, sans préjudice du fait qu'une telle velléité de normer le vocabulaire et les usages de langue en la matière serait forcément perçue comme abusive. Finalement, les deux dernières phrases de l'amendement ont été retirées.

Les activités culturelles : quel impact économique ?

L'autre point de cette dernière session consistait en la présentation d'une étude conséquente (291 pages au format A4) dont l'intitulé quelque peu austère – "Panorama économique des activités culturelles et patrimoniales en Bretagne" – ne laisse guère entrevoir toute la diversité de son contenu et l'intérêt de son apport.

Il faut savoir que le Conseil culturel a la capacité de se saisir de toute question relevant de ses compétences en vue d'étude ou de recommandations, ce qu'il ne fait cependant que rarement. Il l'avait déjà fait (et d'intéressante façon) à l'occasion d'un état des lieux du gallo en Haute-Bretagne et il le fait donc à nouveau concernant l'impact économique des activités culturelles.

La question a longtemps été taboue, parce qu'elle pouvait laisser entendre que les politiques culturelles n'auraient de légitimité qu'en raison de leur impact économique. Mais elles l'ont sur bien d'autres plans, dès lors qu'il s'agit, écrit l'étude dans son introduction, "de proposer des réponses à la perte des repères individuels et collectifs [et] d'envisager les enjeux d'intégration de tous dans la société", sans exclure bien évidemment l'intérêt que suscitent et le plaisir que procurent les activités culturelles en elles-mêmes. Le fait est que la culture est désormais perçue comme pouvant être également une source de développement pour les sociétés post-industrielles.

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Une première : un rapport sur l'économie de la culture en région

On peut déjà assurer que le  panorama en cours de finalisation au sein du Conseil culturel concernant l'économie de la culture en Bretagne constitue un événement. Sur le plan national, on disposait surtout jusqu'à présent de deux études selon lesquelles les activités culturelles et patrimoniales représentent entre 3,2 % et 4 % du PIB (soit 7 fois plus que le produit intérieur brut de l'industrie automobile, par exemple) et génèrent entre 670 000 et 1,3 million d'emplois.

Pour diverses raisons de faisabilité, le groupe de travail du CCB qui s'est penché sur le sujet n'a pas pu viser à une semblable quantification concernant la Bretagne, mais d'autres organismes travaillent d'ores et déjà sur des projets complémentaires. Par contre, c'est la première fois que dans une région spécifique sont observés les modèles économiques et les tendances de la culture, les problématiques tout comme les dynamiques. L'originalité de la démarche tient aussi à la prise en compte de ce qui pourrait être une particularité bretonne, à savoir les activités bénévoles et les pratiques amateurs.

Neuf filières ont été identifiées et chacune donne lieu à la présentation de repères chiffrés, d'un schéma en forme d'organigramme, de restitutions de témoignages, de focus et d'analyses. Ces filières sont :

  • Le spectacle vivant
  • La musique
  • L'audiovisuel
  • Le livre
  • Les arts plastiques
  • La culture scientifique et technique
  • Le patrimoine
  • L'archéologie
  • Et les métiers d'art.

CCB économie culture

Exit les sciences humaines ?

Sans avoir pu prendre connaissance avant cette session du CCB de l'intégralité du prérapport de panorama, j'ai tenu à faire part de mon étonnement sur un point précis concernant la filière "culture scientifique". Car, tenez-vous bien, dans les douze pages qui lui étaient consacrées, il n'était question que de culture scientifique, technique et industrielle. Que la Bretagne soit "terre d'excellence" en la matière n'est pas contestable, et cette approche exclusive est cohérente par rapport à la gestion de la culture scientifique telle qu'elle a été déléguée à la région. Mais il y a là une lacune, et de taille.

Car pas la moindre allusion n'y était faite aux sciences humaines et sociales ! Quant on sait tout l'apport de l'histoire, de la géographie, de l'ethnologie, de la linguistique, de la sociolinguistique, de la sociologie et de bien d'autres disciplines à la connaissance du passé et du présent de la Bretagne, voire de leur contribution à certaines évaluations prospectives, ne rien en dire dans un rapport traitant de la culture en Bretagne et émanant de surcroît du Conseil culturel me paraissait incompréhensible.

L'historien Christian Bougeard, également membre du CCB, est intervenu dans le même sens en faisant observer que ce sont plus d'un millier de chercheurs et enseignants-chercheurs, issus de quatre universités et du CNRS, qui sont référencés à la Maison des sciences de l'homme de Rennes. Quelle perception aurions-nous de la culture en Bretagne aujourd'hui sans leurs recherches, sans leurs travaux et sans leurs publications ? Des centaines, sinon des milliers de bénévoles y contribuent également.

Le rapport final devrait revenir sur cet oubli et intégrer un développement sur la part que prennent les sciences humaines et sociales à l'économie de la culture dans notre région. Cela s'impose en effet. Mais au-delà de cette prise en compte, il serait bien que les politiques publiques les considèrent davantage comme constituant elles aussi un pôle d'excellence.

 Pour en savoir plus

  • Un groupe de travail avait été constitué au sein du CCB pour travailler sur le panorama économique des activités culturelles en Bretagne. 65 personnes ont été auditionnées et près de 800 études et documents analysés.
  • Le rapporteur est Paul Robert-Kerouédan (de la Fédération régionale pour la culture et le patrimoine maritime en Bretagne – photo ci-dessus).
  • La rédaction du rapport a été assurée par Gwennaël Fauchille (de la Direction de la culture et des pratiques culturelles au sein du Conseil régional).
  • Ne pas se fier à la couverture qui propose un titre FBG, soit en trois langues (français, breton et gallo). L'étude elle-même est intégralement rédigée en français.
  • Le rapport final devrait être disponible courant janvier 2017.

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Renouvellement à l'ordre du jour

Et c'est ainsi que s'achève cette dernière session de la deuxième mandature du Conseil culturel de Bretagne (prolongée d'un an, photo d'archive). Certains membres seront toujours là pour la troisième mandature : je n'en serai pas pour une raison bien simple, c'est que l'association que je représentais n'existe plus. Des nouveaux feront leur entrée, comme il est d'usage. Le président du Conseil régional de Bretagne devrait entériner sans tarder la liste des nouveaux conseillers. Le nouveau CCB devrait être à périmètre plus restreint.

Selon des informations convergentes, le président sortant, Jean-Bernard Vighetti, hésite à se représenter. Pour son bilan, il peut arguer d'avoir lancé l'étude sur l'économie de la culture dont il est question supra, mais il lui est trop souvent arrivé de procéder par approximation.

Il est inévitable qu'au sein du nouveau Conseil culturel émergent de nouvelles candidatures. Si le nouveau président peut se targuer d'une réelle maîtrise des dossiers culturels autant que linguistiques, avec un sens plus aigu de l'initiative, avec aussi un budget quelque peu conforté, il pourrait en dehors de tout esprit partisan insuffler une nouvelle dynamique et assurer une meilleure visibilité à la troisième assemblée régionale, en en faisant une sorte de CESER culturel. C'est ce qui lui fait défaut depuis quelque temps.

Sur ce,

Nedeleg laouen d'an oll

Joyeux Noël à tous

07 décembre 2016

Annie Ebrel au Hall de la chanson à la Villette, et pas seule !

Annie Ebrel HDC159705 light © Eric Legret     RDF

L'an dernier, le Hall de la chanson avait programmé un très beau « Cabaret déraciné » qui mêlait trois langues de France : le yiddish, le romani et l'arménien occidental. Celui qu'il propose cette année va faire se rencontrer deux autres langues riches de leurs différences : le breton et le créole. Et cette soirée, le 13 décembre prochain, sera placée sous le signe de la lumière, d’île en péninsule : KABAR Gouleier/Klarté.

Les invités seront Annie Ebrel, la chanteuse dont nous savons tous ici qu'elle est originaire du Centre-Bretagne, et Jean-Didier Hoareau, chanteur « Maloya » d’origine réunionnaise né en Île-de-France et neveu du chanteur Danyel Waro. Tous deux, nous dit-on, se ressemblent par un trait biographique (ce doit être générationnel) : ils ont choisi de se réapproprier par le chant une langue de France qui ne leur avait pas été transmise spontanément.

Avec un tel parcours de reconquête des sons, des mots, des mélodies à écouter ou à danser, des traditions du breton et du créole réunionnais, les deux artistes vont se rejoindre l’instant de ce cabaret « lumière », lors d'une soirée unique à Paris, au Hall de la chanson de la Villette.

13131155_10153539002916024_1231640948312425084_o   Le Hall extérieur 1_DSC5195 light2 

Les deux chanteurs seront entourés de musiciens qui les connaissent par cœur :

  • Riccardo Del Fra, contrebassiste de jazz ouvert à toutes les musiques et responsable depuis 2004 du Département jazz et Musiques improvisées au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris
  • David Doris, percussionniste
  • et le jeune Luc Moindranzé, percussionniste également.

Excellente initiative

Pour ce qui est d'Annie Ebrel et de Riccardo Del Fra, il s'agit presque d'une reconstitution de ligue dissoute puisqu'à compter de 1996 ils ont énormément joué ensemble et présenté quantité de concerts en Bretagne, ailleurs en France et à l’étranger : Russie, Pologne, Allemagne, Suisse, Belgique, Italie, Martinique, Norvège…, et ce sur des scènes très éclectiques, dédiées à la musique traditionnelle, au jazz ou à la musique classique.

Leur album « Voulouz Loar » avait reçu en 1999 un Diapason d'or, un Choc du Monde de la Musique et remporté le grand prix du disque Produit en Bretagne. Le disque était introuvable depuis des années. Excellente initiative : Coop Breizh a décidé de le rééditer. L'info ne s'affiche pas encore sur son site, mais ça ne saurait tarder. La sortie sera accompagnée d'une tournée au cours de laquelle la chanteuse et le musicien vont à nouveau se produire en duo.

Bon à savoir : Annie Ebrel sera à Brest, avant de chanter à Paris : ce sera samedi prochain, 10 décembre, dans le cadre du fest-deiz (présenté aussi comme "grand bal populaire" !) organisé aux Capucins de 15h00 à 18h00, en compagnie de sa copine Nolùen Le Buhé, et ce à l'occasion du festival No Border. Avis aux amateurs et à ceux qui ne le sont pas encore.

Pour en savoir plus sur la soirée du 13 décembre à Paris

Ce sera donc à 20h30, au Hall de la chanson, Centre national du patrimoine de la chanson, 211, avenue Jean Jaurès – Parc de la Villette, 75019 Paris. Métro Porte de Pantin – derrière la Grande Halle de la Villette

Tarif préférentiel : 15 € (au lieu de 22 €, pour toute réservation par téléphone au 01 53 72 43 00 ou par mail : reservation@lehall.com). Tarif -26 ans : 10 € / Tarif solidaire : 6 €.

À noter que cette soirée bénéficie du soutien de la DGLFLF (Délégation générale à la langue française et aux langues de France - ministère de la Culture et de la Communication).

Crédit photo : © Eric Legret (pour Annie Ebrel), Christian Ducasse (pour Riccardo Del Fra) et Pascal Lafay (pour Hall de la chanson, extérieur)

12 octobre 2016

Des paysans sud-américains… dans un carnet de voyage breton

Pachamama

Voulez-vous voir éditer un carnet de voyage « Pachamama » à la rencontre des paysans sud-américains qui œuvrent pour le maintien d’une agriculture paysanne et d’une souveraineté alimentaire aujourd’hui menacée par les multinationales agroalimentaires ?

À travers 52 aquarelles de paysages, d'installations, de bâtiments ou de portraits, le voyageur, Hervé Le Jeune, veut faire l'éloge des petites fermes qui utilisent des semences traditionnelles, dont l'adaptation au milieu garantit une  production sans l'intervention de la pétrochimie ou de la génétique. Il s'est rendu en Argentine et en Bolivie en 2010, plus précisément sur l'Altiplano, à la rencontre de ces paysans.

C'est la première fois que les éditions Keit vimp bev (que vous connaissez !) vont publier un livre bilingue breton français. L'ouvrage de format 210 x 230 mm sera présenté de façon originale : relié par une spirale, il laissera ses pages s'ouvrir vers le haut, tel un calendrier, pour laisser chaque peinture apparaître dans toute sa splendeur.

L'auteur et l'éditeur font appel au financement participatif pour boucler leur budget. Il leur faut 3 000 € : les deux tiers leur sont acquis. Mais… il ne reste plus que 4 jours pour contribuer. Découvrez leur projet sur : https://www.helloasso.com/associations/keit-vimp-bev/collectes/aidez-nous-a-editer-le-carnet-de-voyage-pachamama

Le texte breton me paraît perfectible, mais le projet est séduisant.

05 octobre 2016

Quimperlé : la ville intéressée par le château de Keransquer

SHAB à Keransquer-1

Je reviens sur le congrès de la SHAB (Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne) qui a réuni plusieurs dizaines d'historiens à Quimperlé il y a un mois. Ils ont non seulement pu suivre une vingtaine de communications sur le pays de Quimperlé et sur les pratiques culturelles en Bretagne (voir message du 29 août), mais aussi partir à la découverte des monuments de Quimperlé et des communes limitrophes.

La dernière de ces excursions les a conduits au château de Keransquer dont tous ceux qui s'intéressent au Barzaz Breiz savent qu'il a été construit dans la première moitié du XIXe siècle à l'initiative de son auteur, le vicomte Théodore Hersart de la Villemarqué au milieu d'un parc de 15 ha. Les plans du château avaient été dessinés par un architecte de renom, Joseph Frœlicher, et ceux du jardin paysager par les frères Bühler.

La Villemarqué Guy Delouche Denise-1

À  proximité immédiate, se trouve un dolmen de l'âge du bronze, transféré du Trévoux à la même époque, ainsi que l'ancien manoir et une chapelle récente. Les congressistes ont été accueillis à Keransquer par Guy de la Villemarqué, arrière-arrière-petit-fils du barde, ici en conversation dans la bibliothèque avec l'historienne de l'art Denise Delouche.

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Le Barzaz Breiz : trésor national ?

Les congressistes ont également été reçus à l'hôtel de ville de Quimperlé par le maire, Michaël Quernez. Comme le château et le domaine de Keransquer ont été mis en vente par la famille il y a quelques mois, le maire leur a confirmé ce qu'il avait déjà annoncé lors d'un conseil municipal en mars dernier : la ville se montre très intéressée à les acquérir.

Mais elle ne peut pas le faire seule : des réunions de travail ont déjà eu lieu sur place avec les autres collectivités territoriales, diverses administrations, dont la DRAC, ainsi qu'avec des représentants du Ministère de la Culture, qui s'impliqueraient dans le projet.

Une réflexion est parallèlement en cours concernant les archives de La Villemarqué, qui pourraient être classées comme trésor national. Le Centre de recherche bretonne et celtique, qui assure en ce moment la numérisation des archives, serait également associé au projet. Selon une source bien informée, le dossier avance tranquillement.

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Un clin d'œil

Les historiens de la SHAB ont également participé à une excursion pédestre à la découverte du quartier aristocratique et des divers monuments religieux de Quimperlé. Ils ont notamment faire halte à l'église Sainte-Croix, dont l'historique leur a été présenté par Alain Pennec, le président de la société d'histoire du pays de Kemperle et lui-même auteur de différents travaux d'histoire.

Les visiteurs se sont assis sagement, comme s'ils étaient à la messe. Le conférencier n'a pu trouver mieux que d'intervenir, le pull négligemment posé sur les épaules. Regardez bien la photo : avec les manches rouges en forme d'étole, l'officiant Alain Pennec, sous la croix, était bien ce jour-là maître de cérémonie.