Le blog "Langue bretonne"

17 avril 2015

Disparition de Dewi Jones : un ami gallois de la Bretagne

Jones Dewi-7

Dewi Morris Jones est décédé mercredi 15 avril au Pays de Galles : il est bien connu en Bretagne, puisqu'il y a séjourné pendant une dizaine d'années, autour des années 1970 : il y était venu comme assistant de gallois à la jeune Faculté des Lettres de Brest. Originaire d'Aberystwyth, sur la côte ouest du Pays de Galles, il était quadrilingue : outre le gallois et l'anglais, il maîtrisait aussi très bien le breton et le français. Ces dernières années, il avait publié quelques contributions dans la revue en langue bretonne Brud Nevez.

Il avait également entamé des recherches sur l'histoire du protestantisme en Bretagne. En compagnie de l'écrivain Mikael Madeg, il avait traduit en gallois une anthologie de la littérature bretonne contemporaine parue sous le titre "Du a Gwyn", que tous les bretonnants peuvent comprendre aisément puisqu'il s'agit de "du ha gwenn", autrement dit "blanc et noir".

Lorsqu'il est retourné dans son pays, il a été recruté en 1974 par Cyngor Llyfrau Cymru, autrement dit le Welsh Books Council, le Conseil gallois du livre, dont il sera ensuite le directeur éditorial pendant 19 ans, jusqu'à son départ à la retraite en 2006. Il est reconnu dans son pays comme ayant apporté une contribution décisive au secteur de l'édition dans une période de mutations accélérées.

Dewi Jones avait conservé un solide réseau d'amitiés en Bretagne où il revenait très souvent. Comme il faisait partie du chœur d'hommes de la commune de Tregaron, tout près d'Aberystwyth, laquelle est jumelée avec celle de Plouvien, dans le pays de Brest, il y venait au moins une fois par an pour un concert de la chorale.

Dewi était un homme de fortes convictions galloises. D'agréable compagnie, il pouvait être tour à tour très concentré quand il le fallait ou d'une belle humeur enjouée. L'abbé Jo Irien a prévu de célèbrer la messe de demain soir, samedi, à son intention en la chapelle de Minihi Levenez, en Tréflévenez.

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26 mars 2015

Offre d’emploi : urgent

La société de production JPL Films, qui produit notamment l’émission jeunesse en langue bretonne "Mouchig-dall" pour France 3 Bretagne, recherche un(e) secrétaire/standardiste.

Le poste requiert le sens de l'organisation et de l'initiative et la connaissance du breton, ainsi que, si possible, celle du milieu de l'audiovisuel. Expérience souhaitée en matière de suivi de projets. Nécessité de disposer d'un véhicule.

Poste à pourvoir à Rennes, dès recrutement et jusqu'en octobre 2015.

Contact : mael(arobase)jplfilms(point)com

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24 mars 2015

Une vision étriquée ? C’est celui qui le dit qui l’a

Rozmor par Lannuzel Tgr 2015 03 15

La seule réaction publiée dans l’espace lecteurs du Télégramme, le 15 mars dernier, à l’annonce du décès de la poétesse Naig Rozmor, est celle d’un certain François Lannuzel. Est-ce un pseudo ? Peut-être pas : il y a une dizaine de personnes portant ce patronyme dans le Finistère et un ou deux autres en Bretagne.

Toujours est-il que François Lannuzel poste volontiers sur le site du Télégramme (et sans doute ailleurs, je n’ai pas pris le temps de vérifier) des commentaires sur tout et sur rien. On le reconnaît facilement à son avatar : la bonne bouille grassouillette d’un dictateur nord-coréen, dont on ne sait s’il l’a adoptée par adhésion ou par dérision.

Qu’écrit donc François Lannuzel à propos de Naig Rozmor ? Eu égard à la vérité et à la qualité esthétique qu'elle a visé à exprimer tout au long de son œuvre, il énonce, ma foi, un précepte qui la caractérise parfaitement : "l'art, le vrai, largue les amarres et part au large, là où personne n'est encore allé."

Par les thématiques dont elle a osé traiter dans sa poésie comme dans son théâtre, par le style tantôt acerbe, tantôt paisible qu'elle s'est forgé, par le travail d'écriture auquel elle s'est astreinte, par sa bonne humeur et son rire aussi corrosif que contagieux, Naig Rozmor a effectivement su franchir les frontières, défier les institutions et les croyances établies, et contester bien des idées reçues, au risque de déplaire – et ça lui est arrivé. Mais c'est aussi cela qui lui a fait trouver un public. Ses lecteurs l'ont lue, ses spectateurs et ses auditeurs l'ont entendue, nombreux sont ceux qui ont adhéré à son propos. Assez rares sont les auteurs de théâtre dont les pièces donnent lieu à une cinquantaine de représentations, comme ce fut le cas de sa pièce "Ar mestr".

Larguer les amarres ?

Naig Rozmor a choisi de s'exprimer préférentiellement en breton ? François Lannuzel est assez astucieux pour ne pas l'accabler directement de ce reproche, mais on le sent bien en filigrane de son propos. Le biais qu'il a dès lors retenu pour tenter de la disqualifier est celui du localisme. Mais le simple fait d'écrire, même dans une langue de grande diffusion, ne vaut pas reconnaissance universelle. Écrire a fortiori dans une langue de moindre diffusion n'est pas automatiquement signe d'inanité.

François Lannuzel, dans sa magnanimité, voudrait accabler Naig Rozmor de petitesse : les prix littéraires qui lui ont été attribués ne seraient que "de petites récompenses locales très spécialisées" ? Peu d'auteurs, c'est vrai, obtiennent le prix Nobel de littérature, le Goncourt, le Pulitzer ou le Georg-Büchner-Preis, le grand prix des lecteurs du Télégramme… Je crois même qu'il n'y a qu'un seul lauréat chaque année pour chaque prix. Et le commentateur persévère, usant et abusant à l'égard de l'écrivaine de termes intentionnellement dépréciatifs :

  • "la petite région où elle a intégralement passé sa vie" : c'est faux
  • "l'éloge sans fin de son quartier" : c'est encore faux
  • "rester éternellement jouer autour de sa maison" : c'est tout à fait inexact
  • la seule "reconnaissance du voisinage" : c'est de la mauvaise foi.

De toute évidence, François Lannuzel n'a que des préjugés. Les idées reçues, il connaît. Il paraît tout ignorer de la vie de Naig Rozmor, n'avoir rien lu de ses écrits, n'avoir assisté à aucune représentation de son théâtre. Il ne se doute même pas que l'on peut écrire de très belles choses en breton. Certes, tout ce qui s'écrit en breton n'est pas chef-d'œuvre, en français non plus d'ailleurs. Peut-être le talent imposerait-il de n'écrire qu'en coréen ? En l'occurrence, c'est lui qui atteste d'un champ de vision étriqué et limité. Vouloir larguer les amarres quand on ne sait pas naviguer sans carte ni boussole est toujours un peu risqué.

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23 mars 2015

La disparition de l'écrivaine Naig Rozmor

Quelque 200 personnes ont assisté, mardi 17 mars, aux obsèques de l’écrivaine Naig Rozmor à Saint-Pol-de-Léon.

  • Je reproduis ci-dessous le texte que j’ai diffusé à l’occasion de son décès en compagnie de Marie Kermarec.
  • Ti ar Vro Leon bouscule le programme de ses causeries et donne rendez-vous demain, mardi 24 mars, pour une discussion en hommage à Naïg Rozmor. Tous les amis qui l'ont côtoyée sont invités à partager ce moment. Cela se passera à partir de 20 heures, au pub Chez Tom à Lesneven.
  • L’hebdomadaire Ya ! doit publier dans son édition de mercredi une page spéciale de témoignages à partir des nombreuses prises de parole intervenues lors des obsèques.
  • Les éditions Emgleo Breiz ont d’ores et déjà annoncé la prochaine parution d’une anthologie de sa poésie.

Rozmor Naig-1

L’auteure d’une œuvre

Une personnalité remarquable, l'écrivaine Naig Rozmor, vient de nous quitter dans sa 92e année. Elle était née en 1923 à St-Pol-de-Léon, et le breton était sa langue première. C'est dans les années 1970 qu'elle avait ressenti le besoin d'apprendre à écrire le breton, et elle avait suivi pour cela les cours par correspondance de Visant Seité, ce qui va déterminer le nouveau cours de sa vie : elle écrit certes en français, mais elle devient surtout une écrivaine de langue bretonne.

Son premier livre, en 1977, est un recueil de poèmes publiée par Brud Nevez : "Karantez ha karantez" (Amour et amour), et il fut une énorme surprise. D'une tonalité novatrice dans la littérature bretonne, elle osait y exprimer ses sentiments et exalter le plaisir, sans hypocrisie. Naig Rozmor a toujours témoigné dans ses écrits d'une grande sensibilité et d'une inspiration  qui ne relevaient surtout pas du registre de la nostalgie.

Dans "Ar mestr" (Le maître), elle dénonçait le comportement d'un clergé lénoard pas toujours accomodant : ses parents agriculteurs avaient été expulsés de leur ferme par le prêtre qui en était le propriétaire. Interprétée une cinquantaine de fois sur scène par la troupe Ar Vro Bagan, la pièce a été enregistrée pour France 3, ce qui représente un succès peu courant, non seulement en raison du thème qu'elle abordait – dont le souvenir était encore très vif dans la mémoire populaire –, mais aussi parce que le breton de Naig Rozmor est de qualité, expressif et populaire, et dès lors accessible tant à ceux qui la lisent qu'à ceux qui l'entendent. Elle joua elle-même dans "Ar mestr", et ce ne fut pas son seul rôle au théâtre.

En poésie, elle s'est signalée non seulement par ses recueils personnels, dont "Evel eun tantad" (Comme un feu de joie), mais aussi par ses traductions ou adaptations, notamment de Rabindranath Tagore, Gérard Le Gouic et Jean-Paul Kermarrec. Elle a également collaboré avec le Polonais Jerzy Wielunski à un recueil unique de poèmes du monde entier, paru en version bretonne et en version française sous le titre de "Mondo cane" (Un monde de chiens).

On peut dire de Naig Rozmor qu'elle est véritablement l'auteure d'une œuvre en langue bretonne, qui témoigne de son empathie avec les humains et singulièrement avec ceux qui se trouvent dans la peine. Elle a su s'appuyer sur son vécu personnel pour s'inscrire pleinement dans la modernité et transmettre une émotion. En tant qu'auteure et en tant que femme, elle marque une forme de rupture dans la littérature bretonne contemporaine.

La plupart des ouvrages et des écrits de Naig Rozmor ont été édités par Emgleo Breiz et par Brud Nevez.

  • Fañch Broudic, président de Emgleo Breiz
  • Marie Kermarec, directrice de Brud Nevez

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10 février 2015

Le breton chez Larousse : le baragouin s'en est allé

Larousse mini Breton b

Quelle affaire ! Je vous avais bien dit qu'il serait collector. "Le breton dans votre poche" ne sera pas resté bien longtemps en librairie. Alors qu'il n'y était que depuis le 21 janvier, Le Télégramme annonce ce matin que le dictionnaire vient d'être retiré de la vente. Trois petites semaines, et puis s'en va…

Il suffit de se rendre sur le site de Larousse, à la page sur laquelle il figurait jusqu'à présent : le message qui s'affiche est tout simplement :

  • Vous n'êtes pas autorisé(e) à accéder à cette page.

Et de toute évidence, ce n'est pas le travail d'un hacker. En cherchant bien, vous trouverez encore cinq titres de la même collection : le grec ancien, le latin, le chinois, le russe et le japonais. Le breton n'y est plus. Vu le reuz qu'avait suscité le titre "breton", Larousse n'avait plus le choix.

Sur le site du Figaro, Jean-René Bonnissent, présenté comme l'auteur du guide, semble surpris de la polémique : "j'écris dans ce guide comme je parle dans la vie de tous les jours", dit-il. Sans rire. On se demande bien où et comment fait-il pour se débrouiller dans toutes les situations en un breton comme celui-là, et à qui peut-il bien s'adresser. Il ajoute que "ce n'est pas un manuel pédagogique pour les bretonnants [on s'en doutait], mais un petit guide qui s'adresse à des non-initiés" : est-ce à dire, M. Bonnissent, que l'on peut donner à apprendre n'importe quel baragouin sous prétexte de breton ?

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Sur le même site, Hervé Sébille-Kernaudour, qui vient d'être promu brittophone de l'année 2015, considère pour sa part que "c'est un scandale absolu de consacrer de l'argent à l'édition et à la diffusion d'un torchon pareil". Soit, mais il ne s'agit pas d'argent public. Avec les moyens dont il dispose, Larousse peut investir comme il veut, publier ce qu'il veut et prendre les risques qu'il veut, même celui d'un breton parfaitement incorrect. Avec "Le breton dans la poche", il a juste pris le risque d'un flop auquel il ne s'attendait sûrement pas, et celui de compromettre (un petit peu) sa réputation. Il devrait s'en remettre.

D'autant qu'il a décidé, c'est fait, de faire appel à l'Oplb - et non pas l'Opab, comme l'écrit à répétition le Télégramme ce matin. Soit donc l'Office public de la langue bretonne. Premiers diagnostics du dit Office : il va falloir presque tout réécrire – on s'en doutait (bis repetita). Et ça va prendre du temps. Tant que ça, vraiment ? Tout dépend jusqu'où devrait aller l'entreprise de rectification. Le "caricourt guétaise" de la page 70 est-il vraiment un plat breton ? Et ne mange-t-on pas autre chose que du "kigafaz" et des "pizerame" en Bretagne ? 

07 février 2015

Le breton chez Larousse : c'est raté

Larousse mini Breton041

1 000 mots pour se débrouiller dans toutes les situations : c’est ce qu’annonce fièrement un mini Larousse qui vient de paraître sous un titre tout aussi accrocheur : Le breton dans votre poche. Le concept est plutôt sympa et la réalisation graphique de bonne facture. Un assez joli petit livre, sous belle couverture cartonnée et pour un prix dérisoire.

La photo de couverture, par contre, fait cliché. Ça encore, ce n'est pas trop grave. Le contenu, c'est pire et c’est raté. Je dirais même plus : c'est tout à fait raté. Pas étonnant que ça fasse du reuz (le buzz en breton) : il n’y a quasiment aucune page sans bourde.

  • Question d'accent (p. 5) : soi-disant les mots commençant par sant, comme Sant Brieg (Saint-Brieuc) prennent eux l’accent sur Sant > je n’ai pas l’impression…
  • Néologie (p. 6) : le terme proposé pour l’e-mail est ar malad > je ne l’avais pas encore rencontré
  • Syntaxe (p. 7) : hir vlev am eus : j’ai les cheveux longs > l’adjectif se place généralement après le substantif ; On devrait donc avoir : blev hir
  • Nuance (p. 8) : lunedigoù, ce sont de petites lunettes, au lieu de lunedou pour lunettes
  • Pur charabia (p. 10) : peseurt teodoù komz out ? déjà signalé par Christian Le Meut dans Le Télégramme : Larousse confond la langue qu'on a dans la bouche et celle qu'on parle (en breton ce ne sont pas des homonymes).
  • Nombres (p. 11) : tri vugale au lieu de tri vugel (trois enfants) : le substantif reste au singulier après le nombre.
  • Articles (p. 13) : confusion entre l'article défini an et l'indéfini eun (ou un), entre l'article indéfini "eun" ou "un" et le nombre "unan"
  • Confusion (p. 13) : Pour traduire "Elle est en congé de maternité", on propose : Ehan mammelezh he deus graet. Ça fait assez bizarre, parce que si on retraduit ce breton en français, cela donne : "Je fais congé de maternité !"
  • Néologie approximative (p. 15) : naturionez > terme non attesté supposé traduire [la] physique, alors que la racine natur laisse entendre qu'il s'agirait de sciences naturelles.
  • Jolie coquille (p. 30) : "kigellerezh" (avec la racine "kig", viande) au lieu de "kizellerezh", sculpture. Ce n'est pas tout à fait la même chose.
  • La totale ou la complèe, comme on voudra (p. 31) : la plupart des exemples de cette page pour dire "j'aime, je n'aime pas" sont fautifs.

C'est fou le nombre d'incongruités, de termes inappropriés, de phrases bancales, de désinences incorrectes, d'erreurs de syntaxe, d'inventions maladroites, de fautes d'accord, de confusions lexicales, de mutations erronées… Les expressions soi-disant indispensables sont plutôt grotesques…

Et je ne parle pas de la forme très particulière de transcription phonétique qui est proposée sous chaque expression bretonne et qui pourrait aisément ridiculiser celui qui tenterait de la reproduire à l’identique. Se débrouiller avec ce breton-là ? Mission impossible.

  • Il y a quand même une exception. Page 73, on découvre l'expression "d'am sonj ez eus eur fazi". Traduction : "Je pense qu'il y a une erreur". En fait, vous l'avez compris : il y en a bien plus d'une. Donc, à ne pas mettre entre toutes les mains.

Tout le monde crierait au scandale si quelque part était édité un manuel de français du même acabit. Il est assez incroyable que Larousse n'ait pas cherché un bretonnant compétent pour écrire ce mini-dictionnaire. On ne manque pas par ailleurs d'enseignants, d'auteurs, d'écrivains ou d'universitaires qui auraient pu donner (ou en l'occurrence refuser) leur imprimatur. Aux dernières nouvelles, l'Office aurait été saisi.

C'est un peu tard, puisque l'ouvrage est en librairie. On verra bien s'il y aura une nouvelle édition et à quoi elle ressemblera. J'espère que dans la même collection le grec ancien, le japonais ou encore le basque sont mieux faits.

Comme je l'ai expliqué dans l'interview que m'a demandée Valentine Boucq pour Tébéo, son seul intérêt pour l'instant est d'être collector. Le reportage est passé dans le journal de 19 h 30 de la chaîne locale jeudi dernier. Mais pour des raisons techniques, il n'est pas possible (momentanément ?) de revoir les journaux en replay depuis le 28 janvier.

Posté par Fanch Broudic à 23:32 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
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