Bernez Boulc'h - 1

Il y avait une petite foule, hier matin, au centre funéraire de Lesneven. Toute la Bretagne militante s'est retrouvée autour de son cercueil et autour de sa famille : un candidat à la Présidence de la République, des élus locaux, des Bonnets rouges, des adhérents ou sympathisants de diverses mouvances de l'Emzao, de simples Bretons, des voisins, des chanteurs et des musiciens, des amis…

Bernez Boulc'h vient de décéder subitement, à l'âge de 55 ans. Il était né à Brest en 1962. Dans son enfance, il se rendait bien compte qu'on parlait breton chez ses grands-parents du côté de Plouguerneau, alors qu'il ne connaissait lui-même que le français, mais ça ne l'avait pas particulièrement frappé. Si ce n'est qu'au cours de son adolescence, il se passionne pour l'histoire des Indiens d'Amérique au point de vouloir tout savoir sur les tribus et les nations amérindiennes et leurs combats. Jusqu'au jour où il comprend que celle des Bretons ne diffère peut-être pas de celle des Indiens. À compter de ce moment, la Bretagne et la langue bretonne deviennent sa passion, radicalement.

Au début des années 1980, il milite au sein d'un parti indépendantiste et libertaire, puis fait partie des insoumis qui refusent alors en tant que nationalistes bretons d'effectuer leur service militaire dans l'armée française. Il est condamné à 16 mois de prison pour insoumission, qu'il mettra à profit pour apprendre le breton. À sa libération, il devient libraire disquaire dans le sillage du Quimpérois Gweltaz ar Fur et il tiendra pendant une quinzaine d'années la librairie Ar Bed Keltiek [Le monde celtique], sous les arcades du Quartz, à Brest, et c'est là que je l'ai connu. La librairie fermera quelque mois après son départ.

Un bonnet rouge sur le gwenn ha du

Quand il découvre internet vers 1996, Bernez Boulc'h s'investit totalement pour ce nouvel outil. Il devient webmaster, fait de la veille informatique et du référencement, conçoit des sites marchands pour la vente de livres et de produits bretons, et gère le site Breizh.net qui vise à promouvoir le breton sur internet et par internet. Quelques années plus tard, Brest Business School le recrutera comme formateur en e-commerce et en e-marketing. Il bifurque en 2004 pour suivre une formation en école de pêche. Il venait de démarrer tout récemment une nouvelle carrière au sein de l'organisme de formation à la langue bretonne Stumdi à Landerneau.

  • Lors de sa prise de parole lors des obsèques et avant de déposer symboliquement un bonnet rouge sur son cercueil recouvert du gwenn ha du, André Lavanant a souligné combien Bernez Boulc'h était quelqu'un de carré. À ses yeux, a-t-il expliqué, "la Bretagne n'était pas négociable" : il admettait que l'on puisse certes ménager des étapes, mais d'après lui, les trois termes qui résument son engagement breton et le but de sa vie étaient tout simplement : liberté, responsabilité, indépendance. En breton : frankiz, kiriegez, dizalhidigez.

Bernez Boulc'h-4

En 2013, Bernez Boulc'h avait effectivement mis ses compétences informatiques au service de la révolte des Bonnets rouges et du collectif "Vivre, décider et travailler en Bretagne", ainsi que pour divers mouvements politiques. Il s'était impliqué pour l'organisation des manifestations de Quimper et de Carhaix. Maîtrisant les outils de la démocratie participative, il avait pris une part déterminante à la collecte des cahiers de doléances des Bonnets rouges ainsi qu'à la rédaction de la synthèse de leurs revendications.

Outre celle de la Bretagne, Bernez Boulc'h avait assurément quelques autres passions, les sports de combat, les randonnées à moto… Tout aussi affable que discret, ferme et constant dans ses choix et dans ses convictions, il n'apparaissait que rarement au premier plan. Mais il a fortement contribué depuis la fin du XXe siècle à la présence de revendications bretonnes et de diverses autres initiatives sur internet. Adhérant à une forme d'immanence de la cause bretonne, il aura ainsi joué pendant une trentaine d'années un rôle-clé au service de l'idée qu'il s'était forgée de la Bretagne.

Remerciements à Sezni, Michel et Éric pour les photos.