On savait la Bretagne à gauche, mais on ne se doutait pas qu'elle pouvait l'être encore plus et elle l'est plus nettement que la France dans son ensemble : 31,74 % des électeurs bretons ont voté pour François Hollande, bien plus qu'ils ne l'avaient fait en 2007 pour Ségolène Royal. Mais 11,01 % ont aussi voté pour Jean-Luc Mélenchon et 2,95 % pour Éva Joly.
Hollande arrive en tête dans tous les départements de la région, y compris pour la première fois dans le Morbihan ! La différence par rapport à Nicolas Sarkozy est minime : 0,19 % seulement, mais elle est là.
Les villes ont également plébiscité le candidat socialiste : Rennes et Morlaix à près de 40 %, Brest, Quimper et Lannion à plus de 37 %, Saint-Malo, Dinan et Vannes à plus de 31 %.

Le Président sortant,  dans toute la Bretagne, est relégué à  6,09 % derrière le candidat socialiste. En votant globalement comme toute la moitié ouest de la France, la Bretagne penche à gauche, quand la moitié est se situe nettement à droite, voire à l'extrême-droite.
Marine Le Pen, en Bretagne aussi, se pointe à la 3e place, car elle double le score du FN par rapport à 2007. Il n'est plus possible de dire comme on l'a trop facilement écrit depuis plusieurs années que la Bretagne serait en quelque sorte par nature rétive aux thèses du Front National. Il y a eu là comme un déclic.

La carte qu'a publiée Le Télégramme ce matin est impressionnante. Elle indique par canton le candidat arrivé en tête. La droite "classique" représentée par Nicolas Sarkozy ne tient plus que deux zones de taille moyenne dans l'est de la Bretagne : de Ploërmel à Auray et de Cancale à La Guerche-de-Bretagne, en passant par Fougères et Vitré. Il faut y ajouter quelques cantons du Finistère (Plouescat, Ploudalmézeau, Crozon…) presque noyés dans la marée rose.

Les cartes publiées par Ouest-France sont plus détaillées, puisqu'elles présentent les résultats de six candidats en fonction de leur score :

  • F. Hollande obtient le plus de voix sur un axe Brest-Rennes au nord et sur un autre axe Brest-Quimper à l'ouest. J.-L. Mélenchon fait plus de 12 % dans les anciens bastions communistes : le Trégor costarmoricain et finistérien et le Centre Bretagne.
  • N. Sarkozy ne tient plus que trois zones fortes : le Léon littoral, l'est du Morbihan et l'est de l'Ille-et-Vilaine. La carte de M. Le Pen ne se superpose pas exactement à la sienne : elle fait ses meilleurs scores dans le Morbihan intérieur et dans le sud-ouest de l'Ille-et-Vilaine. Ce n'est pourtant pas là que les problèmes liés à l'immigration paraissent les plus virulents.
  • Les votes en faveur de F. Bayrou sont beaucoup plus dispersés : il garde quelques places fortes (résiduelles ?) dans le Léon intérieur et dans le Porzay, ainsi que dans le bassin de Rennes vers Vitré. Ceux en faveur d'E. Joly le sont encore plus : ses meilleurs résultats (tout à fait relatifs, soit dit en passant) se situent à l'ouest de Quimper, au sud de Brest et autour de Rennes.

À suivre, bien évidemment. Mais on perçoit nettement dans le vote d'hier quelques constantes par rapport à l'histoire.