Le blog "Langue bretonne"

31 mai 2016

Jean-Yves André, l’artiste voyageur

 

André Jean-Yves Plouguerneau (1 sur 1)

Qu’il y ait sur la Terre quatre, cinq ou six continents – il paraît que les géographes en discutent toujours -, Jean-Yves André les a visités presque tous. Il s’est rendu en Afrique, au Maghreb comme en Afrique du Sud, aux USA, en Asie (un nombre incalculable de fois et autant de pays), en Australie aussi. Il a dessiné les minarets d’Alep (du temps où les guerres ne sévissaient pas encore en Syrie) comme les pyramides d’Égypte. Il connaît bien l’Europe, tout comme sa terre d’origine, qu’il continue d’ailleurs d’explorer.

La médiathèque de Plouguerneau a eu la bonne idée de présenter durant le mois de juin seize de ses dessins originaux. Bien qu’on y soit en terre des prêtres, il ne s’agit pas des croix anciennes du pays des Abers auxquelles il s’intéressait il y a quelques années. Depuis, ce sont les mégalithes du Léon qui retiennent son attention de la rade de Brest au pays de Morlaix. À chaque fois, ce sont des dessins réalisés à l’encre en noir et blanc, ce qui lui permet de restituer d’autant mieux le volume et la dynamique de ces monuments et parfois de ruines figées dans le temps et dans l’espace.

Ce qu’il expose, ce sont des menhirs, des dolmens, des tumuli, dessinés dans les communes littorales de part et d’autre de Plouguerneau, à une exception près. Le trait est précis sur fond blanc, dans un format qui permet tout à la fois de saisir l’ensemble et de scruter les détails de la pierre. L'accrochage à hauteur de regard est précieux à cet égard. Finalement, c’est une bonne idée de les montrer dans un lieu qui se fait fort de donner à découvrir les trésors de Tolente (ville mythique de la côte nord, dont la localisation reste énigmatique).

Le problème de cette exposition, c’est que les dessins paraissent quelque peu éparpillés et étriqués dans cette médiathèque aussi spacieuse que lumineuse et qu’il n’est pas si facile de les repérer. Il est curieux que dans ce bâtiment de construction récente aucun espace ne soit apparemment prévu pour mettre en valeur la moindre exposition, surtout si elle est intimiste. Le visiteur devra donc parcourir les lieux en tous sens. On aurait également aimé voir davantage de dessins.

  • Exposition à la médiathèque de Plouguerneau, jusqu'au 25 juin.
  • Un échange avec Jean-Yves André est programmé pour le vendredi 17 juin, à la médiathèque de Plouguerneau, à 20h30dans le cadre des journées de l'archéologie.
  • Le site personnel de l'artiste : http://www.jean-yves-andre.com/
  • Son blog : http://jean-yves-andre.blogspot.fr/

Prochaines expositions

  • En juillet et août à Ty Mamm Doue, à Cléguérec et Pontivy
  • Du 14 juillet au 15 août, à Plouescat
  • Le week-end du 15 août, à la chapelle de Saint-Ourzal en Porspoder
  • En août : visites de son atelier au port d'Argenton, en Landunvez.

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29 mai 2016

La culture bretonne et les jeunes

 Calvez Ifig 2 Calvez Ifig Kan al Leon 1

L'invité de Bali Breizh, ce dimanche, était un jeune et qui se présente comme tel. Ifig Calvez baigne depuis déjà longtemps dans la culture bretonne, puisqu'une archive le montre dans une danse "round" du pays pagan alors qu'il n'avait que six ans. Il s'exprime aisément en breton, qu'il a appris au cours d'un stage de quelques mois à Stumdi, avant d'obtenir sa licence en tant qu'étudiant non assidu à Rennes 2.

Pourquoi, non assidu ? Il avait à peine terminé un stage d'une semaine à Arvorig FM que la radio landernéenne lui proposait d'animer une émission quotidienne. Ce qu'il fait en binôme avec Karolina Rufflé, en milieu d'après-midi. Ce n'est pas tout, car Ifig est également président de Dastum Bro-Leon, et il s'investit pour le festival "Kan al leon". Comme les lions ne chantent pas encore, je subodore là un jeu de mot entre la dénomination de l'ancien évêché de Léon et l'appellation  du lion en breton.

Sur France 3 Bretagne, Ifig Calvez avait face à lui pas moins de quatre interviewers, ce qui ne l'a pas stressé le moins du monde. L'interview, à vrai dire, était tout à fait consensuelle. Même le chroniqueur perfide qui intervient toutes les semaines en cours d'émission n'a pas trouvé le moyen de lui poser la moindre question dérangeante. L'échange, décontracté, n'en était pas moins sympathique

Calvez Ifig

Mais… Bali Breizh fait l'impasse

J'ai quand même été surpris, non pas par ce qui a été dit, mais par ce qui ne l'a pas été. Il a été forcément question de collectage et du répertoire chanté en pays de Léon. Puisque le collectage est considéré comme achevé, le projet culturel ne viserait désormais qu'à le mettre à disposition, à partir des enregistrements qui ont été réalisés.

Mais faut-il considérer les enregistrements sonores comme la seule source d'inspiration pour des interprétations contemporaines ? Faut-il continuer à considérer le Léon sur la base du cliché qui voudrait qu'il ait toujours été un pays pauvre en chansons ? Or, ni aucun des quatre interviewers ni leur invité n'ont pipé mot du "Barzaz Bro-Leon". J'ai du mal à croire qu'ils n'en ont jamais entendu parler. Ce "Barzaz" est le grand projet qu'a lancé Jean-Marie Perrot en 1906, en vue de constituer pour le Léon précisément un recueil de chants et chansons sur le modèle du "Barzaz Breiz".

La parution du "Barzaz Bro-Leon" en 2012 représente un événement éditorial majeur, car elle renouvelle en profondeur notre connaissance des traditions chantées de Bretagne et met en évidence une bien plus grande richesse du répertoire léonard qu'on ne le croit généralement. Eva Guillorel, en éditant le premier volume de cette expérience inédite de collecte en Bretagne, le présente comme un renversement de perspectives, puisque ce sont les chanteurs eux-mêmes qui ont transmis les textes de leur répertoire à l'abbé Perrot. Je trouve dommage que "Bali Breizh" ait fait l'impasse, en la circonstance, sur les possibilités de réoralisation du savoir de tradition orale à partir de l'écrit. Ou alors ce ne serait qu'une utopie ? Raison de plus pour en parler !

Pour en savoir plus :

Sur ce blog : un fonds de 1 100 pièces inédites en Léon

Éva Guillorel (édition critique), Barzaz Bro-Leon. Une expérience inédite de collecte en Bretagne, Rennes, Presses universitaires de Rennes ; Brest, Centre de Recherche Bretonne et Celtique, 2012, 551 p. (Coll. Patrimoine oral de Bretagne). 

27 mai 2016

Le plaidoyer d’Émile Masson pour la paix : dès 1917

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Alors que Barack Obama est le premier président américain en exercice à se rendre sur le site d’Hiroshima au Japon soixante et onze ans après le le largage d’une bombe atomique sur la ville en 1945, alors que François Hollande et Angela Merkel se retrouvent dans la Meuse pour célébrer le centenaire de la bataille de Verdun, il faut relire le discours qu’avait rédigé Émile Masson en 1917 contre les guerres et pour la paix, en vue de la distribution des prix au lycée de Pontivy.

Mais qui donc est Émile Masson ? Il est né à Brest en 1869 et il est décédé à Paris en 1923. On le connaît à Pontivy, dont son fils Michel a été le maire autour des années 1980 et où il avait été lui-même nommé comme professeur d’anglais en 1904. Il n’est certes pas connu du grand public, mais un peu partout à travers le monde des chercheurs étudient son œuvre, de Quimper à Paris, des États-Unis à la Chine, au Japon comme à Berlin.

Depuis Pontivy, où il vivait, écrit-il, "au milieu des pommes et des paysans bretons", Émile Masson correspondait avec les grands écrivains de son temps comme Charles Péguy, André Spire et Romain Rolland, les syndicalistes comme Louis et Gabrielle Bouët ainsi que Pierre Monatte, avec des artistes comme Jean-Julien Lemordant.

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Il est l’auteur d’une œuvre considérable, malheureusement peu accessible aujourd’hui. Après avoir publié un essai sur "Les Bretons et le socialisme", il a fait paraître en 1913-1914 une petite revue mensuelle bilingue sous le nom de "Brug – Bruyères" en vue de répandre les thèses socialistes et libertaires au sein de la paysannerie : et c’est la raison pour laquelle la plupart des articles de "Brug" étaient rédigés en breton. Edmond Hervé, l’ancien maire de Rennes, le définit comme un authentique penseur politique : il lui trouve des accents de Jaurès et le présente comme un grand humaniste et un utopiste, socialiste et pacifiste.

Un discours censuré

En juillet 1917, la Grande Guerre est loin d’être finie, et Masson prévoit de s’adresser aux enfants et adolescents de Bretagne à l’occasion de la distribution des prix au lycée de Pontivy pour les appeler à se libérer de la fatalité et ne plus verser le sang des hommes. Mais il est interdit de discours et le texte qu’il avait prévu de prononcer devant les élèves et devant ses collègues du lycée est censuré, de fait.

Dans ce texte, Émile Masson exprimait fermement son horreur de la guerre et de toutes les atrocités qu’elle engendre et témoigne puissamment de ses convictions pacifistes, mais aussi de ses espoirs pour la Bretagne et pour la langue bretonne. On l’a longtemps considéré comme perdu, voire comme n’ayant jamais existé. Un exemplaire dactylographié en a enfin été retrouvé dans la correspondance de l’un de ses amis et remis à l’historien Émile Poulat (1920-2014), qui l’a lui-même transmis à Jacques Gury, alors enseignant à la faculté des lettres de Brest. C’est ce dernier qui a publié cet inédit pour la première fois en 1984 en manière de préface à la réédition de l’un des ouvrages méconnus d’Émile Masson : "Utopie des îles bienheureuses dans le Pacifique en l’an 1980". Je le reproduis ici intégralement, avec quelques corrections orthographiques et de ponctuation.

Il faut lire d’une traite ce texte rédigé il y a près de cent ans et dans lequel Masson invite les enfants et adolescents de Bretagne à remplir la tâche de paix et de fraternité qui devrait être la leur. L’histoire nous a appris depuis que ni l’une ni l’autre ne se sont pas encore vraiment imposées à tous, loin de là. C’est la raison pour laquelle le cri d’Émile Masson nous interpelle encore aujourd’hui. De toutes parts, l’actualité du moment nous invite à le découvrir.

Aux enfants et adolescents de Bretagne : le discours qu'Émile Masson n'a pas eu le droit de prononcer en 1917

Mesdames, Messieurs, chers élèves.

La guerre doit être l’objet de mon dernier entretien de l’année avec vous.

Eussé-je été tenté de ne point vous parler de la guerre, eussé-je pu de toutes mes forces, souhaiter ne point vous parler de la guerre, comment échapper à l’impitoyable nécessité ? Depuis trois années révolues une seule pensée fut-elle conçue, une seule parole prononcée, qui n’ait été toute pleine, amère et sanglante, de la guerre ?

Il n’est plus rien que la guerre, plus d’art, plus de science, plus de religion, même plus de joies ou de peines, plus d’amour ou de haine ou de piété, qui ne soit à la guerre, qui ne soit par ou pour la guerre, ou contre elle.

Dans quelques jours, trois années seront révolues, trois années de quotidiens massacres et de quotidiennes mutilations de frères humains, de quotidiens incendies, de quotidiennes destructions de foyers humains et de nobles tâches humaines ; plus de mille jours successifs et de mille nuits successives, de canonnades, fusillades, charges à la baïonnette, à la grenade, corps à corps à coups de couteaux dans les tranchées, brusques assauts de gaz asphyxiants, embrasements subits de régiments par le feu liquide, torpilles, mines... inlassable tuerie, mutuel égorgement de milliers d’hommes sur des milliers de lieues étendues ; réalité, sacrilège atroce, sans nom, que la parole s’épuise à vouloir exprimer, que l’esprit chancelle à concevoir, et devant quoi l’imagination d’un Dante même ou d’un Shakespeare, serait interdite ou frappée d’impuissance.

Parlant à vous, en homme à qui rien d’humain n’est étranger,  je ne puis avoir qu’un vœu et qu’un devoir, vous parler de la guerre.

Mais parler de la guerre à vous, nos fils, et les jeunes frères de ceux qui combattent n’est pas parler de la même chose, n’est pas la même chose, que d’en parler à des hommes de ma génération. Pour nous elle est le présent, inéluctable, pour vous, elle sera le passé, un passé dont vous ne pourrez que vous détourner avec des frémissements d’horreur, l’âme déchirée de pitié, que vos pères et vos frères aînés durent le subir.

Vous le savez, vous vous en souvenez. Vos pères et vos frères vous l’ont dit et vous le redisent chaque jour. Ils ont quitté leur foyer plein d’amour, ils ont laissé là leurs affections et leurs travaux, eux et tous les ouvriers de la tâche humaine, et tous les paysans de tous les pays, oui, même ceux qu’ont égarés leurs gouvernants infâmes, pour en finir une fois pour toutes avec la plus ancienne, la plus acharnée, la plus démoniaque ennemie de l’homme, avec la guerre. Oui, tous ces hommes-là, tous ces peuples-là ont bondi comme un seul à la gorge de l’engeance infernale, et ils la terrassent à jamais. Écoutez les millions de mutilés qui déjà se répandent et se répandront sur les campagnes et dans les villes ; écoutez les millions de morts qui jonchent les plaines et les fleuves, les forêts et les montagnes et les mers de toutes les nations ; tous crient d’un même cri dont retentissent tous les cieux : nous nous tuons, nous avons tué la guerre !

Cette grande guerre, comme on l’appelle, qui est en effet, la plus énorme, la plus monstrueuse dont aient jamais saigné la terre, le ciel et la mer ; dont aient jamais saigné le cœur et la chair des hommes. S’il est à cette heure un vœu et un devoir, où communient toutes les âmes du monde ; s’il est un refuge pour elles contre la folie et le désespoir, s’il est une espérance s’il est une certitude, c’est bien là ; qu’elle soit pour jamais le passé pour vous, le passé sans retour possible, la dernière des guerres.

Enfants, adolescents, quand vous serez hommes... Que la vie, que la destinée, que la divinité ne nous mentent pas (et elles ne peuvent pas nous mentir) et vous que voici, fils de tant de héros de la grande guerre, vous ne connaîtrez plus la guerre, la Bête sera à bas, à vos pieds. Ses ossements gigantesques et hideux épandus sur le sol seront pour vous comme les vestiges fabuleux des époques tératologiques, débris informes de la dernière des convulsions du chaos et de l’animalité dont enfin l’Homme fut enfanté.

Et ce cadavre, vous le repousserez du pied. Morte la Bête et mort le venin! Vos âmes dhommes véritables ne secréteront plus de haine que pour limmonde haine, que pour la guerre. Vous ne connaîtrez plus la haine, vous ne haïrez plus, vous ne tuerez plus ! Ère nouvelle entre toutes les ères, quelle ère de lhumanité vous allez ouvrir! Nos cœurs à nous sont trop souillés des crimes du passé pour évoquer la vision de lavenir dont vous allez fonder la réalité. Mais à aucune autre époque de lhistoire, femmes, mères ou sœurs, et hommes à tempes grises ou vieillards nont regardé des yeux denfants ou dadolescents avec une émotion aussi formidable et sacrée que celle dont nous tremblons devant vous, qui êtes là et qui êtes les premiers messagers de lère de la paix! Oh merveille! sécrie la plus pure vierge éclose à lâme, la plus pure du passé : "Oh merveille!" sécrie la Miranda de Shakespeare qui, élevée dans lîle déserte de lenchanteur Prospéro, son père, voit des hommes pour la première fois :

  • "Quelles radieuses créatures et comme l’humanité est belle !
  • Ô monde nouveau et brave qui porte en toi des êtres
  • Comme ceux-ci !... Rien de mal ne peut-il habiter un temple pareil !
  • Et si l’esprit du mal possède une telle demeure,
  • Les bonnes actions vont accourir la partager avec lui."
  • Oh ! Wonder !
  • How many goodly creatures are there here !
  • How beautous mankind is ! O brave new world
  • That has such people in’t !…
  • There’s nothing ill can dwell in such a temple;
  • If the ill spirit have a so fair house
  • Good things strive to well with it”.

The Tempest

Un beau vieux vers breton dit : "Quand séteint le bruit, lâme chante". Pa daw an drous, e kân an  énéân. Quand donc le bruit se sera tu, qui commença de gronder dès lInde antique au berceau de la conscience, et qui a éclaté aux pentes sacrées du Golgotha, quand se seront apaisés ces éclairs qui illuminent les siècles : catholicité, Renaissance et Réformation, Révolution française dont le fracas est à son comble aujourdhui, dans cette frénésie du dernier corps à corps de lHomme et de la Brute, alors, amis, votre heure sera venue, votre heure à vous, annonciateurs du règne de lâme.

De lantique adage : si vis pacem... vous ferez la litière de votre bétail, et dans vos cœurs et sous vos fronts, vous exigerez en place lauguste maxime du plus profond des philosophes modernes, Spinoza : "Ce nest pas la force des armes qui dompte les esprits, cest lamour et la générosité". "Animi tamen non armis, sed amore et generositate vincitur" (Éthique IV ap. X.). Le roc de diamant de la loi divine enfin mis à nu après limmense raz-de-marée de sang humain qui nous a assaillis en ce siècle éblouira les siècles à venir, et sur lui, avec ces éléments : patience, confiance, bonté, intelligence, pardon et charité, vous édifierez la maison des hommes.

Jadis la force était ce qui détruit, saccage et domine, par la violence et la cruauté elle imposait lobéissance et souvent ladmiration. Lhomme fort, le grand individu, était celui qui courbe les autres à ses pieds, sous ses pieds, et le maître celui qui a des esclaves. Lère que vous allez ouvrir adorera la force qui se penche et qui aide à grandir : lhomme fort, le grand individu sera parmi vous le plus humble et qui servira le mieux les autres. Dans lhumanité que vous allez fonder, le plus patient et le plus doux des serviteurs : le plus maître de lui et non des autres. Celui-là sera le vrai maître, car à lui, à qui tous iront spontanément, par lirrésistible attrait damour, appartiendra linvincibilité.

Au commencement de chaque journée, de chaque action, au début de toute entreprise, seul à seul, ou avec des compagnons, votre pensée première, votre serment inviolable d’homme sera de ne point haïr quoiqu’il advienne et quoiqu’il advienne de pardonner, de subir la plus grande iniquité, plutôt que de commettre la plus petite iniquité... Notre premier acte, chaque jour, et pour chaque entreprise, sera d’anéantir en vous, du milieu de vous la haine et toute la haineuse engeance, méfiance, envie, colère, soupçons, jalousie...

Vous connaîtrez alors que laforce suprême, la suprême vérité et la suprême intelligence, cest de se donner toujours et à jamais, et sans jamais rien attendre. Voilà la grâce ou la charité qua chantée le poète :

  • "Elle domine le sceptre et la loi ;
  • Des cœurs de Rois elle fait son trône,
  • Elle fait partie de Dieu lui-même
  • Et la puissance terrestre la plus à l’image de Dieu,
  • C’est la charité qui tempère la Justice”.
  • "Mercy is above this sceptred sway;
  • It is enthroned in the hearts of Kings,
  • It is an attribute  of God himself;
  • And earthly power doth then show likest God's
  • When Mercy seasons Justice".

The Merchant of Venice IV-I

C’est alors, enfants et adolescents de Bretagne, que votre tâche particulière sera clairement marquée ; et elle vous attend depuis bien longtemps. Avant cette guerre, cent jeunes poètes et artistes, cent héros que cette guerre vient de tuer vous la désignaient déjà. Et ce héros et cet artiste, miraculeusement préservé, dont la presse unanimement consacrait aux mois derniers la gloire et la force d’âme, le peintre breton de nos paysans de Bretagne et de notre mer de Bretagne, Jean-Julien Lemordant, n’a saigné tout le sang de ses veines, par huit blessures et, hélas, donné la lumière de ses yeux (je le sais bien moi, son vieil et intime ami) que pour qu’éclate à vos propres yeux la lumière de cette tâche de paix et defraternité, qu’est la vôtre.

La Bretagne, votre petite patrie, est une humble, elle aussi, qui crie pour que vous vous penchiez vers elle, et prie que vous l’aidiez à se relever et à grandir à la taille de ses sœurs plus fortunées, à la taille de son passé héroïque qui fut celui d’une grande nation ! Peut­être, Bretons, n’ignorez-vous pas tout à fait son histoire ? Sous la dure loi ancienne qui s’effondre à cette heure dans les fournaises des canons, elle ne pouvait se relever et grandir sans soupçons et sans jalousies. Sous la loi de fraternité et de Liberté que vous allez inaugurer, sur la terre libre enfin, toutes les moissons du passé s’épanouiront librement au cher soleil de la vie. Il est une langue bretonne, sœur de la galloise, de l’écossaise, et de l’irlandaise, fille et mère des très nobles et très antiques langues des Celtes et des Gaëls ; il est une littérature bretonne, celle du cycle d’Arthur, il est des arts bretons, des industries bretonnes, il est des pays bretons, de Haute et de Basse-Bretagne : Nantes, Rennes, St-Malo, Ploërmel, Tréguier, Léon, Cornouaille, Vannes...

Il est une douce et puissante âme bretonne, toute puissante par sa douceur même, qui ne doit quau charme infini de sa douceur sa victoire sur tant dennemis séculaires et sur la mort. Enfants et adolescents de Bretagne quand vous serez des hommes affranchis de la sinistre fatalité de verser le sang des hommes qui, depuis Caïn, a pesé sur lhomme, vous vous pencherez vers elle et vous relèverez cette fleur qui tombe, que, par vos mains immaculées elle brille enfin, de toutes les joies de la vie à la couronne de lhumanité libre.

Émile Masson
Professeur danglais
Lycée de Pontivy
Juillet 1917

bg Brug 016

Pour en savoir plus

  • Émile Masson, Les Bretons et le socialisme. Présentation et notes par Jean-Yves Guiomar. Paris, Maspéro, 1972.
  • Émile Masson, Utopie des Îles bienheureuses dans le Pacifique en l'an 1980. Postface de Jacques Gury. Quimper, Calligrammes ; Le Guilvinec, Ar Vorenn, 1984.
  • J. Didier Giraud et Marielle Giraud, Émile Masson, professeur de liberté. Chamalières, éditions Canope, 1991.
  • Émile Masson, prophète et rebelle. Colloque international de Pontivy, 2003. Sous la direction de J.-Didier et Marielle Giraud. Presses universitaires de Rennes, 2005.
  • Fanch Broudic, Les thèses de Brug, une revue libertaire en langue bretonne à la veille de la Première Guerre mondiale. In : Émile Masson, prophète et rebelle. Sous la direction de J.-Didier et Marielle Giraud. Presses universitaires de Rennes, 2005.

En breton :

  • Fañch Broudig. Eun dra bennag a zo da jeñch er bed. Émile Masson ha Brug, 1913-1914. Brest, Brud nevez, 2003. 

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01 février 2016

Beaj vad ! Bon voyage !

voyageurs

Ils sont "fascinés" - c'est eux qui l'écrivent - par tout ce qui se développe à travers le monde comme économie collaborative. Je décode : c'est du couch-surfing, du covoiturage, AirBnb, du troc… Vous ne comprenez pas encore ? Il va falloir aller voir sur leur page de crowdfunding. Ils vous expliquent tout.

Ils viennent de tester leur "capacité d’adaptation" (sic) dans des lieux qu'ils ne connaissaient pas encore. Rendez-vous compte : la Belgique, l'Espagne, la Pologne et l'Allemagne. Ils ont déjà vécu et étudié, l'une aux States, l'autre en Belgique. Elle déteste les préjugés et lui les films d'horreur.

Citoyens du monde

Leur projet ? Un voyage de 4 mois en Asie de l’Est, pour rejoindre les couch-surfers, les auto-stoppeurs, et autres globe-trotters, et pour partager. Avec les citoyens du monde qu'ils vont rencontrer. Mais aussi avec ceux qui ne peuvent pas voyager si loin, si longtemps.

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Mais qui sont-ils ? Elle se prénomme Keridwen et lui Julien. Elle, je sais qu'elle est la fille de Corinne : elle a de la sensibilité et du tempérament. Lui, je ne le connais pas encore. Ils veulent nous faire profiter de leurs reportages (en anglais et en breton, sous titrés en français) et alimenter leur site internet (très prochainement en ligne) du récit de leurs aventures et de leurs conseils…

Et s'ils cherchent à faire du buzz, c'est parce que… Devinez. Ils ont besoin de financer leur voyage AR à Hong Kong. Après ils se débrouillent. D'où leur appel au financement participatif - c'est ça le crowdfunding. Si on participe, ils le jurent, ils nous feront voyager avec eux. À distance quand même, mais - justement - on pourra recevoir des cartes postales, des DVD, des dédicaces et… faire la fête à leur retour. Curieux : ils ne semblent pas avoir pensé à des cartes [postales] radiophoniques (sur une radio que tout le monde pourrait écouter, n'est-ce pas) ou télé… Mais un site perso, c'est bien aussi.

Si vous souhaitez leur dire "Beaj vad ! Bon voyage !", c'est sur Kiss kiss bank bank.

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30 janvier 2016

Les Priziou 2016 : c'était à Plougastel

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C'est dans la salle de l'Avel-Vor [Le vent de mer], à Plougastel-Daoulas, que s'est déroulée hier soir la 19e cérémonie des Priziou, désormais présentés comme les prix de l'avenir de la langue bretonne. Ce sont pourtant bel et bien des prix du temps présent, puisqu'ils ont pour objet de distinguer les plus belles réalisations en breton de l'année écoulée, ou les plus significatives, du point de vue de l'expression culturelle ou relevant d'initiatives sociétales.

Les Priziou sont coorganisés par France 3 Bretagne et par l'Office public de la langue bretonne. Sept premiers prix ont été décernés au cours de la soirée à autant de lauréats, que ce soit des individualités ou des organisations.

  Priziou 2016-13 Priziou 2016-14 Priziou 2016-25 Priziou 2016-18

Goulwena an Henaff et Yann-Herle Gourves sont des habitués et maîtrisent parfaitement leur rôle de présentateurs de Priziou. Élégamment habillés par deux créateurs stylistes, SirDjos pour l'un et Mélissa Thaëron pour l'autre, très à l'aise, ils ont assuré les enchaînements, questionnant l'un, passant la parole à l'autre, annonçant et désannonçant les sujets préenregistrés ou les intermèdes musicaux - avec une hésitation tout de même de temps à autre. Ils savent tout faire et le font bien. On se demande juste pourquoi Yann-Herle a tombé la veste en cours de cérémonie. Il est probable que sous les projecteurs…

Un jury muet

Le jury avait délibéré en amont. Il était composé de sept membres :

  • Malo Bouëssel du Bourg, directeur de Produit en Bretagne, et désigné l'an dernier comme le brittophone de l'année
  • Yannig Boulard, scientifique
  • Nicolas Amaury, association Lutig
  • Gwennan Stervinou, association Roudour
  • Thiphaine Siret, association Bod Kelenn
  • Meriadeg Vallerie, Office public de la langue bretonne
  • Olöf Pétursdottir, écrivaine et traductrice.

Les jurés ont délibéré, mais ils ne se sont pas exprimés : ils avaient été gentiment invités à s'asseoir dans un fauteuil en fond de scène, au point que Goulwena s'est un moment demandé s'ils ne dormaient pas. Seul M. Bouëssel du Bourg a fait état de leur engagement et de leur enthousiasme, de la difficulté de leur tâche aussi. Les années précédentes, ce sont les membres du jury qui dévoilaient le nom des lauréats et qui exposaient en quelques mots les raisons de leur choix. On n'en a rien su cette année, et c'est dommage.

Les lauréats

Priziou 2016-12  Priziou 2016-16  Priziou 2016-19

Dans la catégorie "associations", le 1er prix a été attribué à Labourerien-douar Breizh - Agriculteurs de Bretagne, pour l'utilisation courante du breton dans leur communication. L'association a été créée pour renforcer les liens entre les agriculteurs et les Bretons. En recevant son prix, son président (et ancien président de la SICA de Saint-Pol-de-Léon), Pierre Bihan-Poudec a fait remarquer, que la civilisation paysanne est imprégnée de langue bretonne : tous les champs ont un nom en breton, a-t-il rappelé. Il vise aujourd'hui à la transmettre à la jeunesse.

Le 2e prix a été décerné à l'ADEC 29, Association pour le Dépistage des Cancers dans le Finistère, pour l'édition d’un dépliant d’information bilingue, et le 3e à l'AREP, pour avoir mis sur pied une formation diplômante en langue bretonne, en l'occurrence un CAP petite enfance.

Dans la catégorie "Livre de fiction",

  • le lauréat a fait part de son étonnement d'être primé pour un premier roman. Il a produit non seulement une œuvre de fiction, mais un livre de science-fiction : “Udora pe afer an ed-du” [Udora, ou l'affaire du blé noir], paru aux éditions Al Liamm. Il s'agit de Pascal an Intañv, un trégorrois.
  • Le 2e prix a été attribué à Goulc’han Kervella, écrivain reconnu et metteur en scène très connu, pour le roman “N’eus ket a garantez eürus” [Il n'y a pas d'amour heureux], paru aux éditions Skol Vreizh. Mais il n'a pas voulu se déplacer, et s'il avait été primé, c'est son éditeur qui se serait exprimé en son nom. On connaît ses réserves par rapport à ce type de manifestation. 

  • Le 3e prix est revenu à “Divemor” [Sans mémoire], un roman de Pierre-Emmanuel Marais déjà primé (éditions Al Liamm). 


Vous ne connaissez pas le CNFPT ? Seuls les fonctionnaires savent que c'est le Centre national de la fonction publique territoriale. Le 1er prix dans la catégorie "Collectivités" a été décerné à sa branche finistérienne, pour la mise en place de formations à la langue bretonne, précisément à l'attention des fonctionnaires territoriaux.

2e prix : la Communauté de communes du Pays de Quimperlé, pour avoir pris l'initiative de publier une traduction en breton de l'intégralité de son magazine communautaire “Mag16”, et c'est le seul qui le fait à ce jour.

3e prix : la ville de Pont-Croix, pour son soutien à l’ouverture d’une école Diwan sur un territoire qui jusqu'alors ne disposait d'aucune offre d'enseignement bilingue. 

Priziou 2016-20

Dans la catégorie "audiovisuel", les œuvres présélectionnées étaient assez disparates.

  • C'est Mikael Baudu qui a eu les faveurs du jury, pour un documentaire de 52' tourné au Kurdistan : “Huñvreal an Nevez-amzer” [Rêver le printemps], dans lequel il décrit la situation des Kurdes de Syrie face à l'État Islamique (Production : Gwengolo Filmoù) et qui, après sa diffusion sur France 3.
  • 2e prix : “Enseller Panda” [Inspecteur Panda], série de films d'animation pour enfants de Gilduin Couronné et Sébastien Hivert (Production : JPL Films).
  • 3e prix : “Paotred al Loc’h” [Les gars du Loc'h], documentaire (28’) de Ronan Hirrien sur la vie d'un couple homosexuel en Centre Bretagne (Production : France 3 Bretagne).

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La surprise du jour

Elle est venue de la catégorie "entreprise". Presque tout le monde, apparemment, s'attendait à ce que le premier prix aille à D’istribilh, la brasserie de Gwenole Ollivier à Plouider, qui a créé le buzz l'été dernier avec une vidéo en breton vue plus de 100 000 fois sur internet. Non seulement ça, mais elle a su lever des fonds en vue de son développement dans le cadre d'un financement participatif bien au-delà de ses espérances. Mais… les choix d'un jury sont impénétrables.

Celle qui a finalement obtenu le 1er prix dans cette catégorie l'a reconnu elle-même, quelque peu éberluée. Il s'agit de Sylvie Bruna, qui a créé Numéribulle, une maison d'édition de livres pour enfants en version papier et en version numérique, à lire et à écouter, en français ou en breton : ceux de Maïwen Morvan sont parmi les plus lus et les plus téléchargés.

Parce qu'en plus, S. Bruna, il suffit de l'écouter, elle… ne sait pas le breton. Elle est donc la seule à s'être exprimée en français lors des Priziou 2016 (mais ce n'est pas tout à fait la première fois que ça arrive). Le public ne lui en a pas tenu rigueur et l'a fortement applaudi lorsqu'elle a déclaré en terminant "vive les langues régionales" et annoncé qu'elle allait aussi éditer des livres en basque, en corse, en chti et en créole pour les enfants.

D'istribilh obtient donc le 2e prix, et le camping du Conguel à Quiberon le 3e , pour sa signalisation bilingue.

Nolwenn Korbell, primée pour la 3e fois

Pour ce qui est du disque chanté en breton, le suspense n'était pas si fort. Je reconnais que je n'avais pas entendu “Heol Gor” [Soleil de plomb] de Dañs er Jeko (auto production), qui a obtenu le 2e prix, ni “Brein” [Pourri] (auto production également) qui a eu le 3e.

Mais je n'ai pas été si surpris d'entendre que le 1er prix de cette catégorie était attribué à Nolwenn Korbell pour son nouveau CD : “Skeud o roudoù” de (Ed. Coop Breizh). C'est la 3e fois que Nolwenn est distinguée lors des Priziou. Elle l'avait déjà été en 2003 pour son premier album, "N'eo ket echu" [Ce n'est pas fini], puis en 2008 au titre de la meilleure expression en breton. Elle a également été "Coup de cœur" du Télégramme en 2006.

Elle a fait savoir par Jonathan Dour (voir message précédent) qu'elle ne pouvait être à Plougastel hier soir, puisqu'elle se trouvait "dans une autre ville de Bretagne, à savoir Nantes". Le message a été instantanément décodé dans la salle.

Priziou 2016-28

"Le" ou "La" ?

Restait à savoir qui serait le ou la "brittophone" de l'année. Parce qu'il y avait une femme parmi les nominés : Darlene Arokoh, une Kenyane, polyglotte déjà, qui apprend maintenant le breton et qui souhaite défendre les langues autochtones de son pays d'origine. Dans un contexte où il est tant question partout de migrants et de réfugiés, ce n'est pourtant pas elle qui a été retenue, mais elle a obtenu le 3e prix.

Le chanteur Krismenn obtenant le 2e pour les stages de chant qu'il organise et pour sa prestation de l'été dernier sur la grande scène des Vieilles Charrues, c'est Romain Sponnagel qui a été distingué. Je l'avais déjà entendu interviewer par Jean-Pierre Guyader sur Radio-Breizh, il y a quelques jours. S'il a été reconnu comme étant "le" brittophone de l'année, c'est en raison de son implication pour le développement de l’enseignement du breton dans le Pays de Saint-Brieuc et pour l'ouverture d'une maison des cultures bretonnes dans le quartier du Légué. Il est en outre à l'initiative de l’appli Stag, qui permet aux bretonnants de se repérer partout dans le monde à partir de leur smartphone.

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Voilà donc le palmarès 2016 des Priziou. Sur la photo de groupe, je ne peux m'empêcher de vous inviter à regarder le petit facétieux qui veut se faire remarquer à gauche. Tous les premiers prix se sont vus remettre

  • par France 3 Bretagne un trophée signé de Michel Le Gentil, céramiste au Tréhou,
  • ainsi qu'un chèque de 1 500 € décerné par l'Office public de la langue bretonne au nom du Conseil régional de Bretagne, s'il vous plaît. Mme Lena Louarn était d'ailleurs présente.
  • L'Office remet également un chèque de 500 € à chacun des seconds et des troisièmes prix.

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L'animation musicale était assurée par Youn Kamm et son groupe, ainsi que par le bagad du Bout du monde, qui venaient des rives de la rade de Lorient. Youn Kamm est trompettiste, joueur de biniou, flûtiste et chanteur. Il est passé par la Kreiz Breizh Akademi et a sorti un CD tout récemment. La chanteuse Morwenn Le Normand l'accompagnait également hier soir.

Le programme annonçait des "inspirations venues du large avec l'énergie du rock pour faire vibrer la tradition [vannetaise] de manière originale". Les spectateurs ont apprécié, et de l'avis de Bernez Quillien - un connaisseur - c'était réussi.

La retransmission, dont la réalisation était assurée par Avel Corre, est programmée pour demain dimanche 31 janvier, à 10 h 55 sur France Bretagne, en version bretonne sous-titrée en français. Elle sera rediffusée lundi 1er février à 8 h 50 en région Bretagne et en Loire-Atlantique. On devrait pouvoir la visionner ensuite sur le site pluzz.fr en cherchant "Bali Breizh".

Quand Denez Prigent part en live

Partons en live

Quand j'ai quitté Plougastel-Daoulas hier soir après la cérémonie des Priziou - je vais en reparler sans tarder - c'est sur France Inter que s'est allumée mon autoradio. La station diffusait une musique que j'ai trouvée plutôt agréable, j'ai compris assez vite qu'il s'agissait d'un mini-concert. J'étais sur l'émission "Partons en live".

Au bout de trois morceaux, l'expert maison, André Manoukian, a pris la parole pour interviewer Flavien Berger - c'est son groupe qui jouait. L'échange entre le musicien et la philosophe Laurence Hansen-Love ne manquait pas d'intérêt. Il était question des modalités d'expression des jeunes artistes aujourd'hui, dans le nouveau contexte de l'économie du disque et de la facilité d'accès à de nouveaux outils technologiques. Et c'est la raison pour laquelle Flavien berger s'intéresse autant à la vidéo qu'à la musique.

Le plus Caribéen des Celtes

Et voilà tout à coup qu'André Manoukian annonce la présence de Denez Prigent. Lui aussi va interpréter trois morceaux de sa composition, dont l'un est inspiré d'une musique grecque, et l'autre est une gwerz que le chanteur a composée sur la grande famine qui a fait des millions de victimes en Ukraine dans les années 1930. Ce qui a frappé Manoukian, c'est le timbre de voix du chanteur breton.

Les animateurs de radio sont parfois bien étonnants : il leur faut tout le temps des comparatifs et des superlatifs. André Manoukian a ainsi présenté Denez Prigent comme le plus Caribéen des Celtes (sic). Puis il l'a remercié en le qualifiant de… créole celte ! Celte, à la rigueur, mais Caribéen ? Je suppose que c'était gratifiant pour Denez.

Le Breton en tout cas lui a expliqué - et il a bien fait - que le terme breton "gwerz" n'avait pas besoin d'être traduit, que ce n'est pas exactement une "complainte" et qu'il constitue un genre musical en soi, de même que le fado ou le blues.

Tout est prévu dans cette émission pour donner l'impression du live. Il peut quand même y avoir de petites failles. C'est ainsi que Denez Prigent a présenté Jonathan Dour comme l'un des musiciens de son groupe, comme s'il était sur place. Il faut croire que Jonathan a le don d'ubiquité, puisqu'il était également présent hier soir sur la scène de l'Avel-Vor, à Plougastel, pour la cérémonie des Priziou. Je l'ai vu de mes yeux et entendu de mes oreilles, et 250 autres personnes comme moi. Comme quoi, la radio ne peut pas tout prévoir !

Posté par Fanch Broudic à 12:06 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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