Collectif HSLFOn me demande quelquefois où ai-je été en vacances ou ce que je fais pendant l’été. En fait, je n’ai pas beaucoup bougé, et j’ai travaillé à préparer l’édition d’une histoire sociale de France. Je commence donc par présenter ce grand projet.Il a été initié il y a plusieurs années déjà par le Professeur Georg Kremnitz, de l'Université de Vienne en Autriche, avec le concours de huit autres universitaires et chercheurs réunis dans un collectif, jouant le rôle de comité scientifique. C'est un projet d'édition ambitieux, innovant et d'actualité.
L'histoire sociale des langues est aujourd'hui, à l'évidence, l'un des champs de la sociolinguistique qui retient le plus l'attention des chercheurs. C'est vrai dans les Îles britanniques (où des histoires récentes de plusieurs langues comme l'anglais ou le gallois s'appellent "histoire sociale"), en Allemagne, en Espagne (où un livre vient d'être publié sur une histoire sociale des langues de ce pays), en Suisse (où le premier colloque de sociolinguistique historique du domaine gallo-roman a eu lieu en juin 2007 à l'Université de Neuchâtel), etc.
En France aussi, les situations de plurilinguisme ont fait l'objet ces dernières années d'une activité croissante de recherche sociolinguistique, que ce soit sur les langues régionales, celles des populations issues de l'immigration, celles de l'outre-mer, ainsi que les langues d'apprentissage scolaire. Ce n'est pas sans raison.
Car la France découvre son plurilinguisme :

  • En 1999, le rapport Cerquiglini établit une liste de 75 langues parlées sur tout le territoire de la France, y compris les DOM-TOM.
  • Suite au dernier recensement général de la population effectué la même année, les travaux de l'INSEE et de l'INED révèlent que l'on parle environ 400 langues différentes sur le seul territoire métropolitain.

Pourquoi une histoire sociale ?
Voici ce qu'en dit le Professeur Kremnitz :

  • "Je pense, écrit-il, que d'une part ce terme s'emploie internationalement. D'autre part, il s'agit d'autre chose qu'une simple évocation des données sociolinguistiques des langues à travers l'histoire : il s'agit de donner à voir - dans la mesure du possible - une architecture très complexe de la communication dans son évolution (ou faudrait-il dire : des communications ?). Y rentrent non seulement les formes de l'emploi et du travail sur les langues, mais également les discours et les appréciations, les consciences linguistiques des locuteurs, etc.
  • Ce que nous devons essayer, c'est la description d'une communication multiple, sous des conditions historiques qui changent et avec une complexité des rapports qui augmente au fur et à mesure, à partir d'un État précis. Il s'agit donc de ne pas faire un ensemble de monographies d'histoire sociale de telle ou telle langue, mais de dégager les termes d'une communication plus complexe : de faire voir l'ensemble des réseaux communicatifs qui s'établissent sur un territoire donné. Je pense que dans ce sens nous pourrons dépasser ce qui a été fait jusqu'à présent. Je propose pour cette tâche le terme d'"histoire sociale", à défaut d'un autre qui pourrait se révéler plus adéquat".

Plus de 80 contributions
Le projet d'une Histoire sociale des langues de France a, dès lors, été conçu de façon aussi complexe et complète que possible. Il s'agit, bien entendu, d'éviter de refaire du travail qui a déjà été fait, et pour autant de ne pas s'appuyer sur des travaux qui ne sont pas ou plus à la hauteur. Dans le cadre d'une approche innovante, l'objectif est de proposer un nouvel outil qui servira de référence

  • Pour tous ceux qui sont impliqués dans une démarche de recherche, d'enseignement ou d'étude concernant les langues de France.
  • Pour ceux qui sont confrontés à une nécessaire réflexion sur le statut ou le devenir de ces langues.
  • Mais aussi pour un plus large public particulièrement sensibilisé aujourd'hui aux questions relatives à nos langues, aussi bien en France qu'à l'étranger.

L'ouvrage, dont la rédaction est terminée, va concerner :

  • les langues minoritaires autochtones ("langues régionales")
  • les langues de l'outre-mer
  • les langues de l'immigration, récente et moins récente. En général, ces langues ne sont pas "territorialisées".

Il réunira plus de 80 contributions par les meilleurs spécialistes français et européens.
Si tout va bien, cet ouvrage devrait paraître dans le courant du premier semestre 2013.

Pour en savoir plus : http://www.langues-de-france.org