Le blog "Langue bretonne"

Parlons donc ici de langue bretonne. Et pourquoi pas de quelques sujets connexes ? Le breton est une langue celtique que parlent environ 200 000 personnes en Bretagne, en plus du français.

09 novembre 2009

11 novembre

L'an dernier, c'était le 90e anniversaire de la fin de la première guerre mondiale. Cette année est donc le 95e anniversaire de son début. Ce n'est pas à l'occasion du 11 novembre qu'on devrait en parler, puisque c'est en août que la guerre fut déclarée. Mais la célébration de l'armistice est sans doute beaucoup plus présente dans la mémoire collective. Plusieurs publications récentes reviennent sur cet événement qui a énormément marqué l'histoire de la Bretagne comme celle de la France et celle de l'Europe tout entière.

Mshab_115La Société d'Histoire et d'Archéologie de Bretagne vient ainsi de faire paraître les mémoires du colloque qu'elle avait tenu l'an dernier à Saint-Nazaire. Au sommaire, divers articles sur les guerres franco bretonnes aux XIVe et XVe siècles, sur Nantes en 1487 (année où l'armée française était venue mettre le siège devant le château du duc de Bretagne), sur la période de la Révolution et la chouannerie, sur la construction et reconstruction de Saint-Nazaire… Les amateurs d'histoire sont gâtés : il y en a 750 pages en tout.
J'en viens aux trois articles qui concernent la guerre 14-18. Bertrand Frélaut revient sur le décompte du nombre véritable des victimes bretonnes de la Grande Guerre. Ce débat a longtemps été dominé par ce qu'il appelle "le mythe" des 240 000 Bretons morts pour la France. Jean-Yves Broudic en traitait déjà l'an dernier dans son livre sur le suicide et l'alcoolisme en Bretagne (voir message du 25 août 2008). Des relevés systématiques ont été effectués sur les monuments aux morts des 261 communes du département du Morbihan : ils aboutissent à un total d'un peu plus de 24 000 morbihannais morts pour la France pendant la première guerre mondiale. On peut en déduire, d'après Bernard Frélaut, que 130 000 à 150 000 Bretons sont morts entre 1914 et 1918.

Du breton sur les monuments aux morts

Annick Mévellec et Bernard Carré se sont penchés quant à eux sur l'histoire des 340 monuments aux morts érigés avant 1940 dans le département des Côtes-du-Nord (actuelles Côtes d'Armor). Ils s'intéressent à la chronologie, aux matériaux, aux sculpteurs. Ils ont également relevé les inscriptions en langue bretonne figurant sur les monuments d'une douzaine de communes (dont ils reproduisent le texte, avec traduction française en regard) et signalent les discours prononcés en breton lors des inaugurations : les acteurs "désirent montrer de cette façon leur solidarité, leur empathie et leur proximité dans ce moment de l'inauguration dans la langue que les populations connaissent le mieux". La même recherche mériterait d'être conduite dans les autres départements.
Laurence et Patrice Maillard, avec Thérèse Roger, ont étudié le courrier expédié par les 662 habitants de Campbon mobilisés pendant le conflit. Campbon est alors une commune rurale d'un peu plus de 3 000 habitants, à 25 km de Saint-Nazaire. Elle se distingue par "une mémoire très catholique de la guerre". Il est vrai que parmi les mobilisés originaires de la commune, 204 ne reviendront pas : le monument aux morts et (ce qui est plus rare) des monuments privés en témoignent.

Abjean_116La guerre finira bientôt ?
René Abjean vient également de retrouver dans un grenier plus de 700 cartes postales adressées par son grand-père à sa femme et à ses enfants pendant quatre ans. Il leur écrit pratiquement tous les jours et leur prédit que cette guerre qui n'en finit pas "finira bientôt". René-Noël Abjean, qui sera maire de Plouguerneau entre les deux guerres, maîtrise parfaitement le français, mais ses cartes sont entrecoupées de phrases en breton pour désigner secrètement le lieu où la guerre l’a conduit, au front ou à l’arrière. Il lui arrive pour cela d’être censuré.
Dans sa correspondance, il raconte les épisodes tragiques qu’il a connus, mais aussi la vie routinière près des tranchées ou à l’arrière. En même temps, les lettres qu’il reçoit au front nous renseignent sur la vie à Plouguerneau à la même époque. René-Noël Abjean témoigne de la manière dont ont été vécus dans le Léon les grands événements de la première moitié du XXe siècle.

Mémoires de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Bretagne, tome LXXXVII, 2009 : 1, rue Jacques Léonard, 35000 Rennes. Site internet : www-shabretagne.com
René-Noël Abjean. La guerre finira bientôt : 1914-1918 à Plouguerneau et au front. Édition présentée par René Abjean. Un volume de 341 pages. Vient de paraître aux éditions Emgleo Breiz. Contact.

Décès d'un écrivain de langue bretonne : Sylvain Loguillard

photoblog_brutdemer68Sylvain Loguillard vient de décéder à Saint-Brieuc, à l'âge de 95 ans. Né en 1914 à Yvias, il a fait toute sa carrière dans l'enseignement public, puisqu'il a été instituteur à Runan, Calanhel et Bégard, avant de devenir directeur de collège à Dinan, puis principal du collège Beaufeuillage à Saint-Brieuc.
Sylvain Loguillard a toujours été quelqu'un d'actif et d'engagé. Pendant la dernière guerre, il a participé à la Résistance en hébergeant des maquisards et les réfractaires du STO.
Il a marqué de son empreinte la vie associative dans les Côtes d'Armor, puisqu'il a été Président de la FOL (Fédération des Œuvres Laïques) ainsi que de la MGEN (la mutuelle des enseignants) dans le département.
Il s'est impliqué dans la vie politique locale et régionale : il a été adjoint chargé des sports et des écoles dans la municipalité d'Yves Le Foll, de 1977 à 1983, puis conseiller municipal sous la mandature de Claude Saunier, de 1983 à 1989. Il a également représenté la Ville de Saint-Brieuc au Conseil Régional de Bretagne, de 1981 à 1986.
Enfin, Sylvain Loguillard a pris une part active à la vie culturelle régionale. Il parlait et écrivait couramment le breton, et le breton a toujours fait partie de sa vie, aussi bien lorsqu'il était en activité que lorsqu'il a pris sa retraite.
Il s'était fait ainsi une spécialité de chansons d'actualités en langue bretonne qu'il a publiées pendant des années à partir de 1975, dans l'hebdomadaire costarmoricain "Le Combat". Ces textes ont ensuite été réunis en un volume sous le titre "Kanaouennou ha barzonegou-stourm" (Chansons et poèmes de combat).
Sous le pseudonyme de Visant an Askol, Sylvain Loguillard a par ailleurs publié plusieurs autres ouvrages en langue bretonne : des sketches plutôt caustiques, et surtout ses souvenirs : souvenirs de collégien, par exemple, ou de militaire en Tunisie au début de la dernière guerre.
Il était un excellent bretonnant : à l'oral comme à l'écrit, son breton avait la couleur du Goélo, dont il était originaire. Il collaborait régulièrement à la revue en langue bretonne "Brud Nevez", à laquelle il avait encore adressé ces derniers temps une chanson sur le travail du dimanche.
Emgleo Breiz rend hommage à la mémoire de Sylvain Loguillard, dont les bretonnants garderont le souvenir d'un auteur à la plume alerte, qui savait restituer les situations qu'il décrivait avec émotion, une bonne dose d'humour et beaucoup de justesse.
Ses obsèques seront célébrées au Funérarium de Saint-Brieuc, jeudi 12 novembre à 14 heures 30. Une cérémonie aura lieu ensuite à l'église d'Yvias à 16 heures 30, avant l'inhumation.

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08 novembre 2009

Le Conseil Culturel de Bretagne : quasiment opérationnel

Conseil_Culturel_KSB__5La mise en place du nouveau Conseil Culturel de Bretagne se poursuit : il s'est à nouveau réuni samedi 7 novembre à Rennes. C'était la seconde session de ce Conseil (cliquer pour agrandir la photo), dont la création a été décidée par la Région pour lui donner des avis sur tout ce qui concerne la vie culturelle bretonne.
La plus grande partie de la réunion de samedi a été consacrée à l'adoption d'un règlement intérieur : c'est le préalable nécessaire au fonctionnement de toute assemblée de ce type. Cinq commissions ont été définies selon un schéma somme toute assez classique. J'aurais préféré pour ma part des commissions plus transversales, mais mes propositions n'ont pas été validées. Les commissions, qu'il reste maintenant à constituer, sont donc les suivantes :
-    enseignement et éducation populaire
-    spectacle vivant et création culturelle
-    médias et édition
-    patrimoine et histoire
-    droit et relations internationales.
Molac_KSB__1Le bureau a, quant à lui, été complété. Outre le Président, Paul Molac, et la Vice-Présidente, Catherine Latour, déjà élus, il comprend désormais :
    •    Alain Monnier (IRPA)
    •    Yannig Baron (Dihun)
    •    Claudine Penhouet (Entente du pays de Lorient)
    •    Hervé Latimier (Al Liamm)
    •    Philippe Chain (personnalité qualifiée)
    •    Bernard Le Roux (France 3 Ouest).
    •    Jean-Michel Le Boulanger (Université de Bretagne-sud).
Un projet de résolution appelant au vote d'une loi en faveur des langues régionales n'a pas été approuvé dans les termes où il était présenté au Conseil.

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05 novembre 2009

Où est le paradis ?

photoblog_brutdemer62Les 19èmes rencontres interrégionales "langues et cultures" se déroulaient aujourd'hui à Brest avant de migrer demain, vendredi, vers Quimper. Les délégués des différentes régions ont été très officiellement reçus à l'Hôtel de Ville par Anne-Marie Kervern, maire adjoint chargée de l'insertion par le dialogue des cultures.
De toute évidence, ils apprécient leur séjour en Bretagne. Ils découvrent chaque jour de nouvelles activités liées à la langue bretonne. Un occitan déclarait : "quand on voit toutes les réalisations qui se font ici, on reprend des forces".
D'autres participants en viennent à parler de "l'exemple breton" et, voyant tout ce qui se fait en Bretagne par rapport à ce qui ne se fait pas chez eux, considèrent d'une certaine manière la Bretagne comme une sorte de paradis. J'avais observé la même réaction il y a deux ou trois ans lorsqu'une délégation de Saxe, visitant la Bretagne à l'invitation de K. Guyonvarc'h, Vice-Président du Conseil régional, était venue à France 3 : ils se demandaient bien comment réussir à faire pour le sorabe tout ce qui se fait ici pour le breton.
Et pourtant, si les Bretons qui organisent ces 19èmes rencontres ont quant à eux invité le Directeur de l'Office de la langue galloise à faire une conférence à Landerneau, c'est qu'en matière de politique linguistique le Pays de Galles apparaît aussi, ici, comme une sorte de paradis celtique.
Je suis d'accord : il est toujours stimulant de découvrir les expériences et les réalisations des autres. Mais une question se pose : le paradis serait-il toujours ailleurs ?

Voir dans l'album les photos de la réception à la Mairie de Brest.

04 novembre 2009

Fréquentation

photoblog_brutdemer61Depuis l'ouverture de ce blog, il y a un peu plus d'un an, ce sont déjà plus de 25 000 personnes qui lui ont rendu visite. Ce qui veut dire que chaque semaine ce sont en moyenne 500 visiteurs qui se connectent. Il y a les réguliers et les nouveaux. Il y a les Français et ceux qui se connectent depuis l'étranger. Il y a les utilisateurs de Windows et tous ceux qui sont sous Mac. Il y a ceux qui viennent par Google et tous ceux qui arrivent d'une autre façon. Il y a ceux qui s'intéressent au "Bro goz" et ceux qui veulent partager une réflexion sur la langue bretonne (et… sur quelques autres sujets, à l'occasion). Il y a…
Merci à tous pour votre intérêt.

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Agenda

photoblog_brutdemer60Si vous n'êtes pas trop loin et si la date vous convient…
Qui parle breton aujourd'hui ? C'est le sujet de mon dernier livre : "Parler breton au XXIe siècle." Je vais commenter les résultats du nouveau sondage sur la langue bretonne :

-    en français, à l'invitation d'Anne Guillou, dimanche 8 novembre, à 15 heures : cela se passera à Saint-Thégonnec (29), au centre culturel de Luzec
-    en breton, à l'invitation de Daniel Giraudon et de l'association Min Rann : ce sera mardi 17 novembre, à 18 heures, à Ploubezre (22), à la salle des fêtes.
Chaque causerie donnera bien évidemment lieu à un échange avec les participants. La langue bretonne est une question dont on a tous besoin de parler…

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03 novembre 2009

Les langues régionales dans la vie sociale

photoblog_brutdemer58Les 19èmes rencontres interrégionales des langues et cultures ont débuté hier, lundi 2 juin, à Landerneau. Elles réunissent des délégués de la plupart des régions de métropole et d'outre-mer concernées par les questions de langues et de cultures régionales. Ces délégués sont venus notamment d'Alsace, du Pays basque et d'Occitanie, mais aussi de Martinique, de La Réunion et de Guyane. De nombreux délégués bretons sont évidemment présents. En tout, ce sont 50 à 60 personnes qui vont participer à ces rencontres tout au long de la semaine.
Cette manifestation a déjà été organisée en Bretagne à trois reprises. Mais c'est la première fois qu'elle se déroule en Basse-Bretagne, et plus précisément en Finistère : dans la zone traditionnelle de pratique de la langue, il sera d'autant plus question de breton.
Le thème des rencontres 2009 concerne la langue régionale ou territoriale dans la vie sociale. Le constat des organisateurs est que des politiques publiques locales ou régionales concernant les langues ont commencé à se mettre en place dans toutes sortes de domaines : éducation bilingue, signalétique, usage officiel dans les collectivités concernées, médias, etc.… Les langues régionales sont maintenant reconnues par la Constitution : mais il manque un cadre législatif.
Les participants débattent donc des politiques publiques à l'égard des langues régionales ou territoriales ou du dynamisme de la langue dans le secteur des activités culturelles. Il sera également question de l'emploi de ces langues dans la vie publique, dans les médias et dans la vie associative.

Je ne comprends pas cependant qu'aucun éclairage n'ait été fourni aux participants sur l'état actuel de la pratique du breton en Basse-Bretagne, alors que les résultats du nouveau sondage de TMO Régions publiés au printemps dernier ont permis de dresser un état des lieux renouvelé sur l'usage social de la langue et sur les représentations qui lui sont associées. Les délégués des autres régions vont donc rentrer chez eux en sachant tout sur la pratique sociale du gallois, mais sans disposer des données équivalentes sur le breton pour l'ensemble de notre région.

Le gallois : un modèle pour les langues de France ?
photoblog_brutdemer59Les organisateurs avaient en effet invité Meirion Prys Jones, Directeur de l'Office de la langue galloise, à traverser la Manche et à venir prononcer la conférence d'ouverture de ces 19èmes rencontres. Son témoignage a impressionné les participants. M. Prys Jones a signalé d'entrée que la situation du gallois a subi ces dernières années une transformation comme nulle part ailleurs en Europe : le total des galloisants s'élève aujourd'hui à 600 000 pour une population de 3 millions d'habitants au Pays de Galles. Le gallois est toujours une langue vivante alors que la pression de l'anglais est considérable. Mais il a aussitôt récusé le terme de "modèle" : "vous n'êtes pas Gallois, je ne suis pas Breton et nous ne pouvons pas faire systématiquement dans le domaine des langues ce que font les autres."
La situation au Pays de Galles est en effet bien différente. Un tiers des membres du Parlement gallois utilise la langue au quotidien. Alors que la pratique du gallois a décliné de 1961 à 1991, on a assisté à une remontée du nombre de locuteurs en 2001, la croissance la plus forte concernant la tranche d'âges des 5-14 ans : "les gens souhaitent être considérés comme galloisants". Il y a cependant très peu de secteurs géographiques où le taux de locuteurs dépasse les 40 %.
L'enseignement du gallois s'est beaucoup développé au cours de la dernière période : 52 000 élèves sont concernés dans le primaire (soir 20 % de la population scolaire) et 40 000 dans le secondaire. Dans les collèges et lycées, le pourcentage d'élèves avec le gallois comme première langue est passé de 12 à 15 % entre 1995 et 2005. Mais les 2/3 des enfants scolarisés en gallois viennent de familles qui ne sont pas elles-mêmes galloisantes. Le challenge qui se pose dès lors est de savoir si les jeunes vont réellement adopter ce qui est au départ pour eux une langue d'apprentissage comme langue d'échange à l'école et en dehors de l'école : quelle stratégie de la séduction est-il possible de mettre en œuvre de ce point de vue auprès des jeunes ?
Le gallois est cependant confronté à un paradoxe : alors que le nombre de galloisants est à nouveau en augmentation, on observe une réduction des usages de la langue au quotidien. Pour M. Prys Jones, c'est l'un des défis majeurs pour l'avenir. Il faut selon lui :
1.    procéder par petites étapes
2.    changer les comportements
3.    rendre la langue séduisante.
La question a été posée à Meirion Prys Jones de savoir si le gallois est un critère d'embauche dans les entreprises, il répond que le français ou l'anglais le sont, mais pas le gallois. Sauf, bien entendu, dans le secteur de l'éducation.
Quand on lui demande si le gallois est sauvé, il répond fortement "no" ! Mais dit-il, le gallois "n'est plus un ballon de foot politique entre les formations politiques" : il y a un consensus au Pays de Galles en matière de politique linguistique et pour son financement.

Voir également sur ce blog l'album photos de la première journée des rencontres, à Landerneau.

02 novembre 2009

Romans et nouvelles en breton : du neuf

photoblog_brutdemer57"Il ne semble pas que le milieu bretonnant soit très friand de littérature bretonnante" : vrai ou faux ? C'est en tout cas un libraire spécialisé qui le dit, dans une interview publiée dans le catalogue du Festival du livre de Carhaix (voir message précédent). Gilles Turlan tient la librairie "Lenn ha dilenn" à Vannes, et son fonds est constitué essentiellement de livres ayant trait au domaine breton. Mais, dit-il, son rayon de livres en langue bretonne fonctionne quand même "assez bien".
Parmi les livres parus en breton cet automne, il y a au moins deux que la presse a remarqués.

Attila e Cabrita
Le premier s'intitule "Attila e Cabrita" (traduction française : Attila à Cabrita). L'auteur, Jean-Christophe Bozec, avait déjà publié il y a deux ans un premier roman qui avait beaucoup plu, sous le titre provocateur de "Seks ha fars" (pastiche du célèbre "kig ha fars" léonard).
Son nouveau roman raconte comment un jeune Breton de 32 ans, étudiant attardé, devient en un rien de temps Ministre du Tourisme dans la petite île de Cabrita, au sud de l'Europe. Pour développer l'économie locale, le nouveau Ministre veut faire de cette île ensoleillée un nouveau pays aussi celtique qu'écologique.
Le journal "Ya !" (n° 227) a beaucoup apprécié l'humour dont fait preuve J.C. Bozec : "deux cents pages de bonheur, de plaisanteries, de critique plus ou moins acerbe de la société actuelle, de la politique et des élus, ainsi que des relations sociales entre générations". À Cabrita, les initiatives du jeune Ministre breton qui a réponse à tout se heurtent bientôt à de nombreux obstacles : l'occasion pour l'auteur de brocarder sans hésiter ceux qui se réclament d'une pseudo-identité celtique ou qui surfent trop aisément sur la vague écolo du moment. Selon le journaliste de "Ya !", le roman de J.C. Bozec est très agréable et de lecture très aisée et devrait séduire les bretonnants "par son sujet, comme par son ton et la langue utilisée".

Yann Gerven
Yann Gerven est un écrivain de langue bretonne reconnu et il a déjà plusieurs romans à son actif. Il vient de publier "Cheeseburger ha yod silet" (traduction : Cheeseburger et bouille d'avoine). Christian Le Meut en fait une critique très positive dans la page bretonne du Télégramme, le jeudi. Je note en passant que le journal a pris l'initiative de demander à un journaliste de sa rédaction de rendre compte dorénavant des nouveautés de l'édition en langue bretonne. C. Le Meut est lui-même bretonnant (et tient d'ailleurs un blog bilingue sous l'intitulé "rezore") : c'est quand même plus facile de parler de livres bretons quand on connaît la langue.
Et que dit C. Le Meut du livre de Yann Gerven dans sa première chronique ? "Certaines nouvelles, dit-il, sont cruelles et dures, beaucoup sont drôles. Yann Gerven porte un regard à la fois tendre, humain et caustique sur ses personnages et la société dans laquelle ils vivent." Le journaliste incite donc ses lecteurs à découvrir "un écrivain qui a un vrai style et un vrai univers". Ce qui est vrai.
Si je suis bien informé, ces deux auteurs seront les invités de Corinne ar Mero dans l’émission “Red an amzer” sur France 3, dimanche prochain, 8 novembre.

Henri Dorsel
Dans Armor Magazine, Garmenig Ihuellou revient sur un autre recueil de nouvelles, paru il y a déjà plus d’un an (mais pour l’auteur comme pour l’éditeur, cela n'est pas forcément sans intérêt, puisqu'un compte-rendu décalé dans le temps permet d'augmenter la durée de vie d'un livre, qui a par ailleurs déjà été primé lors des Priziou). Il s’agit de “Mervel eul lunvez” (Mourir un lundi) de Henri Dorsel. G. Ihuellou a apprécié la cruauté et l’ironie de ces nouvelles, en particulier celle intitulée “Ar Garrigell” (La brouette), qui se présente comme l’analyse d’un accident.

Tous ces articles et cette émission de télé (sans parler des radios) vont-ils rendre les bretonnants plus "friands" de littérature en leur langue ? Ce serait épatant, et il n'y a pas que les libraires qui en seraient tout contents. Mais…

Le roman de Jean-Christophe Bozec, "Attila e Cabrita" et les nouvelles de Henri Dorsel “Mervel eul lunvez” sont publiés aux éditions Emgleo Breiz.
Celui de Yann Gerven, "Cheeseburger ha yod silet", est paru aux édtions Al Liamm.

Le blog de Christian Le Meut : http://rezore.blogspirit.com/

01 novembre 2009

Retour sur un festival du livre

bezin_goa_v_24Le Festival du Livre de Carhaix, c’était il y a une semaine. Les organisateurs ont l’air contents : ils annoncent 12 000 visiteurs en deux jours.

Hervé Bellec et les rebelles
Hervé Bellec, qui présidait ce 20e Festival, s’en est très bien tiré. Dans son allocation d’ouverture, il a évoqué les cercles concentriques qui ont forgé sa personnalité d’écrivain. Le premier, dit-il, est celui de son enfance. Le second c’est "l’école et l'apprentissage du français avec les auteurs majeurs de langue française", mais aussi la découverte du monde grâce à la géographie : "à gauche, sur la carte, j'avais San Francisco, à droite Vladivostock".
Le 3e cercle enfin a été celui de la culture qu'il s'est choisie lui-même : ses auteurs de référence sont Bob Dylan, Léonard Cohen et Jack Kerouac, mais il a aussi parlé de Youenn Gwernig et de Georges Perros : "des gens rebelles, et il faut l'être un peu quand on écrit".

Un nouveau prix en 2010
Le catalogue présente un article de Yann Goasdoué sur le livre breton et son marché. Il s'agit en réalité d'un vagabondage, présenté sous la forme d'une chronologie qui va de 1905 à 2008 : utile, mais on peut y repérer des lacunes ou des erreurs. Le même auteur propose en outre sa sélection des livres bretons du siècle : quelques œuvres en breton sont signalées.
Envel Kervoas publie en quatre pages une synthèse sur 30 ans de littérature enfantine en langue bretonne.
Depuis dix ans, la Ville de Carhaix décerne son prix du roman à l'occasion du Festival : cette année, il a été attribué à Tanguy Viel pour son "Paris-Brest" (aux éditions de Minuit). Le maire, Christian Troadec, a annoncé que sa Ville remettrait en outre à compter de l'an prochain un prix de la nouvelle en langue bretonne, qui sera également doté de 1 500 €. Il est un peu dommage que ce nouveau prix ne concerne pas également le roman en langue bretonne : il s'en publie désormais plusieurs chaque année. Mais il est certain que l'écriture d'une nouvelle sera plus accessible à beaucoup : le prix est d'ailleurs présenté comme une incitation à l'écriture en breton. Avis aux intéressés.

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29 octobre 2009

Du noir et du blanc

bezin_goa_v_21Un ami, qui a deux tableaux de lui en vis-à-vis dans sa salle, m’avait signalé sa migration de Rennes vers l’ouest. Jacques Guichebard s’est installé aux abords de l’Aber-Ildut, et c’est sans doute la première fois qu’il expose à Brest, dans un lieu très accessible puisqu’il s’agit de la librairie Dialogues. J’ai vu l’exposition ce matin. Les têtes de poisson, sur fond blanc, alternent avec des tableaux plutôt noirs, qui s’apparentent d’une certaine manière à ceux que je connaissais déjà.
Jacques Guichebard se pose une question existentielle à laquelle j’avoue que je n’avais jamais pensé : l’œil du poisson voit-il celui de l’homme lorsqu’il atterrit sur le pont du bateau, pour mourir ? Au premier regard, j’avais l’impression que ses têtes de poisson se ressemblaient toutes : elles sont dessinées au trait, toutes en longueur, et le fait qu’on ne voit jamais le poisson – c’est du lieu jaune, si je ne m’abuse – en son entier en accentue l’effet saisissant. Les têtes sont donc toutes différentes. Un peu tristes sans doute. Le peintre a l’œil.
Les tableaux noirs, qui vont du petit carré au grand format, ont été peints à la suite d’un séjour de Jacques Guichebard à Rome. Il y a visité les catacombes. Ses tableaux ne sont pas tout noirs, comme ceux de Soulages. Soulages lui-même, tout peintre du noir qu’il soit, disait ces derniers jours à l’occasion de l’exposition qui lui est consacrée en ce moment au Centre Pompidou que la lumière est d’une richesse inimaginable.
Je n’ai sans doute vu qu’une fois ou deux des tableaux de Soulages. Ceux que Jacques Guichebard expose à Dialogues intègrent un ou plusieurs visages d’un jaune sombre, émacié, qui se fond lui-même dans le noir. Est-ce ainsi que sont ceux qu’on voit dans les catacombes de Rome ? On dirait des têtes de momie, encore que les momies égyptiennes que j’ai vues à Londres n’ont pas du tout cette couleur argileuse. Les tableaux noirs et les visages terreux de Guichebard seraient-ils un reflet de nos inquiétudes dans le monde tel qu’il est ? Il y a en même temps en eux une forme d’éternité. C’est sans doute pour mieux nous questionner ?
Jacques Guichebard, à la Librairie Dialogues, à Brest, pour quelques jours encore, jusque fin octobre.

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