L'Irlande n'est plus ce qu'elle était. Ou du moins elle ne correspond plus à l'idée essentialiste que s'en font les apologistes d'une Irlande irréelle, d'une Bretagne anhistorique, de rêveries celtiques fantasmées.

Que se passe-t-il donc en Irlande de si grave ou de si extraordinaire pour qu'un site connu pour ses prises de position extrémistes, racistes et souvent ordurières en vienne à s'en alarmer ? Connu ? Pas si connu que ça, à vrai dire, et bien moins fréquenté qu'il le prétendait. Les messages publiés sur le site ne sont plus lus que par quelques petites dizaines de personnes, parfois par quelques unités. L'effet de son récent déréférencement par Google serait-il passé par là ? Pas sûr. Car le site est toujours actif et n'en continue pas moins de déverser des diatribes haineuses en tout genre, comme en témoigne un post récent sur le changement annoncé de chef du gouvernement en Irlande.

Le Premier ministre actuel, Enda Kenny, vient d'annoncer sa démission. Et c'est le ministre en exercice de la Protection sociale (après avoir été ministre des Transports, puis de la Santé), Leo Varadkar, que le parti de centre droit au pouvoir (bien que minoritaire), le Fine Gael, vient de choisir pour devenir le chef du parti et qui devrait donc être désigné comme nouveau Premier ministre le 13 juin prochain par le Parlement. Il se trouve que Leo Varadkar est un médecin de 38 ans, de père indien et de mère irlandaise, et qu'il est le premier membre d'un gouvernement irlandais à avoir fait état de son homosexualité. L'Irlande, réputée pour être un pays de tradition catholique depuis des siècles, a pourtant reconnu les mariages homosexuels par referendum, il y a deux ans.

Il n'en faut pas plus pour que ce site nationaliste et d'extrême-droite, soit-disant breton, se déchaîne et le traite de "métèque du sous-continent indien" (et qu'est-ce que ç'aurait été s'il avait été – comme le maire de Londres - de confession musulmane). L'Irlande est dès lors présentée comme une nation "dégénérée" et Dublin comme "un ghetto africain" (et je ne reproduis pas le qualificatif qui suit).

L'auteur, qui sévit depuis l'étranger et que la justice de son pays a condamné à de la prison ferme à de multiples reprises pour incitation à la haine raciale et divers autres motifs, croit pouvoir en appeler aux révolutionnaires irlandais de 1916, ignorant que l'un des plus prestigieux d'entre eux était lui-même homosexuel. Xénophobie, homophobie, islamophobie, confusionnisme à tous les étages, il n'y a que ça dans l'horrible galimatias que produit ce site sous couvert de proximité bretonne avec un autre pays celtique.

Pour en savoir plus : Nationalisme breton, racisme et antisémitisme, le cas Boris Le Lay par Françoise Morvan sur le site du GRIB (Groupe information Bretagne).