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Mise à jour : 22:40

La maquette conçue en 1999 par le sculpteur Pierre Toulhoat en mémoire de son ami Pierre-Jakez Hélias, décédé quatre ans plus tôt, a failli ne jamais être transformée. Pendant des années ni la ville de Quimper ni que ce soit, personne n'a validé le projet. Jusqu'à ce que Jakez Bernard, président d'une discrète association dénommée "Biskoaz kemend-all" [Incroyable], mais président également à ce moment du puissant lobby "Produit en Bretagne", prenne en charge le projet et réunisse les moyens et les conditions pour qu'enfin le bas-relief devienne une imposante plaque de bronze de cent kilos, de 1,20 m sur 0,80 et de 7 cm d'épaisseur. Pierre Hélias méritait bien ça.

La ténacité a payé, et l'initiative doit être saluée. L'inauguration de ce que la ville de Quimper a présenté comme une stèle s'est déroulée ce samedi matin à Quimper sous un ciel bien gris et une belle averse. Ce n'est pourtant pas exactement une stèle, puisque ce n'est pas un monument monolithe vertical. Le bronze a d'ailleurs été fixé au sol sur un granit en pente douce, au pied des remparts de Quimper, boulevard de Kerguélen.

L'ensemble a trouvé place au milieu d'un parterre de fleurs, dans le square qui porte déjà le nom de l'écrivain, à quelques pas du Musée départemental breton et non loin des flèches de la cathédrale de Quimper-Corentin. L'inauguration a été présidée par Ludovic Jolivet, maire de la ville, Jakez Bernard, et Yves Toulhoat, le fils du sculpteur. Les enfants de P.-J. Hélias, Claudette et Yves, étaient présents, ainsi de nombreux acteurs de la vie culturelle cornouaillaise et régionale.

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Mais on n'a pas entendu un mot de breton durant cette inauguration. On ne reprochera certes pas à ceux qui ne le savent pas de n'avoir rien dit en une langue qu'ils ne maîtrisent pas. Ce que je trouve malgré tout ahurissant, inimaginable, c'est que la ville de Quimper et la capitale de la Cornouaillent fassent aujourd'hui totalement l'impasse en l'occurence sur la langue bretonne, comme si elle n'existait déjà plus.

Personne n'a été invité à prendre la parole en breton, à évoquer la mémoire d'Hélias dans sa première langue, à lire un de ses poèmes, à parler en quelques mots de son œuvre. Ça s'était déjà déroulé selon le même schéma en début de semaine, lors de l'inauguration de l'esplanade Loeiz et Erwan Ropars.

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Hélias a été, certes, le rénovateur du Festival de Cornouaille et il l'a accompagné pendant des années. Mais comment donc peut-on ne pas même mentionner qu'il a aussi été écrivain, un auteur à succès, homme de théâtre, homme de radio et de télévision, en langue bretonne tout autant qu'en langue française, parfaitement bilingue ? L'oublier est une faute. La stèle imaginée par Pierre Toulhoat cite pourtant les titres de ses ouvrages dans les deux langues, non ? Douze ans après la disparition de l'un des plus populaires écrivains bretons du XXe siècle, Quimper ne sait déjà plus qu'il avait écrit : ar brezoneg eo ma bro. Le breton est ma patrie. Désolant.

J'ai eu l'opportunité de le dire directement à Ludovic Jolivet en sa mairie. La chanteuse Andrea ar Gouilh est également venue l'interpeller au même moment en lui expliquant qu'elle avait tout fait en breton à Quimper, chanter, danser, manifester, et qu'elle ne comprenait pas elle non plus que personne n'avait rien dit en breton lors de l'inauguration de la stèle à la mémoire de Pierre-Jakez Hélias. Le maire de Quimper nous a rétorqué que personne n'y avait pensé. C'est bien là le drame.

Grâce à la réalisation de Pierre Toulhoat, l'auteur du Cheval d'orgueil, de Marh al lorh, de Maner kuz [Manoir secret], de Kanadenn penn ar bed [La cantate du bout du monde] a du moins droit à une belle reconnaissance au cœur de la ville de Quimper : resterait peut-être à la valoriser par une forme de fléchage ou un petit panneau informatif, pour attirer le regard des passants qui, autrement, ne la verront pas. C'est en tout cas beaucoup mieux que la plaque apposée sur une grille de la nouvelle esplanade Loeiz et Erwan Ropars, près du théâtre Max Jacob (voir message du 17 juillet) :  elle fait vraiment "tristig", le logo de la ville de Quimper n'est même pas en couleur…

Un double du bronze de Pierre Toulhoat à la mémoire de Pierre-Jakez Hélias sera placé à l'automne sur un mur de l'école qui porte déjà son nom à Pouldreuzic.